A Amsterdam, quand vous cherchez le point Gay Tourist info, c’est dans une boutique de souvenirs, d’accessoires récréatifs ou bien encore d’articles de sport que vous le découvrez. Ce centre d’information est une initiative privée, celle de Hans Verhoeven, entrepreneur de 48 ans, qu’il a créé grâce à l’activité de son magasin et de son agence d’événementiel Duizendpoot, qui cohabitent dans les mêmes locaux.

Kit d’infos pratiques, liste des lieux et des événements Gay Friendly à Amsterdam, démarches à suivre en cas de perte de ses papiers ou bagages, ce point centralise toutes les informations qu’un gay de passage dans la ville aux 1000 et 1 canaux pourrait avoir besoin… Hans, en bon agent d’accueil, accepte immédiatement de caler une interview après sa séance de sport quotidienne.

Des choses à raconter, il en a forcément lui qui 12 ans auparavant, assistait aux premiers mariages de personnes du même sexe lors de la cérémonie très médiatique organisée à l’Hôtel de ville le 1er avril 2001. En tant que figure du milieu gay amsterdamois, il était par ailleurs souvent consulté par le maire de l’époque, Job Cohen sur les problématiques LGBT.

Hans se replonge dans ses souvenirs. En 2001 donc, la loi sur le mariage pour tous avait été adoptée sans opposition massive car selon lui, les Pays-Bas ont toujours été à la pointe de la défense des droits civiques et font figure de « path finder », pour de nombreux autres pays. « L’histoire nous montre que les Pays-Bas ont souvent accueilli ceux qui étaient persécutés lors des guerres de religion par exemple. Il y a 50 ans, notre pays avait protégé des membres de l’ANC quand l’Afrique du sud subissait de plein fouet l’apartheid… »

Outre des raisons historiques qui expliqueraient en partie cette tolérance, il pense aussi que les néerlandais sont pragmatiques quand il s’agit de traiter les problèmes sociétaux. « Nous avons été les premiers à donner les mêmes droits aux gays qu’aux hétéros mais il y a d’autres exemples. La légalisation des drogues dites douces ou celle de la prostitution… Ces activités existent quoi qu’il arrive de façon illégale. En les légalisant, on limite certains trafics et on permet aux travailleurs du sexe d’avoir une protection sociale mais aussi de déclarer leur emploi en payant des impôts… ».

Lui, qui a été un militant actif, il ne se souvient pas d’avoir eu un jour à défiler pour défendre sa communauté. Idem pour la majorité de ses concitoyens, lui semble-t-il… « Il y a déjà eu de très grosses manifs contre les armes nucléaires ou contre des coupes budgétaires mais pour les droits des homos, non, pas besoin… ». Et quand on argumente que la Gay pride qui dure une semaine entière à Amsterdam est un des plus gros rassemblements publics de la ville, il rétorque : « Mais la Gay pride n’est pas une manif, c’est une fête ! » même s’il reconnaît qu’elle est aussi l’occasion de militer pour de nouvelles avancées.

« Cet été, le débat a porté sur le traitement du sujet de l’homosexualité dans les écoles privées. Dans le secteur public, une loi est déjà passée. La COC (Association néerlandaise de défense des droits des LGBT) propose un kit pédagogique à destination des professeurs pour traiter la question de l’homosexualité et certains passages des manuels scolaires traiteront aussi de cette question. Or, nous voulons que les élèves du privé aient aussi la possibilité d’aborder cette thématique au cours de leur scolarité ».

Pour Hans, le fait d’en parler en classe présenterait l’intérêt pour les jeunes concernés par l’homosexualité de sortir de leur isolement, s’ils le souhaitaient, en trouvant des interlocuteurs avec qui en discuter dans le but de prévenir les phénomènes d’exclusion ou de discrimination.

