Ils étaient 700 selon la police, 2000 selon le comité Existrans samedi 19 octobre à défiler dans les rues de Paris. Dans une ambiance joviale et festive, le but premier de cette marche n’a néanmoins pas été perdu de vu : mieux faire connaître la transsexualité et demander des droits. 

« Y en a assez, assez, assez de cette société qui ne respecte pas ses trans, ses gouines et ses PD », scandent les marcheurs. Pour la 17e fois, le défilé organisé par le collectif « Existrans » s’est déroulé dans les rues de Paris. Personnes transgenres, communautés gays et lesbiennes ainsi que soutiens aux droits de l’homme se sont réunis aux Invalides pour rejoindre Bastille, sous le regard parfois ahuri des badauds.

Aux terrasses des cafés, dans les vitrines des magasins, les gens rigolent ou regardent avec incompréhension ce cortège peu ordinaire. En effet, au milieu des manifestants quelques femmes aux tenues extraverties défilent sans complexes dans les rues de la capitale. Arborant les couleurs LGBT, elles distribuent des tracts pour expliquer la situation des personnes transgenres en France. « Il n’y a pas de campagne pédagogique pour le large public, regrette Giovanna, porte-parole de l’association Acceptess-T. Beaucoup de gens ne sont pas transphobes, mais la société, les politiques ne font rien pour expliquer ce qu’est la transidentité. » Existrans porte d’ailleurs une grande attention au vocabulaire, les mots « transsexualité » et « transsexuels » étant trop « psychiatrisant et galvaudés » selon le collectif. Ce dernier rappelle aussi que la transidentité peut-être des personnes « male-to-female », « female-to-male » ou bien encore d’autres « qui transitionnent en dehors des normes binaires. »

« La situation en France n’est pas acceptable »

marche3marche3« Nous sommes ici pour faciliter notre acceptation dans la société et pour revendiquer notre propre identité, explique Eimy, une grande blonde au nez en tire bouchon d’origine uruguayenne. Nous marchons pour que la population se rende compte que nous existons, insiste-t-elle. Je vis depuis trois ans en France et c’est vraiment difficile dans ce pays. »

Amnesty International qui marche aux côtés des différentes associations trans et LGBT confirme le retard de la France sur ces questions. « La situation en France n’est pas acceptable, dénonce Dorothée. Aujourd’hui, pour pouvoir changer son sexe sur ses papiers d’État civil il faut être célibataire, avoir subi une stérilisation et être reconnu comme malade ! Mais la transsexualité n’est pas une maladie ! » Or afin de pouvoir justifier leur demande, les personnes transgenres doivent être reconnues par un psychiatre comme souffrant de dysphorie de genre.

Ce que souhaite donc la communauté transidentité, estimée à 60 000 personnes en France, ainsi que les associations défendant les droits de l’homme, c’est une loi qui permettra de poser des cadres clairs et une procédure accessible pour tous. Le modèle actuellement dans ce domaine est l’Argentine qui s’est dotée d’une loi permettant à tous de changer de sexe. Le choix du genre ne dépendant que du « vécu intérieur et individuel du genre, tel que la personne le perçoit elle-même« . En France aujourd’hui, seule la jurisprudence prévaut rendant les demandeurs dépendants du bon vouloir et de la position du juge sur ce sujet.

« Pour moi c’est un déguisement »

Un grand obstacle pour ces personnes qui ont déjà de grandes difficultés à se faire accepter par leur entourage comme l’explique Anne venue exprès de la Sarthe. L’une des plus grandes difficultés est dans le milieu du travail selon elle. « On doit encore venir travailler en homme, mais pour moi c’est un déguisement, explique-t-elle C’est dur, ça fait mal ». Travaillant chez un équipementier automobile, milieu viril et macho, Anne n’imagine pas ses collègues accepter.

Un peu plus loin dans le cortège nous rencontrons Elsa, homosexuelle et sa maman Evelyne venues soutenir le mouvement trans. Confrontées aux difficultés de la reconnaissance de l’homosexualité et à la marginalisation de ses membres, mère et fille viennent revendiquer les droits de tous. « La transidentité remet en cause les normes du genre. Ça chamboule des choses dans la société, concède la jeune animatrice. Mais ça va se faire au fur et à mesure. J’y crois. »

Charlotte Cosset

 

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