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Il y a cinq ans, Jean, issu d’un milieu aisé, était surveillant dans un lycée professionnel du 15e arrondissement de Paris. Ethan, fils d’une famille modeste, y était élève après avoir été viré d’un autre lycée. Ethan, aujourd’hui 22 ans, avoue que Jean, qui en avait 25 à l’époque, lui tapait sur le système avec son look de bobo et cette façon qu’il avait de provoquer les gens d’un humour pas forcément adapté à ses interlocuteurs. « Il m’énervait et en plus, je croyais qu’il était gay. » L’impression ne s’arrange pas le jour où Jean fait une proposition surprenante à Ethan : « Il m’a invité à son cour de théâtre, et là je me suis dit, c’est vraiment un pédé. »

Jean, l’aristo, avoue qu’à cette époque là, ce qui l’intéressait ce n’était pas de fliquer les jeunes mais plutôt de créer des relations humaines intéressantes. « Quand j’exerce un travail alimentaire comme celui de surveillant, j’essaie toujours de voir le bon coté des choses », dit-il. C’est fort de cette vision généreuse, qu’il tente une approche avec Ethan. Il sentait que derrière le coté farouche de l’ado, se cachait une personnalité sensible et créative.

Au bout d’un moment, Ethan finit par apprécier Jean aussi. Même la première fois qu’il assisté à ce fameux cours de théâtre, il a failli s’enfuir en courant. Mais il avait donné sa parole à Jean. Du coup, il ne savait plus comment se sortir de ce qui lui semblait un guêpier et le mettait mal à l’aise : « Sept cours plus tard, j’ai me suis barré, et là, j’ai ressenti un manque, raconte-t-il. On aurait dit qu’au fur et à mesure de nouvelles fenêtres s’étaient ouvertes dans ma tète, me donnant accès à d’autres centres d’intérêt. C’est la que j’ai découvert, la lecture, Chopin. Moi qui n’écoutais que du rap… »

Le plus marrant dans tout ça, c’est que nos deux amis habitent aujourd’hui à une station l’un de l’autre, dans le 19e arrondissement. Est-ce que ce lien de confiance aurait se serait noué si Jean et Ethan s’étaient rencontrés dans ce quartier du nord-est parisien, plutôt que dans le 15e ? A quelle occasion auraient-ils bien pu de se parler ? Imaginez la scène : Ethan déambulant sur l’avenue Jean Jaurès avec sa bande, rencontre Jean avec son livre sous le bras et son look de comédien. Ethan et Jean se saluent, entament une conversation… Pas impossible, mais hautement improbable ! Sauf dans ce cas de figure : « Heu, zavez pas une cigarette, siouplai msieur ! ? – Non, désolé, cher ami, je ne fume pas, vous m’en voyez navré. – Bouffon ! »

Alors que Jean dit avoir beaucoup appris d’Ethan et de sa culture de cité, Ethan, lui, remercie Jean de lui avoir ouvert l’esprit à la culture et à une expression plus construite, qui l’amène l’écriture parfois. « J’ai posé mon joint pour prendre un stylo. » Ce qui semble parfaitement lui convenir même si on peut avoir des doutes quant au joint.

Leur amitié fait qu’ils envisagent désormais de travailler ensemble. Ils ont une idée : monter un projet « théâtre » auprès des 16/25 ans du quartier, notamment de la cité Ourcq. C’est pas gagné quand on connaît la passion que nos ados vouent aux planches… Pour tout vous dire, Jean est autant un aristo qu’Ethan est un voyou. Mais ça, vous l’aviez compris.

Nadia Méhouri

Paru le 21 janvier 2010

Nadia Méhouri –

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