Prendre les transports en commun pourrait presque devenir un luxe. Les tarifs montent en flèche au fil des années. Une augmentation qui n’est pas pour arranger les passagers qui ne bénéficient pas tous d’avantages ou de réductions.

Pour se déplacer en Ile-de-France, les solutions sont multiples : marche, voiture, transports, vélo, trotinette, rollers, baskets à roulettes… à vous de choisir. Beaucoup préconisent les transports en commun pour se rendre sur leur lieu de travail ou d’étude « parce que c’est plus écologique et plus pratique » résume Lila, 20 ans. Certes, mais leur coût ne cesse d’augmenter, au détriment des usagers.

Ces dernières années, le prix des transports a connu une hausse importante : le simple ticket de bus est passé de 1,70 euros en 2010 à 2 euros en 2014. Si les 30 centimes qui font la différence ne semblent pas énormes pour certains, ça l’est pour d’autres « moi je prends le bus tous les mercredis après-midi pour rejoindre mes copains et faire un foot avec eux. C’est ma mère qui paye mes tickets, mais elle trouve que 4 euros par mercredi ça fait super cher pour seulement trois arrêts de bus » m’explique Evann, 12 ans. La maman de ce jeune collégien n’est pas au bout de ses surprises puisque le prix de la carte Imagin’R n’est pas plus attractif.

Si Evann décide de s’abonner à la carte Imagin’R, simplement pour ses déplacements à Drancy ; lors de la souscription au forfait, il lui faudra forcément choisir deux zones. Donc, pour les zones 2-3, sa mère paierait 324,90 euros par an. Le forfait Imagin’R est destiné à des collégiens, lycéens et étudiants ayant moins de 26 ans, il permet de se déplacer dans les zones choisies le lundi, mardi, mercredi matin, jeudi et vendredi. Le mercredi après-midi, les week-ends et les vacances scolaires, le pass est « dézoné » (voyager sans restriction de zone). Ainsi les abonnés peuvent se balader dans toute l’Ile-de-France. L’abonnement peut se payer à l’année ou mensuellement (sur 10 mois et non 12).

La somme est conséquente, mais il est parfois plus intéressant de payer un abonnement à l’année que de financer des petits bouts de carton au prix exorbitant. Aller à Paris quand on est jeune et résidant en banlieue relève d’un investissement important, surtout quand on ne possède pas la fameuse carte magique.

Le forfait Imagin’R, pour les zones 1-3 (donc Paris-Bondy, par exemple), coûte annuellement 453,90 euros. « Avec nos avantages étudiants on peut bénéficier de réductions pour accéder à pleins de trucs à Paris sauf que pour y aller il faut payer super cher, c’est pour ça que je n’y vais pas trop » résume Safia, 16 ans qui n’a pas encore de carte Imagin’R étant donné qu’elle va au lycée à pied.

Bondy – Saint Lazare, aller-retour : 6,90 euros, soit le prix d’un repas dans un fast-food pour 20 minutes de RER. « Autant voyager avec ses papilles et puis en ajoutant 3 euros, on mange au resto chinois » s’amuse Safia.

« Payer son ticket de RER, c’est devenu un luxe »

Marion étudie les lettres à l’université Diderot (Paris VII), dans le 14e arrondissement de la capitale. Elle a choisi cette fac car elle voulait goûter à la vie parisienne. Elle habite Limours-en-Hurepoix, dans l’Essonne (91). Quand tout va bien, elle met 1h30 pour aller à la fac. Ainsi, elle traverse les cinq zones. Son forfait Imagin’R lui coûte annuellement 720,80 euros. «Payer plus que les autres parce que j’habite plus loin, je comprends. Mais 700 euros c’est énorme. Mes parents n’ayant pas beaucoup de moyens, je suis contrainte de travailler quand je peux pour payer une partie de ce forfait avec eux ». Cette étudiante donne donc des cours de français le mercredi après-midi pour financer sa carte de transport. Pas facile de sacrifier son salaire pour payer sa carte de transport quand on a 19 ans. À cet âge-là, nos petits revenus nous permettent plutôt de faire chauffer notre carte bleue pendant les soldes, de passer chez le coiffeur et de manger japonais.

