SAMEDI. Comme la météo ou les chassés-croisés du jité de TF1, il y a des événements récurrents dans une vie. Les anniversaires par exemple. C’est mon tour aujourd’hui. Et je n’en suis pas spécialement ravie. Je bascule du côté obscur de la vieillesse. Je suis plus proche de mes 30 ans que des mes 20 ans. Je suis sûre que j’ai des rides, des neurones en moins et une inclination particulière pour « Questions pour un champion » et « Des chiffres et des lettres ». Dorénavant, en été, il faudra veiller à ce que je m’hydrate puisque les personnes âgées ressentent de moins en moins la sensation de soif. Avant que je ne sois totalement décrépie, je dois fêter dignement ce passage au troisième âge.

Le seul point positif de cet événement traumatisant ce sont les cadeaux. Je sais que je n’aurai, à mon grand regret, jamais un « Incroyable anniversaire » comme dans l’émission de téléréalité du même nom sur MTV. Le concept ? Suivre les préparatifs et la fête d’un ado américain tête à claques qui célèbre ses 16 ans. Le tout copieusement arrosé de dollars. Le clou du spectacle c’est bien sûr quand le Paris Hilton en puissance reçoit une merveilleuse voiture. Et pas une Renault ou une Peugeot, hein. J’en ai 10 de plus et je n’ai toujours pas eu de voiture.

Cette année j’ai joué à la fille et j’ai fait subtilement comprendre qu’un superbe sac qui sent bon le cuir (et non pas le plastique) me ferait très plaisir. J’ai indiqué au détour d’une phrase, comme ça, la référence, la marque et la couleur. Et j’ai surtout été gentille avec tout le monde. Parce que la collecte pour ce sac c’était un montage financier bancal digne de la structure pyramidale de Bernard Madoff. C’est tout juste si la famille n’a pas crée une société écran aux Iles Caïman pour gérer ce pécule et récupérer des intérêts. Et puis il faut savoir que la participation de chacun était fluctuante en fonction de mon degré de gentillesse. Un yo-yo digne des cours de la bourse. Je fais ma mauvaise langue mais je l’ai eu, mon merveilleux sac. Et même qu’il y avait des petits cadeaux à l’intérieur.

DIMANCHE. A mon âge dorénavant canonique, il est temps de donner un nouveau souffle à ma carrière et d’ajouter une ligne à mon cv. Dictateur, ça en jette, non ? A l’origine, il s’agissait simplement d’une promotion éphémère. Rédactrice en chef à l’occasion du Maghreb des livres. Bah bah bah comme dirait Idir. Ma mère a failli rameuter toute la famille du bled. Cette agitation a dû me monter à la tête car j’ai pris ma tâche à cœur. Franchement, le pouvoir, c’est comme le Nutella, c’est addictif. J’ai fait tout pareil que les vrais rédacteurs en chef. Il me manquait juste le BlackBerry à décrocher nonchalamment pendant la conférence de rédaction « Je suis en pleine conf’ de rédac je te rappelle plus tard ». Et le fouet aussi. Quoi, le code du travail interdit les brimades ? Dommage.

Une fois mon équipe de choc (je suis obligée de les flatter pour qu’ils m’aiment encore) lancée, j’ai été contrainte de les surveiller. Si Big Brother et Staline avaient eu une descendante, ça aurait été moi. J’ai été jusqu’à les pister sur la Toile. Ils ont essayé de me faire croire qu’au Bondy Blog on est tous supérieurement intelligents et dotés d’un cerveau toutes options, multitâche en série. Tu parles, seul Nicolas Sarkozy possède six cerveaux remarquablement irrigués, c’est Carla qui l’a dit (phrase à lire en fredonnant la chanson du même nom).

