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Lorsque j’avais 15 ans, le groupe NTM (qui veut dire quand même « Nique ta mère ») sortait son dernier album. Je me souviens alors l’avoir écouté en boucle, et aujourd’hui encore, je serais capable d’en réciter des morceaux entiers. Pour beaucoup de jeunes et moins jeunes, NTM a fait partie des précurseurs du rap en France. Ses membres étaient des icônes, des références. Il y avait ceux qui aimaient leur musique par goût, et ceux qui allaient plus loin, qui s’identifiaient aux rappeurs. Quelqu’un comme Joey Starr, qui parlait à la télé comme dans son quartier, et qui allongeait un CV de faits divers assez complet, suscitait chez beaucoup, malheureusement, l’admiration. Il incarnait une alternative sociale et politique.

Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte de la portée des paroles que j’écoutais et révérais. Dans l’ultime album de NTM, les messages véhiculés étaient déjà plus sages. Ils faisaient un peu le mea-culpa des albums précédents, avec des titres comme « Laisse pas traîner ton fils », ou encore « Pose ton gun ». Mais avant, c’était pas du joli ! Je me souviens encore de ce refrain: « Mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu !!? Juste d’être un peu plus nombreux… ». NTM chantait ça il y a plus de 10 ans. Il y avait aussi « J’appuie sur la gâchette », « Police », « Paris sous les bombes », « Pass pass le oinj », le genre de titres dont je préférerais que mes futurs enfants restent éloignés. Mes parents, comme beaucoup de parents en banlieue, ne comprenant pas les propos que j’écoutais, n’avait aucun contrôle sur mes fréquentations musicales.

Tout ceci pour dire que le rap a eu à mon sens une très mauvaise influence sur les jeunes. J’ai parlé de NTM, c’était pour l’exemple. En banlieue, tout le monde se rappelle le carton de DJ Cut Killer avec son célèbre « Nique la police » sur fond d’Edith Piaf. Beaucoup de rappeurs ont cultivé la victimisation, donc la révolte, peut-être trop. Les émeutes de 2005 avaient été chantées plus de 10 ans auparavant par de nombreux groupes. Dans les chansons, ça disait « il y en a marre », « on va tout casser! ». Ils avaient vu juste, mais ont-ils contribuer à ce que cela arrive en ne cessant de le prédire ?

Dans les cités, des jeunes ont pour seuls discours des refrains de rap. C’est vraiment dommage. Aujourd’hui le rap, je n’écoute plus donc je ne saurais pas vous dire ce que j’en pense. Je suis juste tombé un jour sur un clip du groupe Tandem qui chantait « 93 hardcore ! Levez les bras si vous êtes fort! ». Une chanson qui vante le 93, ses trafics, ses mecs blindés aux as et qui encourage ses auditeurs à baiser la France jusqu’à ce qu’elle les aime. En fait, c’est peut-être pire qu’avant, pire qu’au temps de NTM premier âge. Ce n’est certainement pas avec ce type de messages que les jeunes des quartiers vont chercher du boulot ou essayer de s’en sortir légalement.

J’ai parlé du coté obscur du rap. Je sais, c’est tellement plus facile de parler de ce qui ne va pas. Alors, mais ça n’équilibre pas la balance, on trouve aussi dans le rap quelques beaux messages: « Jeune homme lève-toi ! Bats ! L’avenir appartient à celui qui ne baisse pas les bras !

Joey Starr : « Se servir de la commémoration de la mort de Zyed et Bouna pour aller quelque part »


Chou Sin

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