Un match de foot. Un service partiel de métro. Une fin de service. Des Noctiliens. Et de l’attente. Bilan d’une soirée de l’avant Grand Paris. 

Belleville, Paris 20e. 00h00. Le carrefour est bloqué. Fumigènes, chants et drapeaux sont de mises mais pas de concert, ni de sono. Improvisés. Les voitures tournent, klaxonnent, quelques femmes lancent des youyous mais l’ambiance est un peu plate. « Ça doit être mieux à Barbès », me glisse un ami.

Oui, mais la station Barbès est fermée. Ils l’ont annoncé la nuit d’avant, quand la France s’est qualifiée malgré un match en mode cassage de jambes et un gardien adverse aux gants aimantés :  « Suite à une décision de la Préfecture de Police, la station Barbés sera fermée à partir de 22h ». Barbès ? Pourquoi ? Ah oui, c’est le match de l’Algérie…

De mémoire, il ne me semble pas que les matches de la Côte d’Ivoire aient conduits à un blocage de la station Château-Rouge ni que les matches de l’Angleterre aient modifié la desserte du Quartier Latin.  En revanche, un match de l’Algérie semble être classé comme une manifestation de premier ordre avec forces de police, modification des plans de transports et camionnettes de CRS au taquet.

Quai du métro, 00h30. Le cadran lumineux annonce régulièrement que la rame arrivera dans quatre minutes. Fermeture de paupières. Deux minutes. Fermeture des paupières – oui quand on est fatigué on pense souvent que fermer les yeux nous fera plus vite arriver. Quatre minutes. Quoi ?! Pendant près de vingt minutes, le cadran joue avec mes nerfs et indique que la rame va bientôt arriver. Et les correspondances alors ? Il est 00h58 quand Madame RATP daigne nous annoncer que le service est terminé. Cris de rage sur le quai. L’usager hue son service public.

Vite, il est encore temps d’attraper la ligne 11 pour choper une correspondance. Bien sûr, c’est quand on arrive dans l’escalier que des usagers en descendent. Petit rappel cruel que l’on vient de rater un métro. Tant pis. Sur le quai de la 11, le cadran lumineux indique six minutes d’attente. Ah, c’est long. Aurai-je ma correspondance ? Oui. La voilà, enfin. Soulagement.

Dans la rame, pas de supporter ni de cri en faveur de l’Algérie. Par contre sur le quai de la 5 à République, oui. Et surtout deux agents RATP un brin autoritaires qui nous crient depuis l’autre quai : « Service terminé Messieurs, Dames, il y a des bus de nuit sur la place ».  Service… terminé ?

Sur la place, des camions de CRS aux gyrophares côtoient des voitures de supporters toutes vitres ouvertes et drapeaux volants. A l’arrêt de bus, cela ne fait aucun effet aux gens. Il faut attendre ce fameux bus de nuit qui relie la banlieue à Paris et rappelle toujours un peu plus aux gens qu’ils ne sont pas de là.

On parle souvent de la fracture entre banlieue et Paris, on pourrait aussi parler du courage des gens qui subissent régulièrement les aléas des transports. RER, bus, métro, le parcours du combattant pour aller de chez soi à Paris est souvent long et sinueux. Et quand il est obstrué par des obstacles de choix – un Noctilien par heure par exemple – le choix est vite fait : sortir toute la nuit ou ne pas sortir. Car ce fabuleux entre-deux entre 1h et 5h du matin la veille d’un jour ouvré est juste infernal. Arrivée chez moi à 2h30 du matin, j’étais particulièrement remontée. Commun pour les uns, inédits pour les autres, le transport de nuit à une lieue du ban était hier soir à l’image de la gestion que la RATP a offert à ses usagers lointains : long et sans information. En un mot, exaspérant.

Claire Diao

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