Si les Musulmans étaient Chrétiens, la prière de table à la rupture du jeûne donnerait un truc du genre « merci Seigneur pour la harira que tu nous donnes. Donne du Selecto à ceux qui ont soif et donne de la zlabiya à tous ceux qui ont faim. » Car tous les ans, le sacro-saint trio harira-Selecto-zlabiya fait son retour en force.

Tombant en plein milieu des vacances d’été, le ramadan 2011 est un grand crû. Les températures élevées tant redoutées sont parties en vacances. Pour le plus grand soulagement de nos gorges qui criaient déjà soif. Pas de réveil aux aurores pour aller en cours. Au programme : veillées festives et grasse mat’. Bref, la vie de rêve. Avec 17 heures de jeûne par jour, il y a largement de quoi s’occuper. Même si l’envie de sortir n’est pas vraiment là quand on a l’estomac qui crie aussi fort que Lara Fabian.

Beaucoup ont mis une croix sur un séjour en bord de plage cet été. Ceux qui sont partis étaient tous juillettistes. Envisager d’aller bronzer sous 38°C sans boire ni manger : très peu pour moi. Reste que chez certains, le pèlerinage annuel au bled est de mise. Ramadan ou pas. On ne déroge pas à la tradition. Et puis, quitte à se mettre dans l’ambiance, autant traverser la Méditerranée. Il paraît qu’au bled, c’est de la tuerie. J’entends encore le copain de mon grand frère me dire « je vais tester le ramadan sur place, ça a l’air sympa ! »

Sympa aussi : l’effort concédé par quelques compagnies aériennes.  Des promotions sur le prix d’un billet pour l’Algérie, qui, en temps normal, coûte entre 400 et 600 euros, c’est Noël au moins d’août. Le voyage durant deux heures, sur un billet de 600 euros, ça revient à 5 euros la minute de vol. Soit 5 euros la minute de vol, dans l’autre sens du terme…

Naouel fait partie de ceux qui rendent visite à leur famille en Algérie une fois l’an. Elle a volontairement choisi de partir en ce mois d’août : « le ramadan ici et le ramadan là-bas, il n’y a pas photo ! En Algérie tout le monde, ou presque, le fait. Ceux qui ne le font pas ne se montrent pas. Les horaires de travail sont aménagés, les écoles libèrent les enfants plus tôt. Dans les rues on ne parle que de ça : les préparatifs du souper, la meilleure boulangerie du coin, de miel et de sucreries ! »

Rien à voir avec mon ramadan à moi donc. À Bondy, c’est à peine si je ne ferme pas les yeux en passant devant les restaurants. Ce bois béni a le don de développer mon odorat de jeûneuse. Une visite au supermarché suffit à me faire acheter des produits improbables. Avoir envie de calamar en milieu d’après-midi, étrange non ? M‘enfin, ça reste toujours mieux que de rester chez soi, à guetter la pendule tournant au ralenti.

En y regardant de plus près, que l’on fasse le Ramadan à Bondy, à Kaboul ou à New York, les règles à observer sont les mêmes. C’est décidé : l’année prochaine, je pars faire le ramadan en Arctique. À moi les journées de 5 heures et la fraîcheur des glaciers !

Sarah Ichou

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