Pour cet été 2012, j’ai décidé de retenter l’expérience de la montagne. Si vous avez suivi mes aventures de l’été dernier, vous aurez pu remarquer que je n’avais pas été gâtée par le temps. En effet, sur 15 jours de vacances, 9 jours de neige et de pluie en plein juillet. Forcément ça refroidit.  Ce coup-ci tout est différent. Nouvelle station, nouvelles températures et surtout nouvelles rencontres.

Arrivée après 7h de route, Christine et son accent du nord nous accueille chaleureusement à la Belle Plagne en Savoie. Son dynamisme nous fait même penser que nos vacances seront riches en émotion. Après la paperasse elle nous promet même du beau temps en perspective pour les jours qui arrivent. Que demander de plus ?

Le lendemain 10h, on file à la réception pour s’inscrire aux fameuses randonnées gratuites offertes par la résidence. Gilles sera aux commandes de nos balades pour le plus grand bonheur de chacun. Christine nous conseille même la rando du mercredi soir qui promet de belles surprises. Aussitôt dit aussitôt fait, cette semaine on visitera une fruitière le mardi matin et on se baladera dans les alpages en soirée le mercredi.

Mais parce que vacances rime aussi avec échange, si la rando du mardi s’est faite en petit comité celle du mercredi soir nous a offerte de jolies émotions. A vrai dire tout le 3ème étage s’est inscrit sans même le savoir et les premières paroles circulent entre voisins. Et après 1h de marche nous arrivons à ce fameux resto typique de la région. Chacun s’installe en fonction du plat qu’il a choisi: les raclettes se rassemblent autour de l’appareil traditionnel, les fondues se partagent la table entre deux appareils tandis que les tartiflettes, eux, patientent tranquillement.

La chaleur se fait ressentir auprès de chacun et nous nous mettons tous à faire connaissance. Alors pendant que je fais la rencontre de deux jeunes lycéens qui comptent bien profiter de leurs vacances avant l’année du bac, au bout de table on s’éclate. JP, est le maître de cérémonie, ce Ch’ti est le papa de Benoît et Emmanuel… Pardon Manu ( il déteste son prénom), mes deux voisins lycéens. Il nous prouvera ses talents d’écriture avant le repas et après un petit blanc d’émotion on lève tous nos verres en toute amitié et le dîner peut commencer.

Alors que du côté des fondues, on scrute le perdant du bout de pain dans le fromage, les Ismeurt déguste leur raclette avec mon frère. Moi j’ai testé la tartiflette avec Benoît et Manu tout en silence parce qu’à notre grand bonheur il n’y avait pas grand chose à dire à part DELICIEUX.

Manger c’est bien mais maintenant il faut finir la randonnée et remonter à la résidence. Vers 23h, chacun s’équipe de lampe de poche ou frontale pour remonter et retrouver les navettes qui nous ramènerons à la maison. Forcément, on met tous la difficulté de la montée sur le dîner mais arrivés au bout on se regarde tous en disant « On l’a fait ». Gilles nous laisse retrouver nos lits, direction pour les habitants du 3eme étage la navette. Isabelle, Karl et leurs trois enfants accompagnent JP et ses deux fils, Jessica et son fils et nous les parigots de la 319. Et une fois arrivés sur le palier de nos chambres, on a tous du mal à se quitter mais Jessica sonne le glas et dit bonne nuit à tout le monde.

On rentre tous dans nos chambres sachant pertinemment qu’on se reverra régulièrement. Le lendemain on se retrouve, on se confie qu’on a tous eu du mal à s’endormir ( on avait sûrement tous un peu forcés sur le rosé et l’humour aussi). On part prendre notre café habituel avec notre Christine avant de partir de plus belle pour une nouvelle randonnée. On scrute le moindre sommet de montagne à arpenter, tandis que le soleil tape de plus en plus fort, de quoi savourer pleinement ces vacances.

Entre deux voyages de télécabine, je rencontre un retraité. Étant de la même résidence une petite discussion s’impose. Alors qu’il nous confie qu’il vient ici tous les ans pour le bon air, je remarque qu’il boîte. Ceci est le point de départ d’une longue et riche histoire. Ce monsieur est d’origine togolaise et a passé son Bac dans un lycée Français du pays. Il a continue ses études en licence AES et petit à petit est devenu délégué de l’ONU. Et là je me rends compte que je parle à un homme d’histoire car ce qui va suivre va vous surprendre.

