Les résidents de ce quartier de Clichy-sous-Bois, sortent de chez eux par des cages d’escalier aux odeurs nauséabondes, risquant de marcher sur des crottes. Ceux des bâtiments de dix étages, prennent les marches, les ascenseurs étant constamment en panne. Bonjour les retours du supermarché, avec des sacs chargés dans une main et les enfants en poussette dans l’autre !

Chaque jour, ces résidents croisent sur leur chemin des rats et bestioles en tout genre, des carcasses de voiture et pièces détachées, des couches de bébé, coton tiges et nourriture balancées par les fenêtres. Ils ne connaissent pas leur cave et les sous-sols sont noyés sous l’eau. Le soir, pas de lumière dans les halls d’immeuble aux interrupteurs arrachés et aux plafonds déchiquetés. Dans les appartements, c’est fuites d’eau et pas d’eau chaude. Bienvenu à la résidence privée du Chêne-Pointu.

« Résidence privée » : c’est son statut depuis sa construction dans les années 1960, mais au fil du temps, elle a perdu de son lustre. C’était un temps où personne n’osait marcher sur le gazon et tout habitant disposait de sa propre place de parking. En 2008, la copropriété du Chêne-Pointu est un sommet de pauvreté et d’endettement. Les appartements sont trop bon marché et donc vendus à perte par ceux qui n’en peuvent de vivre là : à peine 100 000 euros le logement de quatre pièces.

Ce lotissement comprend quatre bâtiments de dix étages et quatre autres de cinq étages. En tout : 873 appartements. Les anomalies y sont légion. Sur certaines, les habitants se taisent. Par peur de représailles ou parce qu’ils ne veulent pas se faire remarquer. Rares sont ceux qui acceptent de parler. Du moins en public. Le ras-le-bol, lui, est bien palpable. Les plus courageux en discutent entre eux depuis des années chaque fois qu’ils se croisent. Ils parlent des charges qui atteignent en moyenne 800 euros par an pour chaque co-propriétaire, alors que le syndic a nettement réduit ses prestations liées au dépannage des ascenseurs, aux espaces extérieurs et au ménage.

Certains disent que « c’est la faute des gardiens qui ne nettoient pas et négligent la présence des jeunes dans les halls d’immeuble ». D’autres ne veulent plus « payer des charges fictives à la place de ceux qui ne payent pas ». Selon une habitante de longue date, « le quartier est surpeuplé ». Dans certains appartements, plusieurs familles occuperaient chacune une pièce. « Ils vivent à douze dans un F3 ! », s’écrie cette dame à propos de ses voisins du dessous. Chacun cherche un bouc émissaire à ce quotidien pénible.

Face à ce silence étouffant, une minorité de copropriétaires s’est réunie au sein de l’association Redresser ensemble le Chêne-Pointu (lien vers http://chenepointu.org/), créée en janvier. François Taconet, dirigeant d’une Société de coopérative d’intérêt collectif, en a pris les rênes. Il estime que « le système de financement a une grande part de responsabilité » et ajoute que « la plupart des co-propriétaires n’occupent pas leur logement ». Selon lui en effet, seulement 300 copropriétaires sur l’ensemble de la résidence habitent réellement dans leur appartement. Cette situation pose un problème puisque les locataires ont moins de légitimité pour protester contre les abus de charges.

L’association met en œuvre un plan de sauvegarde, avec le concours de l’Etat qui s’est engagé à participer aux travaux de restauration du quartier. Selon un examen technique réalisé ces dernier mois par un bureau d’étude, les travaux sont estimés à 28,7 millions d’euros. Des rénovations qui devraient concerner l’eau, le chauffage aujourd’hui collectif, les ascenseurs. Le diagnostic a été remis au sous-préfet, Philippe Piraux, le 8 avril, et présenté aux habitants de la résidence, le 17. Sauf que ces derniers exigent en priorité la baisse des « charges inutiles ».

Nadia Boudaoud

« Le gardien, il sort les poubelles, c’est tout »


Chêne Pointu
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Nadia Boudaoud

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