Arrivés en France le 29 juillet dernier en provenance du Liban, six jeunes palestiniens ont atterri à La Courneuve. La ville est engagée pour le droit au retour des réfugiés en Palestine depuis une dizaine d’années. Rencontre.

Sara, 21 ans animatrice, Kakem, 13 ans, Mhamed 12 ans, Nour 14 ans, Marwa 13 ans, Ola et Naghem, 11 ans, vivent à Burj el-Shemali, un camp pour les réfugiés politiques. Il est situé à 80 kilomètres de Beyrouth et à 24 kilomètres des frontières du nord de la Palestine. Le camp de Burj el-Shemali est jumelé avec la ville de La Courneuve. Le coordinateur de ce projet, Mokrane, est chargé de l’organisation de ce séjour. Ce jeudi 31 juillet, les jeunes Palestiniens rencontrent les Courneuviens à La Courneuve Plage. Très vite, les habitants viennent les saluer. Parmi eux, Monique, d’origine algérienne, remet à chacun un sac avec des petits présents. « Je suis venue pour leur souhaiter la bienvenue et leur mettre un peu de baume au cœur », confie-t-elle.

IMG_20140731_190709IMG_20140731_190709Au fil des échanges, les Courneuviens découvrent la vie de camp de réfugiés. Ils apprennent ainsi que les habitants de Burj-el-Shemali n’ont pas l’autorisation de construire des maisons. « Certains habitants ont des maisons, mais il s’agit des réfugiés qui sont là depuis le début des premiers conflits. Mais aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui sont installés dans des tentes » explique Sara. « Dans le camps, nous sommes limités dans nos mouvements et au niveau de l’espace« . Mokrane poursuit : « à titre de comparaison, les conditions dans lesquelles vivent les Roms de France sont les mêmes que pour les réfugiés palestiniens au Liban ». Du haut de ses 12 ans, Mhamed raconte que « dans le camps, il y a parfois des problèmes d’électricité. Ceux qui ont les moyens de payer une fois dans le mois n’ont que deux heures d’électricité certains jours. Au niveau de l’eau, elle n’est pas potable. Nous l’utilisons uniquement pour nous laver. Pour boire de l’eau, nous sommes obligés d’acheter des bouteilles d’eau en dehors du camp ».

IMG_20140731_185500Sara est née au Liban, comme ses frères et sœurs. Sa mère a vu le jour en Palestine et à dû quitter sa terre natale en 1967 à l’âge de 5 ans. Elle est femme d’entretien, son mari est boucher. « Ma mère a desproblèmes d’articulation au niveau de son genou. Un médecin lui a conseillé de faire une opération, ce qui l’oblige à travailler pour pouvoir payer ses soins médicaux » raconte la jeune fille. Tous gardent l’espoir de retourner un jour dans leur pays. L’un des symboles gardés précieusement par les réfugiés est la clé de l’entrée de leur maison en Palestine, ainsi que l’acte de propriété. Les familles de Sara, Mhamed et les autres ont dû quitter leur foyer en raison de la colonisation des territoires palestiniens. « Aujourd’hui, ce sont des colons israéliens qui vivent dans nos maisons » affirme l’un d’eux.

Au Liban, leur terre d’accueil actuelle, « la vie au quotidien n’est pas toujours facile. Par exemple, si nous avons besoin d’un papier ou d’une extradition pour obtenir un document, on doit payer cette démarche », confie Sara. Pour faire venir ces jeunes palestiniens en France, Mokrane a rencontré des difficultés au niveau des démarches administratives. « L’Ambassade de France au Liban a fait un effort, mais ça reste encore quand même une difficile en terme de délais pour obtenir le visa » témoigne le Courneuvien.

IMG_20140731_185425Bilingue, Sara s’exprime en anglais ou en arabe, elle fait part de son désarroi sur ce qu’il se passe à Gaza, « nous sommes alarmés. Nos mères, nos pères, nos frères et sœurs subissent les bombardements Ils voient leurs maisons détruites et ne savent plus ou aller, tous les endroits qu’ils fuient sont bombardés. Tout ce sang qui coule abondamment, toutes ces pertes humaines qu’on n’arrive plus à compter, c’est révoltant. Personne ne devrait accepter ce massacre et cette extermination massive ».

Autre sujet abordé, celui du comportement de la communauté internationale : « Nous sommes très en colère contre la communauté internationale, mais aussi contre les dirigeants arabes. Ces derniers donnent l’impression qu’ils sont contre la cause palestinienne. Si vraiment il existait une union entre les pays arabes, ça ferait longtemps, qu’ils seraient solidaire de la Palestine. Mais, on voit bien que chaque dirigeant pense à son propre intérêt ». La discussion se poursuit sur le Hamas, dont Sara ne comprend la catégorisation comme organisation terroriste en Occident. « Quel pays aujourd’hui peut accepter d’être agressé et ne pas répondre en se défendant ? Qui est attaqué ? Qui commet ces massacres ? Qui colonise ? Ce n’est certainement pas le Hamas ! Je considère qu’il est en position d’auto-défense, pour nous ce sont des résistants pour la Palestine ».

Il fait déjà presque nuit. Les jeunes palestiniens tiennent à remercier la peuple français pour ses nombreuses mobilisations depuis le début du conflit.Une minutes de silence est tenue à la mémoire des morts à Gaza. Dans quelques jours, ils retourneront à Burj el-Shemali, des étoiles de liberté plein les yeux. En attendant des jours meilleurs.

Hana Ferroudj

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