A Neuilly, les HLM ne sont pas des « logements sociaux », mais des « logements familiaux ». On est à Neuilly ou on ne l’est pas. Cette ville de 60 000 habitants compte aujourd’hui 954 HLM, ce qui représente 2,7 % du nombre total de ses logements. Elle en avait 391 en 2001. Un bel effort, mais on est loin des 20 % imposés par la loi Solidarité et renouvellement urbain (plus d’infos)…

« Habiter Neuilly, ça se mérite ! », avait répondu le résident aux défenseurs des logements sociaux. Aurais-je dû prendre une tente? Se rassurer avec le plus lamentable des Neuilléens, un certain Guy Bedos : « On peut mourir pour les pauvres. On n’est pas obligé de vivre avec eux. »

Les « amis des amis » qui étudient ou travaillent sur Neuilly préfèrent rentrer chez eux la nuit et n’ont aucun tuyau. Les « amis des amis des amis », pas mieux. L’un me dit simplement qu’il existerait des chambres de bonnes.

Il y a 9 hôtels à Neuilly. Le Marriott, quatre-étoiles. Cinq trois-étoiles. Le patron de l’Hôtel Maillot, l’un des deux deux-étoiles, après dix minutes de discussion et de marchandage, se souvient qu’il possède une petite chambre qu’il me « lâcherait » pour 50 euros la nuit, « prix d’ami ». Mieux que rien.

Aux renseignements de la Mairie – il n’y a pas d’Office du Tourisme à Neuilly – on me dit que la ville n’est « pas très riche en logements » et me conseille de feuilleter les petites annonces du Neuilly Journal Indépendant. Pour un canard, s’étiqueter « indépendant », c’est pas bon signe. Le numéro de janvier vient de sortir. La mairie trône en couverture. Des petits châteaux se vendent entre 998 000 et 2 870 000 euros aux pages 2 et 3. Les mots du maire égaient la page 5, « un vif succès », « de très bons moments », « ont comblé les enfants »… On retrouve le joli costume du maire en page 6, 7, 8, 9, etc…

Et bien figurez-vous qu’il y avait, entre des annonces pour une french manucure, une pose de vernis, une « armoire XVIIIe en chêne massif chevillée » et un « sac croco noir petites écailles, fermoir doré griffé Duc »… une chambre à louer! Au téléphone, une vieille dame énergique me dit qu’il faudra partager avec elle la cuisine et la chambre de bain. Que sa retraite lui est payée en dollars et qu’avec le taux actuel de l’euro, elle a besoin de partager le loyer. Et que si c’était possible de l’aider à monter deux armoires et une lampe halogène Conforama… Deux cents euros pour deux semaines, marché conclu, je suis chez vous dans une heure !

Blaise Hofmann (Neuilly Bondy Blog)

Blaise Hofmann

Articles liés

  • Qui sont les femmes derrière les “salons de beauté indiens” ?

    Les salons de "beauté indiens" fleurissent dans les quartiers depuis de nombreuses années. Mais derrière les portes de ces instituts, se cachent des modèles de féminisme et d'entrepreneuriat issu de la diaspora pakistanaise, indienne ou népalaise. Amina Lahmar a franchi le pas de plusieurs établissements pour écouter une autre histoire de l'immigration en France. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 26/01/2022
  • Précarité menstruelle : à Grigny, on veut « changer les règles »

    Au cours de l’année 2021, la ville de Grigny, dans l’Essonne, a mis en place des dispositifs de distribution gratuite de protections périodiques. Cette initiative s’accompagne d’une politique teintée d’actions de sensibilisation pour lutter contre le tabou des règles. Cécile Raoul a rencontré les concernées de la précarité menstruelle. Reportage.

    Par Cécile Raoul
    Le 18/01/2022
  • Père Jean-Luc Ferstler : « La misère n’attend pas les business plans »

    Cette année Emmaüs Forbach fête ses 40 ans. Le prêtre et fondateur d’Emmaüs Forbach, Jean-Luc Ferstler, figure emblématique de la ville, a choisi d’accompagner les personnes les plus fragiles depuis les années 1980. Portrait d’une vie qui raconte un territoire paupérisé après la fin du charbon, heureusement riche en solidarités.

    Par Amina Lahmar
    Le 14/01/2022