« Le Café À l’Asso » : c’est le grand projet de l’association Saint-Denis Ville au Coeur qui, depuis 2017, lutte sur le territoire de la Seine Saint-Denis pour y apporter de la cohésion sociale via toutes sortes d’actions en faveur du développement sportif, écologique et solidaire. Situé dans le quartier Allende, près de l’université Paris VIII, « le café pour refaire le monde » offrirait un lieu d’échanges et de solutions à plusieurs problèmes, comme l’assistance administrative ou le soutien scolaire.

Si on cherchait une réponse à une question, si on avait besoin d’aide, on n’avait pas de porte à laquelle aller toquer.

« J’ai grandi à Saint-Denis et j’ai beaucoup fréquenté le quartier Allende et lorsqu’on voulait faire autre chose que jouer au foot, on n’avait rien à faire. Si on cherchait une réponse à une question, si on avait besoin d’aide, on n’avait pas de porte à laquelle aller toquer. Puis lorsque j’ai été étudiant à la fac, si on voulait se poser après les cours, on devait prendre le métro. Je n’ai jamais vu une université avec 24 000 étudiantes et étudiants et aucun café autour. Le quartier ne profite pas de la présence de l’université », expose Yanis co-fondateur de l’association.

Et c’est pour financer Le Café À l’Asso qu’un crowdfunding a été lancé vendredi 5 novembre 2021, à l’occasion d’une soirée organisée au 6B, à Saint-Denis, et au cours de laquelle une vente aux enchères a eu lieu, dont tous les bénéfices sont revenus à la campagne de financement participatif. Un concert s’en est suivi, de la rappeuse Juste Shani et du rappeur Radou.

Une petite centaine de personnes se sont réunies à Saint-Denis pour le lancement de la campagne de crowfunding du lieu.

« On est toujours là pour performer, pour soutenir ce genre d’initiatives et envoyer de la noblesse sur Saint-Denis Ville au Coeur, distribuer du miel et du feu, vivre un moment d’histoire », glisse le rappeur. Juste Shani, raconte : « Je trouve que dans tous les cas, vouloir faire en sorte que les gens se rapprochent, se rassemblent, puissent se retrouver, se découvrir au-delà de n’importe quelle barrière, c’est beau, c’est la base en fait. »

Pour la vente aux enchères servant à financer la campagne de crowdfunding, des artistes ont fait don de leurs oeuvres.

Des artistes qui font don de leurs œuvres pour la vente aux enchères, des bénévoles qui ont travaillé à la préparation sans relâche, et un public au rendez-vous : la soirée de Saint-Denis Ville au Coeur a offert un moment collectif et convivial, à l’image du projet de café qui est, le rappelle Yanis, « une démarche collective, à l’image du monde que l’on souhaite. Un monde où chacune et chacun a sa place, où chacune et chacun est légitime, où chacune et chacun peut vivre dignement. Il s’agit aussi de faire entendre la voix des quartiers populaires. »

Le Café À l’Asso est la suite logique de bientôt cinq années de travail de l’association Saint-Denis Ville au Coeur.

Et Luca, également cofondateur de l’association, d’ajouter : « le Café À l’Asso est la suite logique de bientôt cinq années de travail de l’association Saint-Denis Ville au Coeur. Cinq années qui ont été riches en luttes contre les injustices de toutes sortes, depuis la première en février 2017 où nous dénoncions les violences policières à la suite de l’affaire Théo, en 2018 où nous avons aidé à la création d’un atelier de français pour les exilé∙e∙s, en 2019 quand nous avons organisé la première pride des banlieues, 2020 où malgré le confinement nous avons passé le cap des 200 élèves sensibilisé∙e∙s à la lutte contre les discriminations grâce à nos interventions et, enfin,  2021 où nous présentons fièrement le projet de Café À l’Asso. »


Pour dépasser le cap des 35 000 euros nécessaires à l’ouverture du lieu, les bénévoles expliquent leur démarche sur tous les réseaux sociaux. 

Alors qu’à la fin de la soirée, les fonds récoltés s’élevaient à 19 000€, l’association a lancé dans le weekend une cagnotte participative en ligne. Gilliane, bénévole de Saint-Denis Ville au Coeur explique : « On a quatre paliers : le premier de 10 000€ a été largement dépassé à la soirée de lancement. Actuellement on est à 25 000€ qui est notre deuxième palier et le dernier palier il est à 35 000€, c’est la somme qui nous faut pour ouvrir le bar. Cette soirée nous a permis un lancement incroyable, on ne s’attendait pas à cette somme-là, donc à la fin, quand je l’ai annoncée au micro, j’avais la voix qui tremblait. On s’est dit : ‘Tout va se réaliser.’ 

Alors que la cagnotte s’approche tout doucement de la barre des 30 000 euros, l’initiative de l’association Saint-Denis Ville au Coeur rappelle le manque à Saint-Denis, de lieux de rencontres pour les habitants d’un département ou les difficultés elles se concentrent toujours.

Crédit photographie à la Une © Cha Giordano

Eva Fontenelle

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022