« C’est quoi ça ? Un concert de Johnny Halliday ? ». Les questions viennent de deux jeunes, visiblement pas habitués à un tel rassemblement. Il faut dire que les moyens sont assez impressionnants. Scène, écrans de télévision, sono, les manifestants savent se faire entendre.
Alors qu’on pensait La Manif Pour Tous morte et enterrée suite au passage de la loi pour le mariage homosexuel, voilà qu’elle ressurgit. L’événement a de quoi surprendre mais il s’inscrit dans un tour de France, engagé par l’association début mai et qui se terminera le 6 juillet, à Marseille. Une trentaine de dates pour réaffirmer les valeurs d’un mouvement que d’aucuns qualifient souvent de réactionnaire. Dans l’assemblée, la religion est omniprésente : musulmans, chrétiens, juifs et même sikhs. L’invitation a été lancée par les Veilleurs de Bondy, mouvement proche de La Manif Pour Tous, et Ludovine de la Rochère, sa représentante, y a répondu avec enthousiasme. « On a toujours eu envie de caricaturer La Manif Pour Tous en un groupe homogène, renfermé mais elle a toujours eu des porte-paroles et des sympathisants d’origines et de sensibilités différentes ». Des hommes politiques sont également présents comme le maire de Montfermeil, Xavier Lemoine, Akila Elsody, adjointe au maire de Drancy ou Karim Allouache, conseiller municipal de Bondy. L’image voulue est celle du rassemblement. « Le statut de l’enfant, de la femme et la famille concernent tous les Français et ce n’est ni de droite, ni de gauche », poursuit la représentante du mouvement. Les discours se succèdent, entrecoupés par des moments musicaux proposés par un groupe de gospel. L’ambiance est plutôt bon enfant. Les drapeaux bleu, blanc, rose sont agités. Les enfants se régalent au stand barbe à papa installé pour l’occasion.
Un rassemblement contre la GPA
Oui, mais… Oui, mais les discours sortent clairement du contexte de la lutte contre la GPA (Gestation pour autrui). La scène est loin de ne servir qu’à transcender une foule, bien calme, elle est utilisée comme tribune politique anti-gouvernement et pro-abrogation de la loi Taubira. Et puis, on ne comprend pas bien. On combat la GPA. Mais n’est-elle pas interdite actuellement ?
Autour, 14 camions de CRS et un impressionnant car mènent la garde. Des policiers sont mêmes postés sur le toit du parking de la gare, comme lors des manifestations les plus impressionnantes. Une rumeur faisait état de la venue de violents anarchistes. Dans le public, on trouve un socle de convaincus, qui applaudissent à tout rompre et sifflent lorsqu’un ministre est évoqué. Mais nombre de personnes présentes semblent ne même pas savoir pourquoi elles sont là. Des enfants agitent des drapeaux ou portent les t-shirts emblématiques du mouvement. Des enfants…
Quelques mètres plus loin, enfin de plus en plus loin, car ils sont repoussés par un cordon de CRS, des contre-manifestants sont également venus essayer de gâcher la fête. Socialistes ou écologistes, élus ou simples sympathisants, ils ne sont pas venus soutenir la GPA, comme on peut l’entendre de l’autre côté. S’ils étaient présents, c’était pour défendre une certaine évolution de la société et « contrer la propagande et la vision passéiste de la famille ». Ah oui, et on a trouvé un drapeau anarchiste. 14 camions de CRS pour un drapeau, vous conviendrez que c’est un peu exagéré. Et puis deux collègues se baladent dans la foule depuis le début de la soirée. Deux collègues qui portent le logo de TV Libertés. La chaîne a été créée l’an dernier, entre autres, par Martial Bild, ancien conseiller municipal de Rosny-sous-Bois, Front National et maintenant au Parti de la France, un parti d’extrême-droite. Elle a reçu le soutien de personnalités comme Jean-Yves Le Gallou ou… Robert Ménard. Et puis la chaîne est dirigée par Philippe Milliau, ancien du Bloc Identitaire. Des journalistes d’extrême droite se baladent donc tranquillement au sein de l’événement. Ils en ont le droit. Ce qui est plus gênant, c’est qu’ils connaissent bon nombre des sympathisants du mouvement, serrent des mains, discutent. Pas très clair pour un mouvement qui se veut pacifique et au-dessus des partis.
Au premier abord, La Manif Pour Tous semblait avoir réussi son coup. Enfin, presque. Parce que placarder des affiches dans toute la ville, créer une page Facebook et inviter les principaux représentants du mouvement pour 150 personnes, ça fait un peu maigre. Ils auront au moins eu le mérite de créer l’attraction de la soirée à Bondy, pour appeler à combattre une loi, qui n’existe pas.
Jonathan Sollier
La Manif Pour Tous s'invite à Bondy
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