LA MARCHE. L’acteur belge incarne dans le film de Nabil Ben Yadir le Père Christophe Dubois, un prêtre. L’homme d’Eglise accompagne les jeunes des Minguettes dans leur marche et est largement inspiré du Père Christian Delorme.

Où étiez-vous en 1983 ?

En 1983 je commençais ma carrière de comédien en Belgique. Je rentrais au Conservatoire. Ce fameux « ete meurtrier de 83 » je m’en rappelle très bien. Les informations relayaient très bien ces événements. En Belgique nous sommes très intéressés par la France. On a été plus longtemps Français que Belges historiquement. On regardait ce qu’il se passait en France.

Quels souvenirs avez-vous de la Marche pour l’égalité et contre le racisme ?

La marche j’en ai entendu parler quand ça a commencé à être relayé. Pas au début, il n’y a pas eu tout de suite de retentissement médiatique. Mais à 20 ans je ne faisais pas forcément attention je ne vivais pas dans un contexte raciste, c’était plutôt même l’inverse. Je me sentais moins impliqué que j’aurais du l’être à ce moment-là.

Comment êtes-vous arrivé sur le film ?

Nabil (Ben Yadir, le réalisateur) m’a appelé un jour, me disant qu’il écrivait un scénario qui s’appelle « La Marche ». Je dis que je vois. Il me dit « Lis et je te propose de faire le rôle du Père, qui était Christian Delorme. Même si là c’est une fiction, il ne voulait pas coller au plus près des carcasses physiques des personnages mais surtout être proche de leur discours et de ce qui les avait animés plutôt que de faire un copier-coller physique de ce qu’ils étaient. Ce n’est pas l’important du film. Le plus important c’est le discours, ce n’était pas une reconstitution. J’ai lu le scénario et j’ai été sensible à cette histoire. D’une part le film rend hommage à ces personnes qui ont eu un élan fraternel, d’amour et de non-violence, une bonne réponse à ce qui se passait à ce moment-là. D’autre part, je pense que depuis 30 ans on a pas évolué. A l’époque, il y avait moins de clivages entre les religions. Aujourd’hui on n’accepte plus l’autre. 30 ans après il y a ce devoir de mémoire. On ne peut changer cette société que grâce aux plus jeunes.

Pour vous la situation des quartiers populaires a-t-elle empiré ?

Quand on voit les émeutes de 2005, c’était il y a 8 ans. Il suffit d’une petite étincelle pour que ça s’enflamme. Évidemment on a rien résolu. On a continué à parquer des gens dans des cités sans plus s’occuper d’eux et les intégrer. On crée des associations qui sont plus de la récupération politique et concrètement on ne fait rien.

Pour préparer ce rôle vous êtes vous documenté, avez-vous rencontré le Père Delorme ou avez-vous pris le parti de faire une interprétation personnelle ?

J’ai vu le Père Delorme dans les images d’archives mais pour moi le discours, qui était présent dans le scénario de Nabil, était plus important. En regardant les images d’archives je trouvais le père Delorme d’une une grande humilité. J’ai découvert un monsieur qui s’est mis au service des marcheurs. Il est toujours en retrait. Pas pour se désolidariser mais pour laisser ces jeunes faire. Il les a aidés à trouver des logements, pour l’intendance mais il s’est surtout mis au service de la parole des marcheurs, de leur discours et leurs récriminations.L’important c’était que ces jeunes s’expriment, pas un curé. Même si mon personnage dans le film se met un peu plus en avant et parle plus. Mon personnage parle trop parfois.

Vous avez rencontré les vrais marcheurs ?

Oui quand on est venus tourner à Lyon, ils étaient tous là Place Bellecour. Je ne les avais pas rencontré avant. Je leur ai dit « Voilà on vous a dépossédé de votre marche en 1983, c’est à vous de nous déposséder du film. »

L’élan commémoratif est fort, avec de nombreux films et livres qui sortent, vous le voyez d’un bon œil ?

Oui si ce n’est pas récupéré. L’essentiel c’est la transmission. Plus on en fera mieux ce sera. Je viens d’un cinéma très militant où l’on parle du quotidien, des petites gens, beaucoup moins grand public. J’adore les films grand public. C’est formidable quand on arrive à rassembler le plus grand nombre et qu’il y a un vrai sujet de fond. Le film a cette envergure. Les jeunes y seront plus facilement sensibles.

Propos recueillis par Faïza Zerouala

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