Hier je suis allé à la messe. Ça faisait très longtemps. Dans mes souvenirs, je voyais ça autrement. Il y a le cadre, tout d’abord. Moi, c’était à Porrentruy – toute petite ville du Jura suisse – dans une église en partie médiévale et plus haute que tous les autres bâtiments alentour. Ici, à Bondy nord, la cité la plus impressionnante de la commune, les énormes barres d’HLM entourent et surplombent un cube en béton surmonté d’une croix. À l’intérieur, les poutres en métal font penser à un hangar.

Les fidèles ensuite. Ici, il y a surtout des Africains, des Antillais et quelques Français. Black, blanc. Des mères seules avec leurs enfants, quelques vieux et un ou deux petits groupes de jeunes. Plus de monde qu’à Porrentruy. « Ils sont plus nombreux qu’à l’époque de mon arrivée ici » dit le curé, Marc Leveille-Nizerolle. À côté de l’autel, une grande carte du monde trône avec un petit drapeau sur le pays d’origine de chaque paroissien. Une inscription donne le ton: « Vous n’êtes plus des étrangers, mais des frères ». Au moment de se serrer la main, les fidèles ne se contentent pas de se tourner vers le voisin, mais quittent leur place et embrassent chaleureusement des personnes loin à la ronde. On sent un fort besoin de chaleur humaine et, il faut l’admettre, un peu moins de cette retenue, si chère aux Helvètes.

À la fin de l’office, le curé fait quelques annonces qui m’étonnent. D’abord il demande un peu d’argent à l’audience. Il faut payer le chauffage (il précise le montant de « fuel » qui a été livré cette semaine) et les travaux dans le lieu saint ont coûté 40’000 euros. « Ça fait quand même de petites sommes. » En Suisse, on ne parle presque jamais d’argent à la messe. Ensuite, il annonce que la messe de minuit aura lieu à 21h30. « Pas une question de sécurité, les gens sont simplement mieux chez eux à minuit qu’à deux heures du matin », me dira-t-il.

Par Paul Ackermann

Paul Ackermann

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