« Notre sujet numéro 1 c’est Olivier. Il n’y a pas de dimanche, pas de jour férié », démarre Canèle Bernard, la soeur du journaliste Olivier Dubois, correspondant pour Libération, Jeune Afrique et Le Point au Mali. Le seul otage français dans le monde depuis le 8 avril 2021. « C’est une situation qui reste dans la tête. Tous les jours on est sur internet pour voir ce qui sort sur Olivier, et sur la politique africaine qui a forcément une incidence sur sa prise d’otage. On se demande continuellement comment on va faire pour le mettre au cœur du débat public ? » poursuit-elle.

Installé au Mali depuis 2015, le journaliste disposait d’un solide carnet d’adresses, y compris dans la sphère djihadiste. C’est dans ce contexte que fin mars 2021, Olivier Dubois propose au journal Libération d’aller interviewer Abdallah Ag Albakaye, lieutenant de l’organisation islamiste armée, le JNIM (Jama’at Nustrat al-Islam wal-Muslimin, selon l’acronyme arabe), un groupe affilié à Al Qaida.

Mais le journal avait jugé l’interview trop dangereuse et avait refusé. La suite chronologique de la disparition d’Olivier est racontée dans Libération : le 8 avril 2021, Olivier Dubois prend quand même l’avion à destination de Gao, une ville dans le nord du Mali. Le 10 avril, il ne se présentera pas à son vol retour.

« Le Mali est en pleine évolution, il y a beaucoup de choses à nous expliquer. Olivier fait partie de ces reporters qui vont sur tous les types de terrain pour collecter des données et nous informer en retour », explique Canèle Bernard, la sœur de l’otage. Benjamin Fouquoire, beau-frère d’Olivier Dubois, rappelle la nécessité des reporters de guerre : « le meilleur exemple c’est ce qu’il se passe en ce moment en Ukraine, s’il n’y avait pas des journalistes internationaux, on ne connaîtrait pas l’horreur de cette guerre ».

28 jours de captivité et les premiers signes de vie

L’alerte a été donnée très vite par l’ambassade de France au Mali. Mais les proches d’Olivier Dubois déplorent le silence qui a entouré sa disparition. « D’abord il y a le choc, il faut s’en remettre » se souvient Benjamin en retraçant les événements : « l’État français nous a dit par l’intermédiaire de la cellule de crise, de ne rien dire sur sa disparition parce que ça pouvait être normal, comme une mesure de précaution pour son reportage. On nous a dit de rester patients et discrets pour préserver la santé d’Olivier… Alors on a fait confiance ! ». 

Benjamin Fauquoire, beau-frère d’Olivier Dubois et Canèle Bernard, sa sœur, se mobilisent pour exiger sa libération depuis la prise d’otage le 8 avril 2021.

Le 5 mai 2021, presque un mois plus tard, tout bascule : « tous les jours je tapais Olivier Dubois sur internet dans le doute, pour voir s’il n’y avait rien qui sortait. Et ce jour-là, je suis tombé sur la vidéo… » raconte Canèle. C’est la première preuve de vie de son frère. Dans cette vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, Olivier Dubois est assis en tailleur face caméra. Il explique qu’il a été enlevé le 8 avril à Gao par le JNIM, puis il s’adresse à sa famille et aux autorités françaises pour qu’elles œuvrent à sa libération. Pour sa sœur, c’est l’angoisse : « je l’ai découvert à mon réveil, dans mon lit, à 7 heures 30 du matin. J’ai tout de suite appelé la cellule de crise en pleur. Je leur ai parlé de cette vidéo, mais ils n’étaient pas au courant ».

On a bien conscience que seul un décideur politique pourra décider du sort d’Olivier.

Même si les négociations pour la libération des otages relèvent du secret d’État, la mère d’Olivier Dubois, Canèle et Benjamin se sont soudés pour faire bouger les lignes : « on imagine que l’État doit travailler sur le sujet mais quand on vous dit ‘patience, silence, je n’ai pas d’information’ et bien on finit par se demander si Olivier fait vraiment partie des priorités. Alors on s’est dit qu’il fallait monter au créneau, parce que si on ne le fait pas, on pense qu’Olivier y sera toujours dans plusieurs années ».

274 jours de captivité : faire bouger les choses grâce à la mobilisation massive

Après presque 9 mois de captivité, le 6 janvier 2022, la famille d’Olivier Dubois crée un compte Twitter et une pétition pour que la libération du journaliste devienne une priorité des États français et malien. « Ce silence est tel que beaucoup de français ignorent encore qu’un de leur compatriote a été enlevé et est toujours détenu », peut-on lire sur la pétition qui est toujours disponible sur change.org. « La pétition, c’est une sorte d’arme » soutient Canèle, « plus on met Olivier au centre du débat public, plus le peuple s’exprime et signe, plus c’est un fort encouragement, pour ne pas dire une pression sur les grandes instances françaises ».

Il demande à l’État et à tous ceux qui peuvent œuvrer de près ou de loin à sa libération de continuer de le faire. Donc c’est un espoir mais c’est aussi un appel à l’aide.

