Sarah Bernhardt aurait probablement adapté sa phrase si elle avait connue, comme des milliers de personnes, les nouveaux moyens de rencontres. Célibataires, adultères, curieux, amoureux, en manque…tous les goûts sont sur la toile.

4 millions. C’est le nombre de célibataires qu’il y a en Ile-de-France. Des célibataires qui pourraient se rencontrer dans un café à Bastille, dans une épicerie en faisant des courses ou lors d’une soirée chez des amis. Ils ne s’ajouteraient pas sur Facebook mais s’échangeraient leurs numéros, se verraient, apprendraient à se connaitre. Ils s’aimeraient et riraient jusqu’au jour ou ils s’aimeraient moins et ne riraient plus. Chacun reprendrait sa route et fin de l’histoire. C’est comme ça que ça se passe, depuis des années, jusqu’à ce qu’une chose vienne tout compliquer : Internet.

Au commencement il y a la rencontre…

T’es plutôt timide ? Tu recherches juste une aventure d’un soir ? Tu recherches quelqu’un qui comme toi, aime les films slovènes avec des licornes dedans ? Ou tu traines qu’avec tes potes et rencontrer des filles est devenu mission impossible ? Internet a la solution pour toi. Les sites de rencontres par affinités fleurissent sur la toile, partout et pour tous. Pour les époux/épouses infidèles comme pour les geeks en manque d’amour. Ainsi, il est possible de délimiter son périmètre de préférences mais également son périmètre géographique grâce à une appli qui fait fureur depuis quelques temps et qui récolte la palme dans ce domaine : Tinder.

Disons que je suis dans un parc, je m’ennuie, je me connecte sur cet outil merveilleux pour certains, angoissant pour d’autres et voilà que l’appli me sort tous les hommes (et/ou femmes) connectés à 10-20-30 et jusqu’à 140 kilomètres à la ronde. Cela dépend si vous êtes chasseurs de grands espaces ou non. Si la photo d’un potentiel Jules me plaît, petit mouvement de mon pouce sur la droite, si non à gauche toute : vous connaissiez l’amour pour les nuls ? Voici la rencontre pour les fainéants.

Finie la poésie des tragédies grecques et le « je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue […] Je sentis tout mon corps, et transir et brûler ». Je le vis je l’ai dégagé ou je le vis, je l’ai mis de côté. Simple, efficace. Et admettons, j’ai un coup de foudre pour quelqu’un qui a fait la grimace en voyant ma photo : ma fierté demeure intacte car il n’en est informé seulement si lui aussi a aimé ma frimousse. De l’avis de certains, « sur Tinder, les mecs likent toutes les meufs », histoire de maximiser leurs chances de conclure ou, plus original, histoire de voir qui les a aussi sélectionné et savoir à quelle genre de filles ils plaisent. Gare à toi si tu plais à ce genre de filles qui dès qu’elles s’amourachent un peu se transforment en James Bond-Columbo-psychopathe.

S’aimer c’est stalker

C’est le début de la relation, c’est toujours beau le début. Un peu moins maintenant. T’ajoutes ton ou ta bien aimé(e) sur Facebook, le/la suit sur Twitter, Instagram, Linkedin, Viadeo, Path (l’éphémère), Tumblr, j’en passe, et sans t’en rendre compte tu te retrouves sur le skyblog qu’il ou qu’elle tenait en 2005. Cela car tu as bien évidemment tapé son nom sur Google et tu as eu raison de pâlir en voyant qu’il/elle avait un profil Badoo ou Ask. Numériquement rédhibitoire. Tu décides tout de même de pardonner (pardonner oui, déjà). Tu entres dans un examen plus approfondi de son profil Facebook, tu remontes le fil jusqu’au jour de sa naissance, tu analyses toutes les photos, tu trouves que telle fille ou tel mec apparait bien trop souvent et dans ta tête tu penses c’est qui ce/cette *** ? C’est l’amour 2.0.

Puis arrive la suspicion 2.0. Un simple message Facebook contient de multiples informations pour qui voit son histoire d’amour comme un épisode de « cash investigation ». Non seulement vous voyez l’heure à laquelle la personne a lu le message (et donc vous vous demandez pourquoi bon sang ne vous répond-elle pas ?) mais grâce au merveilleux outil de géolocalisation, vous pouvez savoir d’où la personne a répondu. A la rue près. Génial.  Ainsi, un simple « je viens de rentrer chez moi », peut avoir comme réponse « Ah ouais ? Depuis quand tu habites dans une boîte de nuit toi ? ».

Rupture virtuelle

Ca y est c’est la fin du manège, votre tête a tourné, et maintenant vous avez un peu la nausée. Vous ne voulez plus entendre parler d’elle/lui, vous évitez de l’appeler ou ne répondez pas à ses appels, selon les cas. Problème, vous l’avez toujours en « ami » sur Facebook et voilà qu’il/elle twitte des petits messages subliminaux pour vous narguer/blesser en même temps de photos de soirées sur Instagram. Voilà même qu’il/elle « fav » certains de vos tweets, vous faisant perdre tous vos repères déjà qu’un vif débat existe autour de la question « que signifie un fav sur Twitter ? » alors un fav d’un ex… Face à toutes ces questions existentielles, vous aimeriez le/la hacher menu et le/la faire manger aux créateurs de tous ces sites réunis. A la place, vous vous contentez de masquer toutes ses infos et vous vous inscrivez sur un site de rencontres. C’est reparti pour un tour.

Entre temps, tout ça vous a fait oublier que la vie ne se passe pas devant un écran et qu’entre deux personnes, l’alchimie vaudra toujours mieux que les algorithmes.

Latifa Oulkouir 

Articles liés

  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021
  • « On avait envie de ramener les vacances en bas de leurs bâtiments »

    Avec la crise sanitaire, pour de nombreux jeunes des quartiers populaires, l’été se passe souvent à la maison. Pour faire face à un été compliqué, des associations proposent (heureusement) des alternatives pour les plus jeunes. Reportage.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 16/07/2021
  • Le fast food social de l’Après M, 13 organisé à Marseille

    Dans les quartiers Nord marseillais, l’Après-M est en pleine phase de transition : de la débrouille à la structuration, mais toujours dans une quête d'indépendance. En pleine discussion avec la mairie phocéenne qui a annoncé son rachat, le 9 juillet prochain l’Après-M connaîtra la nature de sa propriété et de ses propriétaires. En attendant, l’auto-organisation locale reste toujours la marque de fabrique de la structure qui continue de fournir de l’aide alimentaire. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 08/07/2021