Yanis est à la recherche d’un emploi. Pour ce jeune homme, il est compliqué d’acheter de quoi prendre le train quand son compte en banque vire au rouge à la fin du mois. « Je recherche du travail et la plupart des annonces que je vois sont à Paris, sauf que Paris il faut y aller, et payer son ticket de RER c’est devenu un luxe. Sachant que je suis à la recherche d’un emploi, le luxe c’est pas pour moi, il ajoute, c’est un cercle vicieux! Si j’ai pas de travail, j’ai pas d’argent et pour trouver ce travail il faut que je paye mes transports, mais j’ai pas d’argent! »

Je lui parle alors des forfaits « solidarité transport » et « gratuité transport ». Il s’agit d’abonnements qui proposent aux personnes en difficulté une aide, voire une gratuité totale. «Oui, on m’en a parlé mais il faut bénéficier du RSA, de la CMU etc, ce qui n’est pas mon cas. Tant de paperasses rien que pour prendre le RER, j’ai d’autres choses à faire ». Pour se présenter à ses entretiens, Yanis est donc contraint de frauder « je sais très bien que ce n’est pas bien, mais je n’ai pas trop le choix ».

Qui dit fraude, dit amende. Différente de son homonyme qui se prétend douce, celle-ci est bien salée. Effectivement, si vous voyagez avec un ticket que vous n’avez pas validé, un ticket demi-tarif que vous ne pouvez pas justifier, ou encore un ticket non valable dans la zone où vous êtes contrôlé, vous risquez une amende de 30 euros à régler sur place. Si vous n’avez pas les moyens de paiement sur le champ, c’est 60 euros à la maison à régler dans les deux mois. Une fois ce délai passé, une procédure judiciaire est entamée et l’amende passe à 180 euros.

Dans le cas où les usagers ne dépenseraient pas assez d’argent dans les transports, la RATP a mis en place une nouvelle contravention, aux apparences discount. Dans le bus et le tramway, il n’y a pas de tourniquets ou de portes qui vous obligent à valider votre carte pour passer. Étant donné que vous êtes un citoyen responsable et honnête, vous payez un abonnement Navigo ou Imagin’R à l’année. De ce fait, que vous ayez validé, ou non votre pass ne modifie en rien votre voyage, qui est donc déjà payé. Malgré tout, vous prenez toujours soin de « badger », par habitude avant de vous installer.

Mais ce matin-là, le tram était bondé. Vous avez été emporté par la foule lorsque vous êtes monté dedans. Coincé entre l’énorme sac à main d’une dame et le dos d’une autre, vous vous dites « tiens je n’ai pas pu valider ma carte, tant pis de toute façon la borne est beaucoup trop loin de moi». Et vous passez à autre chose. À la station suivante, les contrôleurs montent, « votre titre de transport mademoiselle ? » (Pour le bonjour et le merci, on reviendra). Machinalement vous dégainez votre carte de votre veste, la présentez au contrôleur qui la passe sur sa machine. Alors que vous vous apprêtez à monter de nouveau le son de votre iPod  vous entendez « votre pass n’a pas été validé ». Naturellement vous lui expliquez la situation et promettez que cela sera fait la prochaine fois. « Du coup c’est 5 euros sur place, si vous ne pouvez pas régler maintenant ce sera 30 euros chez vous ». Ne tentez pas la carte de l’auto-défense puisque votre interlocuteur vous écoute à peine « vous préférez payer par carte bancaire ou en espèce ? Décidez-vous rapidement sinon les 30 euros s’appliquent ».

La RATP a mis en place ce système en mars 2013, dans le but de « quantifier le nombre de passagers des bus et des tramways de son réseau ». Entre l’augmentation du prix des titres de transport et celle des contraventions, c’est la quantification des recettes de la RATP qui a dû monter en flèche.

En mars dernier, en Région parisienne, nous avions subi un pic de pollution. Ainsi les transports avaient été gratuits le temps d’un week-end. Cette mesure n’avait pas changé grand-chose pour les abonnés Imagin’R puisque leur carte est dézonée les week-ends. Par contre, les autres ont été ravis de profiter de cette solution.

Nous avons bien conscience que pour des raisons économiques, il est compliqué de rendre les transports tout à fait gratuits à long terme. Néanmoins, une baisse du prix des transports des jeunes ne serait pas de refus. Cela permettrait à Yanis de souscrire à un forfait, à Marion de travailler pour ses loisirs, à Safia de profiter davantage de la capitale.

Les personnes de plus de 65 ans peuvent bénéficier à Paris du forfait « Emeraude Améthyste » qui permet de se déplacer en région parisienne pour un forfait annuel qui coûte 40 euros par an pour les zones 1-2. Cette maudite somme peut même être remboursée dans son intégralité si vous êtes ancien combattant, veuf de guerre…etc.

Alors, un petit geste pour les jeunes ? Ce ne serait pas de refus !

Sarah Ichou

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