Ces graines de rebelles ont tous été attirés par le démon Facebook. Et vas-y que je bavarde avec mes amis, que je me bidonne à la lecture de mes mails, que je commente la photo de Tartempion, que j’écris sur le mur de Bidule. Et mes articles, ils vont s’auto-écrire ? J’ai songé à débrancher le câble d’Internet mais il n’y en avait pas, hélas. J’ai dû me résoudre à faire comme la plèbe et devenir aussi une tagueuse de cyber-murs facebookiens. J’ai frappé la tête de la rébellion, à savoir Widad, pour intimider le reste des troupes. Cette dissidente a osé me menacer d’un coup d’Etat. Elle n’a pas eu à attendre longtemps pour me déboulonner puisqu’à la fin de la journée, comme prévu, j’ai été destituée…

LUNDI. Ce soir j’ai rendez-vous avec une amie pour dîner. Un article récent disait que Paris by night est mort. Je veux bien le croire. Bientôt les soirées mondaines se finiront à 18 heures, arrosées s’il vous plaît de verveine. Pour les plus téméraires ce sera des open-bars de tilleul. Ce soir, il n’y a pas un chat dehors. On a pourtant choisi un coin de Paris qui regorge d’endroits sympas.

A boboland, là où le pouvoir d’achat est aussi élevé que le trou de la sécu est profond, je pensais que le restaurant serait roi. Erreur. Il y a beaucoup d’endroits suspects où les inspecteurs de l’hygiène feraient mieux de faire une descente. Nous avons le choix entre un bar au nom très engageant comme « Le traquenard » ou un bar dédié au rugby où la bière de 2 litres est de rigueur. Comme je ne suis pas un disciple d’Homer Simpson je mets mon veto. Mon estomac, qui se remet à peine de mes trois gâteaux d’anniversaire, me crie de fuir devant les mélanges sucrés-salés hasardeux du restaurant cubain. On va échouer au Mc Do si ça continue.

Finalement, vu le froid polaire, nous décidons de miser sur le premier endroit chauffé. Nous atterrissons au Paradis du fruit, à deux pas du métro. Tout ça pour ça. Comme des vieilles nous avons nos habitudes, pas même besoin de regarder la carte, nous savons déjà ce que nous allons commander. Promis, la prochaine fois je prends des cours avec Chorba Boy et je cuisine moi-même. En revanche je décline toute responsabilité en cas d’empoisonnement.

MARDI. De mon temps dans mon collège pourri du 19e arrondissement, il y avait une tradition bien vivace. Celles des « cafouillages » qui souvent faisaient suite à la menace implacable de tu vas voir je t’attends à la sortie. Et ce, pas pour partager son goûter. Souvent il ne se passait rien. J’y ai eu droit quand j’interdisais aux cancres qui avaient 18 ans et qui étaient en 5e de copier sur moi. Pour les moins chanceux, la correction se soldait par quelques coups par-ci par-là. Les fortes têtes jouissaient souvent de l’impunité totale ou écopaient d’une convocation rarissime chez le principal. On est passé à la vitesse supérieure aujourd’hui.

Brice Lucky Luke Hortefeux nous fait une régression et rêve de jouer au cow-boy et aux Indiens. Bientôt dans les cours de récré on aura droit à l’intervention du GIGN pour une partie de cache-cache qui aura mal tourné. La brigade des stups, elle, sera sollicitée pour toute affaire de bonbon volé ou de détournement de goûter. Le 36 quai des Orfèvres se chargera quant à lui des interrogatoires musclés, avec la lampe de 100 watt braquée sur le suspect récalcitrant qui aurait organisé un trafic de carte Pokémon.

Une fille de 14 ans impliquée dans une bagarre au collège a fait les frais de ce nouveau jeu. Elle a été cueillie au petit matin par la police qui l’a placée en garde à vue. J’imagine la scène « Lâche ton arme, euh ta tartine et rends-toi ». Elle n’a même pas pu faire sa Sharon Stone avec le croisement-décroisement de jambes légendaires dans « Basic Instinct ». Elle n’avait pas prévu la petite robe blanche sexy de Sharon. Moins glamour, elle portait un pyjama. Seul regret, l’histoire ne dit pas s’il y’avait des pingouins sur le sien.

MERCREDI. Je suis malade. Je pense que mes camarades m’ont tellement détestée ce week-end qu’ils m’ont jetée un sort. Ou tout simplement qu’au vu des températures dignes de Miami Beach sous la canicule, j’ai peut-être attrapé froid. Je ne suis pas Joey Starr mais j’ai la fièvre (oui je connais mes classiques en rap). La vérité c’est que je ne me sens pas bien depuis quelques jours. Une personne normalement constituée irait chez le médecin. Moi, j’use plutôt d’auto-persuasion, de remèdes de grand-mère, de patience pour faciliter ma guérison, le tout saupoudré de quelques prières.

