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Les blogueurs racontent, à leur façon, leur -Né quelque part-, à l’occasion de la sortie du film de Mohamed Hamidi. Dans les salles depuis 19 juin.

Je suis née au milieu. Je suis née fille. Pas le fait d’être une fille. Mais le fait d’être la quatrième fille. Rabia. La quatrième en arabe… Ou le printemps selon les versions. Je suis née à la maison avec l’aide de la sage-femme et de maman évidemment.
 Je suis née au bord de la marne, dans un deux pièces sans eau courante et plein de vent.
 Je suis née vite pour laisser la place à mes deux autres sœurs. Six filles. Le Docteur March nous en a voulu longtemps. Je suis née et mes trois frères aussi. Trois garçons qui nous observaient, nous écoutaient, se nourrissaient de ces six sœurs.

Je suis née d’un père psychologue et d’une mère sociologue.
Le hasard, la chance, le droit.
Je suis née entourée, choyée, aimée, protégée.
Papa avait un cœur extensible. Son cœur grandissait au rythme des enfants.
Maman, observatrice et couveuse, avait des ailes assez grandes pour tous nous loger.

Je suis née là où il fallait. Là où j’aurais aimé naître.
Je suis née de parents sains, bons, tolérants, intelligents et heureux.
Quand papa ne faisait pas le philosophe, il allait à l’usine. Parce qu’il aimait le travail papa. Il était fort, vaillant et courageux. Il bénissait la France de lui donner la chance d’offrir à ses enfants une école, des médecins et un avenir.
Maman faisait toujours sociologie, tout en veillant à ce que tout soit irréprochable pour ses enfants, les cheveux, la tenue, la politesse. Elle avait de longues journées maman.

Je suis née dans une famille où les déjeuners du dimanche n’en finissaient pas. Et on aimait ça. Je suis née dans une famille où l’on parle beaucoup. Tous en même temps et tout le temps. Je suis née de grandes conférences autour de Mao et de Cheikha Rimiti, de Saint-Brieuc et de Nedroma, de mécanique et de philosophie…
Je suis née autour d’une grande table, ouverte aux orateurs, aux médecins, aux sans-papiers et sans métiers, aux enfants et aux vieux hommes chevrotants …

Je suis née là où vous auriez aimé venir dîner. Je suis née là où vous vous seriez vantés d’avoir séjourné. Là où l’on buvait un  petit café pendant les veillées, là où les idées de la nuit ne verraient sûrement jamais le jour.
Je suis née sous la vigne de la terrasse, là où avec ma fratrie, on veillait tard, en guitare et en poésie, en rires et en larmes aussi.
Je suis née ailleurs aussi. Dans le récit des exilés, des voyageurs, des curieux et des rêveurs…
Je suis née avec mes sœurs, avec mes frères. Dans nos lectures, dans nos combats, dans nos doutes et nos peurs, nos forces et nos joies…

Je suis née de mes enfants aussi, de leur père et de leurs grandes vies.
Je suis née de parents qui ne sont plus en vie.
Reste tout ce que l’on s’est dit, les images aussi.
Je suis née de parents qui ne sont plus ici, même si j’en crève d’envie.
Je suis née ici, de parents venus d’ailleurs.

Rabia Hamidi Nahar

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