En banlieue, le Père Noël peut frapper deux fois, et même plus ! Samia n’en revient toujours pas : « Cette nui-là, on sort de chez des invités, gagnés par la fatigue agréable qui survient après un repas copieux. Il est presque 2 heures du matin. Comme on habite tous les uns à côté des autres, un ami propose gentiment de raccompagner tout le monde », raconte-t-elle.

En rentrant chez lui, le petit groupe passe en voiture par une sorte d’enclave composée de résidences privées. « Pour avoir une idée, ça à l’allure d’un quartier américain à la Wisteria Lane, comme dans « Desperate Houswifes » », continue Samia. A proximité d’un des pavillons, Samia et ses amis aperçoivent une sorte de petite brocante. Tout est à même le sol. L’une lance alors : « Mais attendez ! C’est un aspirateur, là… » Elle ordonne au chauffeur de s’arrêter et se précipite hors de la voiture. C’est un aspirateur de la fameuse marque des aspirateurs sans sac, dont le prix d’achat est de 400 euros environ. Elle s’en saisit, l’inspecte sous toutes les coutures et se tourne vers les autres, incrédule : « Mais il est tout neuf ! »

Samia décrit la suite : « On descend à notre tour et chacun va voir ce qui ressemble à une caverne d’Ali Baba à ciel ouvert : une console de jeux, encore dans sa boîte d’origine, elle vaut aussi dans les 400 euros ; grill pain, meubles, vêtements, micro-onde, etc. Du neuf et du moins neuf. On se demande si on n’assiste pas à un déménagement nocturne ? Non, les lumières de la maison sont éteintes, et pas un chat aux alentours. »

Le groupe d’amis se sert parmi ces objets qui semblent mis à disposition et les entasse dans la voiture. Les quatre portières sont ouvertes, plus le coffre, tout est chargé au pas de course, comme dans la « Roue de la fortune », le jeu de TF1 où les participants ont quelques secondes pour faire leur choix d’emplettes gratuites. « La nuit nous a offert une sorte de sortie nocturne dans un Carrefour ou dans une Fnac, à l’œil », confie Samia. A-t-elle le sentiment d’avoir volé des biens cette nuit-là ? « Non du tout, de toute façon, ça aurait été pris par la voirie. »

Le lendemain et après un enquête discrète dans le quartier, Samia a résolu l’énigme de la caverne d’Ali Baba : « Il s’agit en fait d’une maison saisie par le fisc ou par la justice pour différentes raisons. Soit que le propriétaire est en défaut de paiement, soit qu’il est en prison, personne ne peut le savoir de façon certaine. Du coup, des gens, des jeunes et des moins jeunes, viennent squatter l’habitation. » Pourquoi squattent-ils en banlieue ? Ils y sont apparemment plus tranquilles qu’en ville. Et pourquoi sortent-ils de la maison les objets qui s’y trouvent ? « Il ne faut pas oublier que le squat est illicite, répond le mari de Samia. Les squatteurs ne veulent pas s’enfoncer encore plus. Du coup, pour ne pas être accusés en plus de vol, eh bien ils vident les maisons. Ils vont garder le nécessaire comme le frigo ou la machine à laver, et le reste ils le mettront dans la rue. »

Celle qui a hérité de l’aspirateur déclare : « Il ne faut pas croire qu’à chaque fois c’est le jackpot. C’est comme un tirage au sort. Parfois, on peut tomber sur de bonnes affaires. Parfois non. Car certains propriétaires préfèrent tout casser que laisser quelque chose. » Le mari de Samia ajoute : « Ça arrive plus souvent qu’on ne le croit. Les squats en banlieue fleurissent de plus en plus. »

Malik Youssef

Malik Youssef

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