En réalité, si je ne vais pas chez le médecin, c’est que j’ai peur d’eux. Rien que leur poignée de main est particulière. Leur paume est desséchée comme celle d’une momie. La faute à leur consommation excessive de savons et autres solutions hydro-alcooliques pour se désinfecter l’épiderme entre deux patients. « Alors ça va bien ? » Cette phrase me donne toujours l’impression qu’il se moque de moi, le docteur. J’ai envie de répondre : « Oui évidemment, je suis là car je pète la forme et que je veux narguer les malades. » Ou : « Je viens vous voir juste parce que je passais par là et que je voulais prendre de vos nouvelles. Ou vous proposer de faire un tennis. »

En plus, mon docteur pratique la douche écossaise du diagnostic. Un coup c’est bénin, un coup c’est grave. Ça dépend de son humeur. Après la litanie des symptômes, il déclare que ce n’est pas grave. Un doliprane et c’est réglé, là où je sentais arriver ma dernière heure. Et dire que j’avais déjà rédigé mon testament et légué mes dettes. Pour un problème banal, il prescrit des analyses étranges qui font craindre un cancer incurable ou une maladie orpheline. Après, on a plus envie de revenir le voir. Mauvaise stratégie pour fidéliser la clientèle. Cette peur du médecin, ça doit peut-être venir de mon côté Staline. Un poil paranoïaque, le dictateur avait congédié tous ses médecins par peur qu’ils ne l’empoisonnent.

JEUDI. Je suis toujours malade et je résiste toujours à la tentation du médecin. Je cherche à m’occuper alors que j’ai la tête lourde. J’ai écumé tout les programmes de la TNT. Comme un clin d’œil à mon état, je tombe sur une rediffusion d’« Urgences ». Avec Georges Clooney himself. Là, d’un coup, j’ai bien envie d’aller chez le médecin si c’est lui qui m’ausculte.

Finalement, je décide d’aller sur Internet. Ma connexion Internet est dorénavant mythique. Mes amis peuvent en parler, ils ont presque envie de se cotiser pour m’offrir une nouvelle connexion ou pour faire un procès à Free. Pourtant, j’ai eu droit hier à la visite de deux techniciens qui n’ont servi à rien. Dans le genre illogique, si je veux me connecter en Wifi je dois rester près du Modem. CQFD.

Peut-être est-ce un signe, je dois arrêter d’aller sur Internet. Avec la loi Loppsi 2 (c’est comme au cinéma, le deuxième volet est toujours nul, sauf les « Parrains » de Coppola), on va tous être fliqués et avoir des mouchards dans nos ordinateurs. Préparons-nous à tous finir en garde à vue. L’industrie du pyjama s’inquiète, elle va s’effondrer, tout le monde dormira habillé dorénavant, sait-on jamais, en cas d’arrestation matinale.

VENDREDI. Dans le registre information qui ne sert à rien, nous apprenons que Bill Clinton a été opéré du cœur cette nuit. Première constatation : il n’a pas peur du docteur, lui. Si ça se trouve il y allait consulter pour un banal rhume, et ni une ni deux, ça s’est transformé en grosse opération. Je suis sûre qu’il y a une conspiration des médecins. Deuxième enseignement : le karma existe. Ça lui apprendra à Don Juan Clinton, son cœur, à force de battre pour la première stagiaire venue, s’est abîmé. Message pour Tiger Woods : fais gaffe, c’est bientôt ton tour.

En tout cas, l’ancien président des States est bon pour déambuler chez lui quelques temps en pyjama. Il aura le temps de draguer de l’infirmière. J’ose espérer qu’il n’a rien fait d’illégal et surtout qu’il ne va pas errer sur des sites Internet douteux pour tromper son ennui entre deux conquêtes. Une garde à vue est si vite arrivée. Pour un type si souvent au garde à vous…

Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

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