Les femmes sont en première ligne de « la guerre » de Macron, autant à l’extérieur dans leur travail salarié, qu’à l’intérieur, dans leur travail domestique. Elles prennent des risques en allant travailler, elles prennent des risques en restant confiné. Elles peuvent mourir de leur surexposition au coronavirus dans leur métier ou mourir sous les coups d’un homme dans l’enceinte du foyer… ou les deux.

Nous pouvons rappeler quelques chiffres éloquents de la surreprésentation des femmes dans les métiers dits nécessaires durant ce confinement. Les femmes composent 78% de la fonction publique hospitalière, « ce ratio grimpe à 90% pour les infirmières et les aides-soignantes » (bastamag.net). Dans le milieu hospitalier, le personnel de ménage, une fonction essentielle dans une crise sanitaire est aussi composée essentiellement de femmes, qui plus est racisée. Le personnel des EHPAD (maison de retraite) est composé à 90% de femmes, tout comme les caissièr-e-s.

A ces métiers salariés s’ajoute pour les femmes le travail ménager et la charge mentale invisible, non reconnue et non payée dans la sphère privée : « Tu dois être la femme de ménage, la cuisinière, ce que t’es déjà d’habitude mais là de manière intense, l’animatrice, tu dois être la prof », souligne Sandra, étudiante en infocom à l’université Paris 8 et militante féministe, anticapitaliste et antiraciste. Selon un rapport de l’Insee de 2015, les femmes continuent à assumer deux tiers du travail domestique.

Le foyer est aussi le premier lieu de la violence des hommes envers les femmes et les enfants. Lieu des violences sexistes, pouvant même entraîner la mort : en 2019, les associations féministes comptaient 149 femmes assassinées par leur compagnon ou ex-compagnon. Durant ce confinement, les violences domestiques ont augmenté d’au moins 36% en France.

Le travail nécessaire, celui des pauvres et essentiellement des femmes ?

Sandra nous rappelle que les métiers considérés comme nécessaires depuis le début de ce confinement étaient hier encore les métiers les plus dévalorisés et sous-payés : « C’est drôle, on dit ‘vos métiers sont nécessaires’ et toi, t’es là à te dire ‘mdr, je ne suis même pas payée un smic’ ».

Et pourtant, malgré cette dévalorisation sociale et économique, le gouvernement demande maintenant à toutes ces travailleurs et travailleuses de faire un effort de guerre pour la Nation, au nom d’une soi-disant solidarité. L’une de ces femmes envoyée en première ligne sans protection, envoyée à la mort par le capitalisme et le patriarcat, était Aïcha. Déléguée syndicale à la CGT et salariée pour le groupe Carrefour à Saint Denis, elle est décédée du Covid-19.

Avant le confinement, les femmes luttaient sur tous les fronts, elles étaient de toutes les grèves, de toutes les manifestations, contre la réforme des retraites, contre les violences conjugales. « La guerre de Macron, ce sont des meufs qui la font et elles sont en train d’en mourir (…) sur tous les fronts, à l’extérieur et à l’intérieur », déplore Sandra.

De la crise du capitalisme à la crise du patriarcat

La crise sanitaire mondiale que nous vivons semble renverser le paradigme et la propagande capitaliste, soutenue par Emmanuel Macron, président des plus riches. Il ne peut échapper à personne que les métiers nécessaires à la survie sont les métiers les plus sous-payés et les plus dévalorisés.

Sandra affirme : « Les métiers nécessaires, ce n’est pas le cadre en marketing qui va faire du télétravail parce que son métier est complètement inutile, ça va être le reste ». Ce constat ouvre certes une brèche dans le capitalisme, mais nous pouvons aussi y voir une brèche dans le patriarcat.

De nombreux articles assurent que la crise du coronavirus expose les faiblesses du système capitaliste et néolibéral. Aux Etats-Unis, de nombreuses personnes ne peuvent pas se soigner, le HuffPost a révélé l’histoire d’une Américaine soignée du coronavirus, mais sortie de l’hôpital avec une facture de 33000 euros.

En France, des soignant-e-s dénoncent le manque de moyens dans les hôpitaux, le manque de masques et la gestion de cette crise sanitaire. Mais le traitement médiatique des violences conjugales commises par des hommes, sur des enfants et des femmes n’est pas le même. Ces violences patriarcales sont traitées comme des faits divers et non comme des violences systémiques.

Du côté du gouvernement, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, et Adrien Taquet, secrétaire d’État à la protection de l’enfance, ont déploré l’augmentation des violences conjugales et rappelé l’existence du 3919, le numéro d’écoute des victimes de violences conjugales. En ces temps de confinement, iels ont aussi conseillé à « chacun [de] se maîtriser face à ses propres accès de violence et à agir avec autant de calme que possible, sans s’en prendre aux personnes avec qui l’on partage un même espace de vie », ne mentionnant pas la violence masculine. Pourtant, les femmes qui assurent le plus de charge de travail et qui elles aussi ne peuvent pas sortir, ne frappent pas leur compagnon pour autant.

Ne nous trompons pas de coupable, la responsabilité n’est pas à mettre sur le dos du confinement. Les coupables sont les hommes, et le système patriarcal qui euphémise et soutient leurs violences, exclut les femmes des prises de décisions, les dévalorise, les sous-paye, mais les envoie en première ligne pour « sauver l’Humanité » au prix de leurs vies.

Anissa RAMI

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