Comment l’Humanité s’y prend-il pour diversifier son approche de l’actualité et la diffuser ?
Patrick Apel-Muller :
Une des chances de l’Humanité c’est que nos journalistes ne sont pas seulement issus des beaux quartiers. Ils vivent en banlieue, ce qui nous permet d’avoir un accès aux quartiers populaires plus facile. Nous n’avons pas besoin de fixeurs pour accéder aux cités tout comme des fixeurs pour accéder aux résidences. Car les journalistes envoyés font partie de ces environnements. Mais à la suite des émeutes de 2005, nous nous sommes rendus compte que nous n’avions pas assez pris la température. Du coup, nous avons créé une rubrique quartiers populaires afin de faire de l’enquête. D’ailleurs ça nous a permis d’obtenir le Prix Académie Banlieue.

Qu’avez-vous fait pour intéresser les jeunes à la presse ?
Nous avons décidé de créer des croisements entre jeunes et journalistes, notamment avec les week-ends Libres Échanges. Nous ne sommes pas les seuls à créer ce genre de croisements mais nous avions envie de nous intéresser aux jeunes des quartiers populaires (je n’aime pas dire banlieues). Aussi,  nous avons décidé d’aller jusqu’au bout de cette démarche. Pour nous, ce que vivent les jeunes dans ces quartiers n’est pas illustratif des questions d’insécurité. C’est au contraire un concentré à la fois des problèmes et des solutions qu’il peut y avoir pour l’ensemble de la société française. C’est à la fois un terrain fort de discriminations et de contestations. C’est un terrain fort d’espérance et de désespérance. C’est ça qu’il faut travailler parce que c’est pour une très grande partie, l’avenir de la société française qui va se jouer sur ce terrain là.

Parmi les jeunes qui ont participé à ces week-ends Libres Échanges, certains ont-ils intégré la rédaction de l’Humanité ou  gardé un lien avec le journal ?
Absolument. Il y a des jeunes qui ont intégré la rédaction, d’autres qui continuent d’être des correspondants réguliers et qui enrichissent la page libre-échange, publiée chaque semaine. On a conservé des liens, certains sont devenus des lecteurs réguliers parce qu’ils n’ont pas envie de devenir journaliste.  Une très fort proportion de ces jeunes  sont devenus lecteurs réguliers du journal.

Cela élargit-il le champ des lecteurs du journal ?
Oui tout à fait. Toute la presse écrite a un véritable problème avec le lectorat jeune puisque la moyenne d’âge est assez élevée. Il y a un risque de voir apparaître une structure de la presse à deux vitesses.  Avec, pour la masse des gens, l’information low-cost des gratuits très influencée par des annonceurs, et de l’autre côté, des quotidiens réservés aux couches supérieures de la société. Ceci serait vraiment discriminatoire et pourrait impulser et amplifier un phénomène, comme aux États-Unis où la couche populaire est de plus en plus exclue de la société, de l’élection, de la participation aux élections.

Le travail fait pour intéresser les jeunes est-il suffisant ?
Pas assez. Il faut que ce travail soit plus engagé. Afin que leurs préoccupations apparaissent dans ces organes d’informations. C’est assez essentiel pour la démocratie.

Ines El laboudy

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