Samedi 10 avril, entre 500 et 1000 personnes ont manifesté à Paris, entre la place de la République et Bastille. Après cinq refus de Préfecture de Paris, les proches de Saïd Bourarach ont pu organiser cette manifestation, la deuxième depuis la mort de ce jeune père de famille d’origine marocaine le 30 mars dernier. Ils sont venus demander justice pour Saïd. La mort de ce vigile de 35 ans demeure entourée d’un secret de Polichinelle.

Pour les proches de Saïd Bourarach, pas question de laisser passer cette disparition comme un banal fait divers. Dans la foule, une femme blonde discute avec sa voisine. Elle répète : « On est français seulement quand ça les arrange ! » Du mégaphone tenu par un jeune homme retentissent les images sombres d’une histoire de France occultée, « cette affaire me rappelle bizarrement un certain 17 octobre 1961. Mais le temps où l’on jetait des bougnoules dans la Seine est révolu. Nous n’accepterons plus jamais ça ! », s’insurge-t-il.

Des anonymes et des associations, à l’instar de l’UAM 93 (Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis) sont venus apporter leur soutien à la famille de la victime. Son président, M’hammed Henniche, s’étonne de l’avancée du dossier. Notamment la remise en liberté de deux suspects.

SON 1

Dans le cortège, pas de représentants politiques, sinon quelques élus locaux. Kamel Hamza, conseiller municipal à La Courneuve, et accessoirement assistant parlementaire d’Éric Raoult. Ou encore une adjointe de la Mairie de Trappes.

SON 2

Autre soutien politique, la sénatrice verte Halima Boumediene. Pour elle, l’affaire de Saïd en rappelle étrangement une autre. Elle pointe du doigt l’inégalité du traitement médiatico-politique de cette affaire, qu’elle n’hésite pas à comparer à l’affaire d’Ilan Halimi.

SON 3

Refus de l’employeur de Saïd de reconnaître sa mort comme accident de travail. Encore sous le choc de la mort de son époux, Nathalie Bourarach se bat aujourd’hui pour faire reconnaître le décès de son mari comme un accident de travail, ce qui lui donnerait droit à une forme de pension. Selon elle, l’entreprise Batkor refuse catégoriquement d’entrevoir cette éventualité, arguant que les faits se sont déroulés à l’extérieur du magasin. La même entreprise, au lendemain de la mort de son mari, lui aurait « proposé de l’argent sous la table » pour qu’elle abandonne sa volonté de faire valoir ce décès comme accident de travail.

Abdelkader Bourarach, le frère du défunt, se dit persuadé que la vérité éclatera. « J’ai confiance en la justice française », confie-t-il. « Le corps de mon frère est encore en France. Il n’a pas encore été enterré au Maroc. L’autopsie a révélé la mort par noyade. Ce n’est pas possible, Saïd savait parfaitement nager. Nous avions l’habitude de nous baigner dans l’Oued au pays », répète-t-il, dépité. Une contre-expertise médicale a été demandée par la famille Bourarach.

À la fin de la manifestation, une minute de silence est observée en la mémoire de Saïd. À Bobigny, où Saïd a trouvé la mort, la maire Catherine Peyge a refusé qu’une minute de silence soit observée au sein de l’administration communale au lendemain du drame.

Hanane Kaddour

Hanane Kaddour

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