Pour être honnête, j’ai quelques fois osé dire qu’ils nous gonflaient avec la Shoah. Qu’à trop en parler, cela devenait lassant, que l’histoire, on la connaît par cœur. Mais ce mardi 9 mars 2010, j’ai décidé de me taire et de ne plus jamais dire cela. Pourquoi ? J’ai été voir « La Rafle », de Roselyne Bosch, et si je devais le définir en un mot, je dirais : déchirant.

Dès le départ, on nous annonce que tout le film est basé sur les faits réels de 1942. La rafle du Vel d’Hiv. Autrement dit, le Vélodrome d’Hiver. Les premières images sont en noir et blanc. On y voit les rues de Paris, vides quand on les compare à celles d’aujourd’hui. Des gens s’amusent sur un manège mais soudain un petit garçon apparaît à l’image avec l’étoile jaune sur son torse : Juif. Il s’appelle Joseph Weismann et vit sur la butte Montmartre avec son père, joué par Gad Elmaleh, sa mère et ses deux sœurs.

L’histoire du film se déroule en juillet 1942, sous le régime de Vichy. Sur ordre d’Eichmann, les juifs de France doivent être rassemblés au Vélodrome d’Hiver de Paris le 16 juillet pour ensuite être déportés vers Auschwitz. Le fil conducteur de cette œuvre cinématographique sont les enfants. Tout est fait pour vivre la rafle à travers le regard d’un enfant juif. Pour ressentir sa douleur, sa peur, ses doutes. Et Roselyne Bosch n’a pas mâché les images.

La violence des gendarmes français, qui n’ont rien à gagner à agir de la sorte, et l’incompréhension des infirmières, et des familles françaises amies des juifs, rendent le spectateur mal assis dans son siège. Les coups gratuits portés aux femmes, les gifles inexpliquées données aux enfants provoquent chez le spectateur un sentiment de haine envers les autorités.

L’état d’esprit de la famille Weismann montre qu’à l’époque, les juifs étaient confiants, pensant que la guerre allait bientôt cesser. Ils n’imaginaient pas une seconde subir un jour toutes ces horreurs. Mettre en images ces faits rappelle que la France aussi a été fautive dans l’extermination des juifs. Bien qu’Hitler soit montré comme le diable en personne, fervent promoteur de la race aryenne, seul il n’aurait été capable de rien ! De nombreux pays occupés ont prêté main forte aux nazis pour retrouver tous les juifs et les envoyer au crématoire.

Les images montrent tour à tour les victimes et les bourreaux. Entre le Vélodrome et le camp de Beaune-la-Rolande, Vichy et la Terrasse du Berghof, « La Rafle » accompagne le destin de tous ces êtres. Et si le film met au premier plan le jeune garçon nommé Joseph, c’est parce que, à 80 ans aujourd’hui, il est le seul survivant du drame du Vel’ d’Hiv de juillet 42. Ce film est un hommage et un pas entre la mémoire et l’histoire, car bientôt plus personne ne pourra dire « je l’ai vécu ».

La réalisatrice a réussi à faire prendre conscience que 13 000 juifs, les 16 et 17 juillet de cette année-là, ont subi l’horreur en France. Les images, choquantes mais surtout frappantes, « sonnent » justes. Jean Reno dans le rôle d’un médecin juif au Vel d’Hiv, Mélanie Laurent dans celui de l’infirmière protestante souhaitant aider les enfants juifs comme elle peut, et Gad Elmaleh, le père juif, sont les acteurs principaux aux côtés du petit Joseph, interprété par Hugo Leverdez. A titre personnel, je trouve que Gad est meilleur dans ce genre de rôle plutôt que dans celui du comique, comme dans « Chouchou ».

1h55 de tension sur son siège, d’appréhension et de stress quant à l’avenir – tout tracé – de ces gamins et de leurs familles. Si vous avez la larme facile comme moi, préparez non pas votre mais vos mouchoirs. Une dame d’une cinquantaine d’années assise derrière moi pleurait encore lorsque l’écran, après le générique de fin, fut redevenu blanc. Son mari essayant de la réconforter, lui dit : « Chérie, le film est fini, sèche tes larmes, c’était en 1942. C’est fini aujourd’hui… »

Inès El Laboudy

Inès El laboudy

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