« Du Blocus au Vandalisme ». Un titre incendiaire, se retrouvant dans les colonnes du Blanc-Mesnilois de janvier 2016 et accusant de manière insidieuse les anciens responsables de la Maison Pour Tous Jean Jaurès (MPTJJ). Leur faute ? Être en partie (si ce n’est pas totalement) responsables de saccages « orchestrés » le 28 décembre et le 3 janvier dans les locaux du centre.

Loin d’imaginer un tel scénario, les habitants des quartiers aux alentours de la Maison pour tous Jean Jaurès se demandent comment a-t-on pu arriver à tant de malices dans la gestion de ce dossier. Revenons à la genèse, le 28 octobre 2015, le maire Thierry Meignen lance un appel d’offres pour la reprise des trois centres sociaux de la ville. Le 12 novembre, au soir, près de 200 à 300 blanc-mesnilois se sont réunis devant les parvis de l’hôtel pour protester contre cette décision. Le 25 novembre, les trois Maisons pour tous (MPT) de la ville organise des blocus dans leur centre respectif afin d’interpeller davantage l’opinion publique sur cette omerta exercée par la mairie. Le 1er janvier, l’IFAC (l’Institut de Formation d’Animation et de Conseil) reprend la gestion des trois MPT dans le but de « mutualiser les coûts de fonctionnements » dixit le maire. Kader Zekri, directeur de la Maison Jean Jaurès a été reconduit vers la petite enfance, fait anormal au vu de sa popularité et de son efficacité dans la zone du sud.

Le magazine de la ville ne lui donnant pas la possibilité de pouvoir s’exprimer, nous lui avons laissé la parole.

Bondy Blog : Pour quelle raison le maire va-t-il dévier dans sa promesse de ne pas toucher aux centre sociaux ? Quel est l’enjeu derrière cette récupération des trois Maison pour tous de la ville ? 

Kader Zekri : Simplement d’écarter les habitants de la direction des Maisons pour Tous. Les conseils d’administration régissent les centres sociaux et elles sont à 75 % composés de citoyens, le reste étant des élus ayant à vérifier la bonne gestion des subventions. Le rachat des MPT par l’IFAC a pour conséquence la suppression des conseils d’administration, donc l’éjection des habitants dans la gérance de leurs centres sociaux. Ils ne jouiront plus de leur pouvoir de décision ou de participation dans le choix des activités proposées, mis à part le comité d’usagers, ou leur avis sur tel ou tel programme leur sera demandé, uniquement dans l’optique d’une consultation.

Bondy Blog : Les manifestations organisées le 12 novembre et le 14 décembre devant le parvis de l’Hôtel de Ville ont-elles été entendues par le maire ?

Kader Zekri : Au regard du résultat non. Le maire reste ferme sur sa position. Il dit à qui veut l’entendre qu’il aurait concerté les présidents de chaque maison de quartier, ainsi que les équipes en place, ce qui est entièrement faux ! Il y a eu effectivement une réunion organisée le 12 mai avec la présence du cabinet du maire, et des présidents des MPT. Au cours ce rassemblement, Thierry Meignen nous annonce qu’il veut mettre un chapeau sur l’ensemble des centres sociaux, ce à quoi nous nous sommes tous fermement opposés. Après cela plus rien, chacun à continuer à travailler dans son coin sans qu’il y ait eu un véritable échange sur le sujet.

Bondy Blog : Aujourd’hui, estimez-vous bien remplir votre rôle auprès des quartiers de Blanc-Mesnil ? 

Kader Zekri : Nous avons reçu de bons retours de la part des habitants des actions menées par notre structure. La ville aussi, dans notre désir d’impliquer les habitants dans la vie sociale de leur quartier, a toujours appuyé la Maison Pour Tous Jean Jaurès. Après, nous ne restions pas sur nos acquis, cherchant toujours à viser plus haut, nous ne sommes qu’à 30-40% de notre plein potentiel. Ce qui fait défaut reste l’argent pour développer davantage d’activités pour la création d’une véritable mixité sociale et culturelle. Je constate à regret que les gens restent repliés sur eux-mêmes, par peur de l’autre. L’idée de la plupart de nos activités est de casser ses barrières invisibles afin de créer un contexte social agréable et généreux.

Bondy Blog : Qu’est-ce qui différencie la Maison Pour Tous Jean Jaurès des autres associations de quartier ?  

Kader Zekri : Les problématiques que l’on peut rencontrer d’une zone à une autre ne sont pas forcément les mêmes. En tant que travailleurs sociaux, nous nous adaptons au besoin de nos usagers. Nous faisons un énorme travail sur la petite enfance. Du lundi au vendredi, tous les matins, il y a un accueil en direction des parents et des enfants, nous voulons travailler sur ce lien parents-enfants. Nous ne voulons pas seulement être une garderie, nous cherchons à consolider ce lien. Aussi, nos locaux étant plus spacieux, nous accueillons davantage d’associations.

Bondy Blog : Le passage à droite de la majorité des communes dans le département va-t-il être défavorable pour les banlieues ?

Kader Zekri : Qu’est-ce qu’un centre social à la base ? C’est une structure mise en place pour les habitants, par les habitants. Ce sont les habitants qui font fonctionner cette structure, et avec l’arrivée de l’IFAC, on retire à ces mêmes personnes un outil pour pouvoir travailler. On constate malheureusement que dans les communes de Seine-Saint-Denis, cette conception du centre social tend à disparaître. La CAF subventionne en grande partie notre structure, mais demande en contrepartie une participation active des habitants. En supprimant cette subvention, on va forcément demander aux habitants de sortir l’argent de leur poche.

Jimmy Saint-Louis

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