Mardi 29 mars, l’équipe de France de football a raté son rendez-vous galant avec son public au Stade de France pour le match amical contre la Croatie. Pourtant, son habilleuse avait mis le paquet et sélectionné une petite marinière moulante fleurant bon les rasades du mâle de Jean-Paul Gauthier. Des filles qui piétinent devant l’entrée N du temple du foot français en sont folles : « En fait, il est vraiment bien ce maillot ! » répètent-elles les unes après les autres. « Enfin, faut pas le voir sur Ribéry », se marrent deux frangines aussi rigolardes que vachardes. Les gars sont plus mesurés mais adhèrent aussi.

Seuls quelques-uns jettent le baigneur avec l’eau du bain… Prosith, venu de Vigneux dans le 91 mais Bondynois d’adoption quant il devient blogueur, ne tombe pas dans le panneau : « Moi je préfère le maillot bleu… Celui-là, il est trop marketing… » Soidrou, un lycéen de seconde de La Courneuve le ferait carrément passer en cour martiale : « J’aime pas. Ça fait sous-marin ! » Des mômes qui agitent leur drapeau bleu blanc rouge jouent la fan club attitude à fond : « Oui, il est super ce maillot ! » s’égosille Mehdi accompagné des hochements de tête de Merwan et Zakary. Force est de constater que ce soir, le vent marin souffle dans le dos des Bleus et que le public est prêt à s’enflammer pour eux. Pourtant la galère ne fait que commencer…

Début du match. Avec l’entrée des joueurs de l’équipe de France sur le terrain, on a l’impression d’assister à la fashion-week qui aurait squatté le Salon du nautisme. A l’applaudimètre, Karim Benzema est la star du catwalk. Chez les Croates, celui qui a une cote de popularité aussi amochée que celle de John Galliano, c’est le sélectionneur, Slaven Bilić, ce comédien amateur à l’origine de l’expulsion de Laurent Blanc lors de la mythique demi-finale France-Croatie de la coupe du monde de 1998. Comme ils se retrouvent, ces deux-là… Sur le terrain, au quart d’heure de jeu, il ne se passe pas grand-chose mais comme il y croit encore, le public s’amuse. Concours de chants de supporters et tsunamis de olas à bâbord comme à tribord.

Mi-temps. Martin Solveig, DJ de profession couronné d’un bandeau à la Björn Borg court comme un dératé sur le rond central, ce qui en fait incontestablement le meilleur joueur de la soirée. Micro en main, il fait faire n’importe quoi aux spectateurs restés dans les tribunes pour les besoins d’un clip vidéo. Des pom-poms girls américaines de Saint-Denis exécutent une chorégraphie à quelques mètres des remplaçants qui tentent de se concentrer et s’échauffer sur leur terrain transformé en fête au village.

Reprise. La foule n’arrive pas à rallumer le feu du Stade de Johnny et l’ambiance devient aussi morose que la pluie qui bruine sur le gazon. Cette fois, plus de diversions hormis quelques tifos transformés en A380 de papier qui viennent s’écraser sur la tête du public obligé de regarder le match. « Le foot, c’est pas un défilé de mode ! » crie à la cantonade un supporter déçu. Heureusement, Laurent Blanc pimente le jeu de changements et l’entrée de Ribéry anime enfin la partie. Ceux qui le sifflent provoquent aussitôt un chant de résistance, « Ribéry, Ribéry », chez les partisans du Munichois. Un prénom, « Zahiaaaa ! », devenu blague vintage en amuse pourtant encore beaucoup.

Puis rentre sur le terrain l’ennemi médiatique n°1 et le chouchou de ces dames, Yoann Gourcuff. Bronca et sifflets qui le font bouger ses fesses et tenter quelques bonnes passes. Adil Rami sauve la fin du match d’une belle bicyclette qui déclenche un « Ooooooohhh » général qui, cette fois, ne suinte pas la déception mais l’admiration. Son audace lui vaut de repartir sur une civière avec une blessure aux cervicales. Sale temps dans le ciel et pour les Bleus. Le coup de sifflet final abrège toutes les souffrances. L’équipe de France de la superbe et des victoires n’est pas venue à la rencontre de son public. Et même relookée pour l’occasion, elle aura réussi à lui poser un beau lapin.

Sandrine Dionys

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