Cet homme à participé à la défense des droits naturels mais surtout le droit à l’accès à la scolarité (le taux d’analphabètes au Togo est d’ailleurs encore trop élevé à son goût). Cependant le Togo n’adhère pas à ses revendications qui bousculent la place publique. Koffi, comme il aime si bien qu’on l’appelle, sera alors emprisonné 3 ans dans son pays. Il nous confie qu’il a été torturé chaque jour de son emprisonnement d’où son boitement « En prison au Togo t’as pas la télé, pas comme en France. Tu manges un bout de pain et un verre d’eau par jour et tu dors sur des planches en bois ». Après ces 3 années, il est devenu avocat au barreau de Nantes et est propriétaire avec sa femme d’un appartement à la Belle Plagne.

Le Parisien à la main, il nous quitte car sa femme l’attend pour manger. On rentre aussi de notre côté car une nouvelle rando nous attend cette après midi avec le groupe de la résidence. Le programme est la découverte de la piste Olympique de Bobsleigh des jeux d’Albertville de 1992. On part avec JP et ses deux fils, la famille Ismeurt et un couple de Belge qui mettent bien l’ambiance. Alors qu’en Bobsleigh, on met à peine 1 minute pour faire la piste, à pied on a mis 1h pour découvrir les moindres virages de cette piste olympique unique en Europe. C’est un mal pour un bien, car en 1h on rigole bien.

Pour ma part, cette journée était la dernière alors direction le resto le soir avec JP et ses fils pour mon dernier repas à la Belle Plagne. Tout le monde me quitte et me souhaite MERDE pour mon retour sur Paris car un événement majeur m’attend. Arrivée sur la palier pour entrer dans la chambre, l’émotion m’envahit obligé de quitter toutes ces personnes qui ont égayé  mon séjour. Mais je retiens mes larmes et fais la grande fille. Du mal à trouver le sommeil, je pense à Christine qui a tout fait pour notre séjour se passe agréablement bien, je pense à JP et ses deux ados qui m’ont fait rire et qui m’ont permis de m’évader le temps d’un instant, je pense à la famille Ismeurt et à Gilles qui a su nous montré  la richesse de la Plagne et ses environs.

Levée à 3h du matin, mon sac est prêt direction la gare de Chambéry. Je laisse maman et Jojo le temps de quelques jours pour accomplir une chose que j’attends depuis longtemps.

Nostalgique de les quitter eux aussi, je retiens mes larmes et leur fais signe par la vitre du train  » Fais le vide dans ta tête Jess, tu vas y arriver, ne penses qu’à ça et à toutes ces personnes qui sont derrière toi ». Et quelques jours plus tard, la sentence tombe… Je suis enfin détentrice du … Permis de conduire. Alors même s’ils m’ont manqué durant ces quelques jours, je dédie cette petite victoire à toutes ces personnes que j’ai rencontrées qui m’ont accompagné durant 10 jours. Merci a Nico pour avoir parlé à ses trèfles à 4 feuilles et à Christine d’avoir « brûlé un cierge. ». Croyez moi la montagne ça m’a bien gagné cette année, j’ai gagné en amitié et en émotion. Merci.

Jessica Fiscal

Articles liés

  • Ici ou là-bas, des lignes meurtrières et des exilés toujours plus stigmatisés

    Alors que les responsables politiques français se font remarquer par un mutisme complice face aux dernières tragédies des exilés, Barbara Allix a décidé de parler de ceux qui se battent pour ces oubliés. Juriste, spécialiste du droit des étrangers, elle est installée à Briançon (Hautes-Alpes) où chaque jour de nombreux exilés traversent la frontière italienne dans les pires conditions. Elle raconte l’envers du décors de cet engagement pour l’humanité. Billet.

    Par Barbara Allix
    Le 30/11/2021
  • Guadeloupe : « On est obligé d’arriver à des extrêmes dramatiques »

    Depuis la mi-novembre, la Guadeloupe est traversée par un mouvement social profond, allumé par une grève des pompiers et soignants face à l'obligation vaccinale de ces derniers. Un mouvement de grève générale qui s'est suivi par des révoltes urbaines, et qui illustre un malaise profond de la société guadeloupéenne et de sa jeunesse face à l'État français. Témoignages.

    Par Fanny Chollet
    Le 26/11/2021
  • Exilés : « La France et l’U.E vous ont laissés vous noyer »

    27 exilés ont perdu la vie le 24 novembre dernier, alors qu'ils tentaient de traverser la Manche, pour rejoindre le Royaume-Uni depuis Calais. Une nouvelle hécatombe, qui devraient mettre la France et l'Union Européenne face à leurs responsabilités. C'est l’électrochoc que voudrait voir Félix Mubenga, devasté et en colère devant des drames qui se répètent. Comme nous tous. Edito.

    Par Félix Mubenga
    Le 25/11/2021