Et de discrimination anti-homo, les gays néerlandais en sont-ils victimes ? Pour Hans, « comparée à d’autres pays, la Hollande est un paradis pour les gays… Certes, il y a des cas isolés d’agressions mais la police prend très au sérieux ces problèmes. Récemment, un groupe de jeunes a harcelé un couple d’hommes en jetant des pierres contre leur fenêtre. Le couple a bénéficié de la protection de la police et les jeunes ont été sanctionnés puis ont dû participer à un stage citoyen ».

Quand on demande à Hans s’il est plus facile d’être gay dans les grandes métropoles plutôt que dans les petits villages de campagne, sa réponse est surprenante. « Je pense qu’il est au contraire plus facile de vivre son homosexualité dans des petites villes que dans certains quartiers de nos grandes agglomérations… D’ailleurs depuis 7-8 ans, je trouve que la tolérance envers les gays est en régression, à cause de l’influence grandissante des religions, notamment de la religion islamique. Aux Pays-Bas, si cette religion n’est pas la première en terme de personnes qui se déclarent croyants, c’est celle où, à mon avis, les membres sont les plus actifs. Des lieux de culte chrétiens ferment les uns après les autres par manque de fréquentation alors que de nouvelles mosquées ouvrent et font le plein ».

Hans illustre son propos avec une anecdote personnelle étonnante. « J’avais trouvé une salle de sport publique très intéressante niveau qualité/prix avec l’abonnement à 15 euros par mois. Elle se situe dans un quartier défavorisé socialement avec une forte communauté musulmane. Comme dans n’importe quelle autre salle de sport, après avoir bien transpiré, je me lave dans les douches collectives des vestiaires pour hommes. Or, plusieurs licenciés m’ont demandé de me doucher avec mes sous-vêtements ! J’ai cessé d’aller dans ce club de sport malgré le fait qu’il me convenait très bien car, au moins une fois par semaine, des usagers débattaient avec moi sur le sujet et je devais me justifier à chaque fois ! J’ai fini par laisser tomber. Pas par peur, mais par lassitude…»

« Maintenant, je fréquente une salle du centre ville où je paie 60 euros par mois, ce qui fait une sacrée différence de prix, mais où personne ne vient jamais me prendre la tête. Pour moi, ce qui est inadmissible, c’est que cette salle de sport est publique… Or, si ça commence comme ça, quelle sera la prochaine étape ? Qu’on demande d’aménager des créneaux séparés pour les hommes et les femmes dans cet endroit ? Que les femmes ne soient admises que si elles portent un voile ? Je ne suis pas islamophobe ou antireligieux : je suis contre tous ceux qui veulent m’empêcher de vivre libre dans mon pays et, force est de constater pour moi, que les religions et leurs adeptes hostiles aux homosexuels font de plus en plus entendre leur voix aux Pays-Bas… »

Pour Hans, la hiérarchie catholique est tout aussi problématique. Selon lui, le discours de noël du Pape Benoît 16 et ses attaques contre le mariage pour tous marque une nouvelle preuve d’hostilité et de défiance à l’encontre des homosexuels et de son orientation sexuelle.

Si avec l’âge et l’expérience, l’amsterdamois a perdu « la fibre manifestante » de l’époque où il se battait notamment aux côtés de Greenpeace, il continue d’agir pour la cause LGBT mais à sa façon… « Mon objectif est de maintenir la boutique ouverte et traverser, sans licencier aucun de mes employés, cette récession économique terrible. Empêcher le Gay Tourist info de fermer à cause de la crise, c’est ma façon de militer comme entrepreneur social en quelque sorte… ». Preuve supplémentaire de son engagement: mettre ses locaux à disposition d’une équipe qui travaille au premier musée gay online de la ville d’Amsterdam et qui retracera de façon ludique l’histoire de la communauté gay. Le site internet devrait voir le jour en mars 2013.

D’ici là, une autre nation aura peut-être imité ce pays précurseur en terme d’égalité homo/hétéro en adoptant une loi similaire à celle de 2001 pour le Mariage pour tous… Cette nation sera-t-elle la France ?

Sandrine Dionys

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