Rachid (prénom modifié) est égoutier dans un secteur deParis que nous ne préciserons pas. Comme il est musulman, la direction municipale des égouts de Paris, en respect de la loi sur les jours fériés (chrétiens, juifs, musulmans), lui indique qu’il pourra prendre congé le jour de l’Aïd el-Kebir, qui tombe le 19 décembre. Mais plusieurs semaines plus tard, il apprend que cette journée lui est finalement retirée. Sur la note qui lui est remise, figure en guise de motif l’absence de justification de sa religion.

Afin d’obtenir sa journée de l’Aïd el-Kebir, Rachid doit présenter un justificatif prouvant qu’il est musulman. Mais il n’existe pas en principe de document officiel attestant de la confession islamique d’un individu. Rachid doit-il montrer sa circoncision ? Mais pour les femmes, alors ? Rachid, musulman depuis sa naissance, se sent insulté par cette « demande absurde de justification de religion ».

Nous avons contacté la Mosquée de Paris pour avoir son avis sur la question. Notre interlocuteur, jugeant « aberrante » l’exigence de la direction des égouts de Paris, nous informe qu’un certificat de conversion peut-être délivré. Mais administrativement, ajoute-t-il, il n’existe aucun papier officiel prouvant la confession musulmane.

Comment en est-on arrivé là ? Edouard (prénom modifié) n’est pas musulman, il ne peut donc pas profiter dans l’année des quatre jours fériés musulmans reconnus par la loi. Mais, se dit-il, les musulmans ont bien droit à un jour férié à Noël, pourquoi pas lui à l’occasion de l’Aïd el-Kebir ? Aussi Édouard (imités certainement par d’autres non musulmans) se déclare-t-il de confession musulmane.

L’augmentation soudaine du nombre de musulmans dans l’équipe interpelle les supérieurs, qui décident alors de demander à chacun un justificatif prouvant leur appartenance religieuse. Un piège si bien monté qu’il coince les faux, mais également les vrais musulmans ! Une situation rocambolesque.

Jointe par le Bondy Blog, la direction des égouts de Paris affirme ne vouloir « discriminer personne ». « L’année dernière, dix-huit personnes ont voulu avoir leur jour pour l’Aïd el-Kebir. Mais dix-huit absents le même jour, c’est trop pour notre service, qui n’aurait pas pu remplir convenablement sa mission. Nous leur avons donc demandé de produire un justificatif de la Mosquée de Paris. Le problème qui se pose en l’occurrence est dû au fait que nous employons beaucoup de personnel originaire d’Afrique noire. »

Et si l’on peut difficilement nier à un employé de type maghrébin sa confession musulmane, la démarche est apparemment plus facile envers une personne noire, la religion n’étant pas ici associable à la couleur de peau ou à l’apparence physique. Mais normalement, le prénom, arabe ou dérivé de l’arabe, suffit pour reconnaître à celui et celle qui le porte, un Maghrébin comme un Noir, le droit de se dire musulman. « Oui », admet-on à la direction des égouts de Paris. « Ce que nous voudrions, reprend notre interlocuteur, c’est que les employés se disant musulmans s’entendent entre eux pour qu’ils ne prennent pas tous en même temps leurs jours fériés, et ce, pour la qualité du service. »

Cette « innovation » administrative – le certificat de confession – semble contraire à la laïcité de l’Etat, la religion ne figurant pas sur les papiers d’identité des citoyens français. La démarche consistant à demander un justificatif de la mosquée apparaît comme une manœuvre visant à contourner la loi. Il reste que les vrais musulmans ne peuvent, eux, pas prouver leur religion. C’est une injustice dont la direction des égouts de Paris dit avoir conscience.

Une donnée inédite, qui remet implicitement en cause les jours fériés religieux payés par l’employeur, toutes religions confondues. Soit ces congés n’existeront plus pour éviter les abus, soit ils continueront d’exister, mais avec un risque d’augmentation des croyants…

Chou Sin

Chou Sin

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