Le symbole est ironique. Ce samedi, la Marche des fiertés de Paris accueillait un char plutôt discret mais bien présent, comme depuis quelques années : celui du Flag !, l’association des policiers et gendarmes LGBT. Une présence qui coïncide avec l’anniversaire des 50 ans des émeutes de Stonewall, un épisode majeur de violences policières à New York à l’encontre des personnes LGBT. Que s’est-il passé entre temps ? L’institution policière est-elle passée du côté des minorités ?

Malgré le demi-siècle passé par là, les émeutes de Stonewall ne sont pas complètement disparues de la mémoire collective sur la question LGBT. Il y a moins de deux semaines, la maire de Paris, Anne Hidalgo, inaugurait une place au nom de ces émeutes dans le 4e arrondissement de la capitale. Si besoin, il peut être utile d’en rappeler la matrice. Et le contexte : un New York des années 60 où les personnes LGBTQI+ sont perçues comme déviantes et entretiennent des relations difficiles avec les forces de l’ordre. Les bars gays et lesbiens sont le plus souvent tenus par la mafia et font l’objet de contrôles de police réguliers. Après avoir essuyé la descente de trop, les clients du Stonewall Inn s’insurgent contre l’arrestation de certains de leurs camarades. La lutte est notamment menée par deux femmes transgenres noire et latina, Marsha P. Johnson, travailleuse du sexe, et Sylvia Rivera. Les témoins racontent des viols de femmes lesbiennes, les violences homophobes et transphobes de la police sont légion…

Aujourd’hui, les catégories les plus touchées par les violences policières lors des émeutes de Stonewall entretiennent des liens qui restent compliqués avec la police, même en France. Les travailleuses du sexe, dont certaines sont transgenres, dénoncent un harcèlement policier à leur encontre. Ainsi de Giovanna Rincon, représentante de l’association Acceptess-T, qui évoque ces femmes que l’on menace d’expulsions, que l’on contrôle et place en garde à vue, que l’on intimide ou que l’on mégenre.

La présence du char policier ? Une « trahison » pour Hanane

Le BAAM  (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrant.e.s) a accompagné Wagner, brésilien gay enfermé en centre de rétention administratif à Vincennes et expulsé. Il a déposé plainte pour insultes homophobes et harcèlement exercé par la police. Pour Quentin*, du pôle LGBT du BAAM : « Radicalement, les intérêts des forces de l’ordre sont opposés aux immigrés ». Nombre d’entre eux demandent l’asile pour LGBTphobie dans leur pays mais se heurtent à une police qui les racialise et les contrôle. « Le rapport à l’espace public quand tu es sans-papier est conditionné par la présence des policiers », conclut-il.

Quand les violences LGBTphobes ou sexistes sont vécues en dehors du cadre policier, la démarche du dépôt de plainte est un moment qui peut se révéler laborieux pour les victimes. Célia du Collectif Des Raciné.e.s évoque cet ami moqué par les policiers au commissariat… parce qu’il portait du vernis à ongles. Dans ce contexte, voir le char du Flag !, l’association des policiers et gendarmes LGBT, n’enchante pas tout le monde à la Marche des fiertés. « C’est une trahison de l’héritage de Stonewall, assène Hanane, membre du collectif Femmes en Lutte 93. La police a été le bras armé de l’homophobie d’Etat. »

De son côté, le Flag ! assure être conscient des difficultés évoquées. L’association accompagne en interne leurs collègues victimes de LGBTphobie et invite les civils à porter plainte. Mickaël Bucheron, son président, rappelle : « On sait que 4% des victimes ont déposé plainte selon des études de l’ONDRP pour des actes homophobes ou transphobes. 4%, c’est très peu. » Son association intervient dans les écoles de police pour parler de ces questions aux jeunes promotions : « On essaye de sensibiliser nos collègues sur ces sujets là sur l’accueil des victimes. »  Afin de renouer le lien de confiance rompu avec les minorités, la police aurait tout intérêt à changer radicalement et se remettre en question sur d’autres discriminations telles que le racisme et le sexisme. Car être lesbienne, gay, bi ou transgenre n’exclut pas l’existence de mécanismes racistes, sexistes, voire homophobe et transphobe.

Des initiatives pour redonner du sens à la Marche

Repolitiser la Marche des Fiertés, être conscient de l’héritage de Stonewall est possible. Des initiatives ont eu lieu pour lui redonner sens. Cette année, une action « Gouines contre les déportations » a été menée pour critiquer la présence du char Person’Ailes, employés LGBT d’Air France. Air France qui rappelons-le réserve certains de ses sièges pour renvoyer des personnes sans-papiers dans leur pays d’origine. Les manifestantes se sont positionnées devant le char avec des pancartes où l’on pouvait lire par exemple : « Pas de fierté à déporter ».

Hanane (FeL93) affirme que « Le cœur de notre combat doit partir des plus précaires, ceux qui n’ont pas accès au travail, qui subissent le racisme. Sinon on va nous oublier. » Car pour les personnes LGBTQI+ les plus précaires, de quartiers populaires, les personnes transgenres, racisées exposées au contrôle de la police: « Nos mots d’ordre sont des mots d’ordre de survie. »

*Le prénom a été modifié

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