A l’instar de ma collègue Faïza, je suis en proie à une addiction sévère. Elle, c’est les séries américaines. Moi, c’est le sucre. Je suis l’incarnation du slogan « manger des fruits », mais uniquement transformés en gâteaux. Le fruit nature, tombé de l’arbre, c’est pour les sauvages. Alors je lutte, car ces délices ont un prix cher à payer. Un « plaisir des yeux » suffit à me faire prendre un kilo. Alors, pensez, si je réponds à l’appel, je serai condamné à une olive pour trois jours, tout ça pour ne pas avoir le popotin d’Idir.

Dessert fatal : le fondant au chocolat. Très bon pour le moral, le chocolat, comme chacun sait ! Ah, le fondant. Rien qu’à prononcer ce mot, je suscite un casting de film érotique : « Hummm, oui ! », « Que c’est bon, j’en veux… », « Oh, salaud, vas-y… », « Que c’est bon, ferme à l’extérieur, chaud coulant à l’intérieur… » J’arrête, je ne suis pas là pour écrire « les monologues du fondant ». Quoique…

Le fondant au chocolat, c’est en général deux fois dans l’année. Pas plus. Car je n’ai pas le courage de Lucian Bute, ce boxeur champion du monde des supers moyens. Dans une interview, il parle de son ventre de plaquettes de muscles, résultat d’entraînements dignes d’un Spartiate. « Faut faire fondre le chocolat d’hier soir », dit cet arrogant en rigolant. Mes baskets à moi sont fatiguées, j’aime plus les regarder que les chausser.

Ma première fois avec un fondant fut lamentable. Je m’étais lancé dans sa préparation. Il n’était pas du tout à la hauteur de sa réputation. J’ai failli renoncer. Jusqu’à ce jour de grâce où Olenka a surgi dans ma vie. Cette reine varsovienne du chocolat m’avait convié à une fête à laquelle je n’étais pas allé. Mais par un heureux hasard, j’avais pu goûter à son gâteau. Dès la première bouchée, ce fut jouissif. Croustillant, coulant, les sensations y étaient. Et quel goût ! A peine déballé, ce délice a fini dans les abîmes de mon ventre.

Me voilà transformé en harceleur, et le mot est faible. Je voulais sa recette, et j’entrepris de l’avoir à tout prix : mail, fax, lettre, pigeon voyageur, morse, signaux de fumée indiens, tout vous dis-je. J’étais devenu accro à son fondant au chocolat. Au bout d’une semaine, Olenka, n’en pouvant plus de mes assauts je suppose, m’a envoyé sa recette par la poste, y ajoutant même des conseils pour réussir la cuisson de cette merveille.

Ni une, ni deux, me voilà entouré de mes meilleurs amis, les œufs et le sucre. Je ne vous le cache pas, ce roi du dessert est fastidieux à préparer. Je l’ai raté la première fois. Il n’était pas du tout « ferme à l’extérieur et chaud coulant à l’intérieur ». Mais lorsque je suis enfin parvenu à le reproduire, j’ai crié tel le docteur Henry Frankenstein : « Je l’ai réussi ! Je l’ai réussi ! » Le temps de le laisser refroidir, et ce fut le Nirvana. Emmenez-le dans une soirée, et on parlera de vous longtemps.

Le fondant au chocolat est fait pour les grandes occasions. On aurait dû le mettre au menu de la rencontre Obama-Netanyahu, qui a eu lieu cette semaine à Washington. Peut-être ne se serait-elle pas soldée par un échec. Il faudra songer à décerner un jour le prix Nobel de la paix à un pâtissier.

Malik Youssef

Le coin recette : Le fondant au chocolat d’Olenka.
« Si ferme à l’extérieur et chaud coulant à l’intérieur » ok, ok, j’arrête.

Chorba Boy décline toute responsabilité si vous vous plantez dans la recette.

Ingrédients* : 4 Œufs, 90 g de beurre, 195 g de sucre en poudre, 80 g de poudre de noisette ou d’amande, 1 cuillère à soupe de crème fraîche, 100 g de chocolat noir à 70 % de cacao, 80 g de farine, 20 g de cacao amer en poudre, du sucre de glace pour la déco (facultatif).

La préparation : Séparer les blancs d’œufs des jaunes. Dans un autre récipient, mélanger le beurre bien ramolli mais pas fondu avec 175 g de sucre et la poudre de noisette ou d’amande. Y incorporer les jaunes d’œufs et la crème fraîche. Mélanger. Faire fondre le chocolat. L’incorporer tiède au mélange précédent. Mélanger pour obtenir une consistance lisse. Ajouter la farine et le cacao amer en poudre préalablement tamisés ensemble. Mélanger avec une spatule en bois.

Dans un autre saladier, monter les blancs en neige avec les 20 g de sucre restants. Beurrer et fariner un moule à gâteau. Y verser la préparation.

Cuir a four à 160°C (th.5-6) pendant 10 minutes**

Piquer les bords du gâteau avec la lame d’un petit couteau. Si la lame ressort propre, le gâteau est cuit. Sortir de four, laisser refroidir puis démouler.

* Pour un moule de 24 cm, il faut impérativement doubler les mesures.

** Surveiller la cuisson de très près à partir de là, afin que le cœur du gâteau reste chaud coulant à l’intérieur !

Bon Appétit !

Malik Youssef

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