Les dépouilles de Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont arrivées à Paris mardi 5 novembre. Les enquêtes pour connaître les conditions exactes de leur mort se poursuivent. Dans toutes les têtes une question se pose : pourquoi les avoir abattus ?

Une profession dangereuse dans certaines zones. En effet, les journalistes de terrain n’ont jamais autant été ciblés qu’aujourd’hui. Jusqu’à ces dernières années, le plus gros risque en zone de guerre étaient l’accident : balle perdue, mouvements de foule… Aujourd’hui la réalité est toute autre. Partir réaliser du reportage dans certaines régions est devenue plus que délicat même pour le journaliste le plus expérimenté qui soit. Nord-Mali, Pakistan, Mauritanie, Syrie, Yémen, Afghanistan…ces zones sont aujourd’hui bien peu couvertes et pour cause, les risques sur le terrain sont bien réels.

En 2002, Reporter Sans Frontières (RSF) dénombrait la mort de 25 journalistes dans le cadre de leur travail. L’an passé ils étaient 88, essentiellement des journalistes locaux, le chiffre le plus important depuis la création de ce bilan en 1995 par l’organisation non gouvernementale. Une hausse rapide, sans précédent, soulignant l’importance et l’enjeu de la parole journalistique.

L’opacité, stratégie de guerre

La mort de nos confrères de RFI nous rappelle bien tristement la réalité du travail de reporter en zone de conflits. Le respect du journaliste, s’il a existé, porteur de micro, de caméra, de plume est révolu. Les reporters sont désormais la cible de certains groupes armés, particulièrement celle des différentes filiales d’Al-Qaeda. Considérés comme des espions, des ennemis de leur lutte…les journalistes de guerres sont devenus des cibles aux intérêts économiques ou symboliques.

Et pour cause, ces journalistes qui viennent relater la seule et simple réalité du terrain, dérangent. Mieux vaut l’opacité et l’ignorance dans ces régions plus ou moins bien contrôlées par les terroristes. Il n’est pas dans leur intérêt de montrer, de faire savoir ce qu’il s’y passe vraiment que ce soit positif ou négatif. Une communication officielle sans images est plus efficace pour ces groupes qui stratégiquement cherchent à manipuler l’opinion. Or, « la liberté d’informer et le droit d’informer sont des droits intangibles », a rappelé le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Et pour ce faire, chaque journaliste tente à sa manière d’apporter sa petite pierre pour la transparence et la compréhension du monde. Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont payé un bien lourd tribut pour l’édification de ce monument.

L’ONU a de son côté souligné dans un communiqué « qu’en accord avec le droit international humanitaire, les journalistes […] et personnes associées engagées dans des zones de conflit armé sont généralement considérés comme des civils et doivent être respectés et protégés en tant que tels ».

Des questions, encore des questions

Les raisons du meurtre de Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont encore inconnues. Diverses hypothèses sont avancées : une riposte suite à la libération des otages d’Arlit, une prise d’otages qui aurait mal tournée. Le pire peut-être, une exécution sommaire pour faire exemple, la région de Kidal étant une zone d’enjeux. Quoi qu’il en soit, faire peur, éloigner les journalistes des enjeux géopolitiques majeurs, reste l’une des priorités des terroristes.

Alors que faire ? Abandonner le terrain ? Il est évident que cela n’est pas envisageable, ce qu’a d’ailleurs rappelé à plusieurs reprises la direction de RFI mais aussi l’ensemble de la profession. « Nous allons continuer », une phrase lue et relue parmi les nombreux témoignages de journalistes. La Fédération internationale des journalistes a, le weekend, dernier appelé l’ensemble des professionnels de l’information présents sur le territoire malien à la plus grande prudence.

Charlotte Cosset

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