JOURNÉE DES DROITS DES MEUFS. Dans l’Eurostar, Jessica est tombée sur quatre jeunes rugbywomen du XV de France, un week-end de match à Twickenham. Portrait de quatre passionnées et championnes du ballon ovale.­

La journée de la femme c’est beau, c’est frais, c’est le jour où tous les hommes sont censés êtres de vrais canards pour vous : on exige le petit-dèj au lit, les fleurs quand on rentre du travail et la table préparée. Mais ne vous faites pas de mal, ceci ne dure qu’une journée et encore, gardez votre dignité les filles. Faites de chaque jour votre  journée. En tous cas y en a certaines qui l’ont bien compris et qui font tout pour exister, journée de la femme ou non.

Aurélie Vernhet est âgée de 24 ans. Elle est entrée dans le monde de l’ovalie très tard par rapport à ses amies. Elle a eu sa première année de médecine du premier coup et est entrée en école de sage-femme par la suite. C’est à ce moment-là qu’elle a découvert le rugby. Elle a débuté à l’âge de 19 ans. Et aujourd’hui cela fait trois ans qu’elle joue au prestigieux club de Montpellier en tant que pilier, ce qui pourrait surprendre plus d’un en la voyant. Mais à côté de cela, c’est une femme active et accomplie. Elle est sage-femme à mi-temps dans une clinique et à mi-temps dans un cabinet. Elle connaît la dure situation de contrat renouvelé et avoue qu’être en CDI avec l’équipe de France serait complètement incompatible du fait de ses indisponibilités le week-end. Aurélie est donc une femme courage qui partage sa vie entre les hôpitaux et les terrains de rugby : « Quand je ne travaille pas, j’ai pas de salaire. En club je ne suis pas payée mais en équipe de France un peu, ce qui m’aide, je dois l’avouer, mais on connaît toutes des galères ». C’est sa première année au sein des bleues, mais on sent qu’elle fait parti du groupe depuis 10 ans. Elle se fond dans le décor tant par sa gestuelle que par ses paroles aromatisées d’un accent du sud.

Sa compatriote de club, Marine de Nadaï pourrait être son contraire parfait. Elle est grande, brune et a touché très tôt le milieu du rugby. Ce qui les rapproche en réalité, c’est leur accent tout aussi agréable l’un et l’autre à entendre. A l’âge de 6 ans, la père de Marine lui a enfilé le short et le maillot. Depuis elle ne l’a pas lâché. A 24 ans elle joue en seconde ligne à Montpellier. À côté de ça, elle exerce le « très agréable » métier de surveillante de collège. Marine  est aussi inscrite  au conservatoire de musique et joue de la clarinette. Côté rugby elle réalise tout de même qu’ « à 40 ans, le rugby sera fini pour moi, je continue la clarinette car pour ça il n’y a pas d’âge ». Marine, est une femme tellement enjouée et drôle que quand on évoque une certaine vie de famille et que ses amies sont unanimes pour vivre en couple, Marine, elle, positive et admet avec le sourire. « Certains n’acceptent pas trop notre vie ». Quand je lui demande quels seraient selon elle les mots qu’elle utiliserait pour pousser les filles à ce sport, elle répond : « C’est un sport-passion, l’essayer c’est l’adopter, gros, maigres tout le monde peut ! »

Pour Lucille Godiveau, la vie à deux se résume ainsi. « Quand ils nous veulent, ils acceptent aussi notre passion, ça va avec, c’est un tout ». Elle admet cependant que son compagnon est joueur, ce qui facilite les choses. Lucille, quelques taches de rousseur, les cheveux en chignon a 25 ans. Elle a commencé le rugby en région parisienne et joue depuis maintenant au Stade Rennais en tant que centre. Elle est la seule arrière du petit groupe de parole ce qui lui vaut les brimades de ses copines « Ça va, tu te sens pas trop seule ? ». Être femme et jouer au rugby,  ce n’est pas un métier. Lucille est factrice en plus de fouler la pelouse avec ses crampons. La poste lui a fabriqué un emploi du temps complètement aménagé avec la fédération française de rugby depuis cette année pour son plus grand bonheur. Si elle est en CDI depuis septembre 2010 au sein de son entreprise, son contrat avec le rugby était signé avant même qu’elle naisse. Son père et son frère font partie du milieu depuis toujours. Pour elle c’était une évidence. Son père l’a entraînée et c’est lui aussi qui lui a mis son premier carton jaune. Mais des matches et des cartons, elle en a connus d’autres. Son meilleur souvenir date de 2006, à Nice. Elle avait marqué deux essais.

L’aînée du groupe, Lætitia Salles, a 30 ans. Elle joue en tant que talonneur au club de la Valette, près de Toulon. L’aînée du groupe est aussi la plus petite physiquement. Son métier : professeur d’EPS. Avec sa voix douce et son calme surprenant, Lætitia doit être la prof préférée des collégiens. Et pour sûr, ce métier lui était prédestiné. Son goût du rugby lui vient en effet de son ancien prof de sport, lui aussi ancien international de rugby. Sa vie la faisait rêver et elle touche son rêve depuis maintenant quelques années. Son sourire permanent fait même oublier son coquard à l’œil gauche. Sa vie au quotidien, elle la gère comme suit : « Le rugby on y pense tous les jours, on a trois entraînements par semaine, les matches le week-end et une préparation physique intense. À côté on a notre vie pro, on a des galères, mais on survit. Le rugby nous aide à tenir en quelques sortes. »

Ce sont des femmes avant tout, mais elles ne démordent pas quand au fait que quand elles foulent la pelouse, elles sont assez déçues de voir que beaucoup moins de gens les suivent en comparaison à l’équipe masculine. Preuve en est : ce week-end d’Angleterre-France à Twickenham, 81 000 spectateurs ont suivi les Bleus et à peine 2 000 sont restés pour voir Marine et ses amies. « Quand il s’agit de notre période de jeu, on préfère jouer en « tomber de rideau, après les garçons, car davantage de gens restent. Cependant ça ne prend pas encore l’ampleur qu’on aimerait. » Autre bémol : leur équipementier du XV de France est masculin, sur les fameux tee-shirts. « Allez les bleus », aucune trace de féminin. Les filles doivent alors s’adapter aux vestes un peu trop larges et aux pantalons un peu trop grands. En cette journée du 8 mars, on n’a plus qu’à leur souhaiter bonne chance pour le match de ce soir contre l’Irlande.

Jessica Fiscal

 

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