Coïncidence ou non, après la mise en ligne de la pétition et plusieurs passages télévisés, le 11 janvier Emmanuel Macron s’exprime pour la première fois publiquement sur le sujet lors de ses vœux à la presse : « Nous n’oublions pas Olivier Dubois » et la France « est pleinement mobilisée ».

« Suite à tout cela, il y a des gens qui se sont sentis concernés comme Omar Sy alors ça fait un effet boule de neige ! », s’enthousiasme Benjamin. Plus de 98 000 signatures plus tard, la famille d’Olivier Dubois continue de multiplier ses actions. Chaque 8 du mois depuis son enlèvement le 8 avril 2021, ses proches enregistrent des messages audios sur RFI, dans l’espoir qu’il entende leur voix.

340 jours de captivité : Deuxième preuve de vie

Le 13 mars 2022, plus de 11 mois après son enlèvement, une deuxième vidéo est publiée sur les réseaux sociaux. On y voit Olivier Dubois remercier ses proches pour leur mobilisation et il appelle le gouvernement à poursuivre ses efforts. Ces propos ont été relayés avant que la vidéo ne soit supprimée. « Officiellement la vidéo n’a pas été datée, mais enfin une preuve de vie d’Olivier ! », s’exclame la sœur de l’otage. « Il demande à l’État et à tous ceux qui peuvent œuvrer de près ou de loin à sa libération de continuer de le faire. Donc c’est un espoir mais c’est aussi un appel à l’aide. Il interpelle l’État Français ! ».

Pour les 1 an de captivité d’Olivier Dubois, ses proches ont publié une vidéo qui montre les visages de personnalités françaises qui soutiennent le journaliste en otage.

La famille d’Olivier Dubois a eu l’occasion de rencontrer d’anciens otages et leur famille. La procédure semble être souvent la même : quel que soit le président en fonction, une certaine distance semble avoir été maintenue entre les familles et le gouvernement qui suit l’avancée des négociations. 9 ans plus tôt, Françoise Larribe, l’épouse de Daniel Larribe ancien otage libéré depuis, faisait un constat similaire.

« Peut-être que le système est mal fait. Et que ça devrait être revu pour que les familles, même si on n’a pas à savoir tout ce qu’il se passe sur le terrain… au moins une carotte quoi ! Par exemple, qu’on puisse signer un contrat où l’on s’engage à ne rien révéler et ça nous permettrait de savoir que les choses vont dans le bon sens ! » se demande Benjamin.

Plus de 365 jours de captivité : « Nous vivons dans le néant depuis l’enlèvement »

Aux dernières élections présidentielle et législatives, Canèle Bernard et son compagnon espéraient y voir le sujet de l’enlèvement d’Olivier Dubois abordé. « Mais rien… Il y a deux preuves de vie et aucune réaction ! », s’indigne Benjamin avant de nuancer, « il ne faut pas non plus que ce soit récupéré politiquement, notre rôle n’est pas de politiser l’affaire mais on a bien conscience que seul un décideur politique pourra décider du sort d’Olivier ».

Le 7 avril 2022, 42 sociétés de journalistes comme Reporter Sans Frontière, Europe 1, Le Monde ou TF1 ont appelé le ou la futur-e présidente de la République à faire de la libération du journaliste, une priorité du mandat. Emmanuel Macron, aujourd’hui réélu pour un second mandat, ne s’est pas ré-exprimé publiquement à propos de la prise d’otage.

Nous vivons dans le néant depuis l’enlèvement.

Canèle confie avec exaspération : « nous vivons dans le néant depuis l’enlèvement. Pourtant nous sommes sa famille ! Nous mettre dans la confidence ne nuit pas à l’otage ! Nous ce que l’on veut c’est le retrouver. Quand on ne sait rien, on ne sait pas dans quelles conditions il est détenu, on imagine forcément ce qu’il y a de pire. »

Le message continue donc d’être relayé mais Canèle Bernard, sa mère et Benjamin Fouquoire affirment ne pas avoir de nouvelles informations de l’État quant à l’avancement des négociations pour la libération d’Olivier Dubois. Face à ce silence politique, la famille du seul otage français dans le monde tente malgré tout de garder espoir et continue de mobiliser leurs forces.

Emma Garboud-Lorenzoni

Articles liés

  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    #BestofBB Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 10/08/2022
  • MaMaMa : contre la précarité féminine et infantile

    #BestofBB Ce dimanche 29 mai nous célébrons la fête des mères. Mais MaMaMa n’a pas attendu ce jour précis pour parler d’elles et leur venir en aide. Ce mois-ci, l'association qui vient en aide aux mères seules et isolées, localisée à Saint-Denis, a soufflé sa deuxième bougie. Coup de projecteur.

    Par Inès Boudabbous
    Le 09/08/2022
  • Accéder au parloir, la galère des mères de détenus

    #BestofBB Pour aller voir leur fils en prison, certaines mères de familles franciliennes doivent souvent faire des heures de trajet pour quelques minutes de parloir. Face à une desserte en transports en commun qui laisse à désirer, l’association Tendre la Main 78 se bat pour que les familles ne soient plus les dommages collatéraux de l’incarcération. Basée aux Mureaux, la structure propose depuis 2014 des taxi-parloirs pour accompagner les familles de détenus jusqu’aux établissements pénitentiaires. Reportage.

    Par Margaux Dzuilka
    Le 05/08/2022