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Après avoir lu l’article de mon bien aimé acolyte Idir sur les pro-kefta, relatant avec brio l’addiction alimentaire de celles qu’il appelle les WWW (wesh wesh woman), je me devais de réagir afin de vous en donner une vision singulière. Je prends donc la défense de ces filles qui, après avoir accordé un premier rendez-vous à leur prétendant, se retrouvent dans une gargote bruyante accompagnée de tous les « potos » de leur cher et tendre. Et là, de croquer dans ce qu’on appelle un « keugré » (grec en verlan). Ainsi, de brochettes en galettes, de frites en omelettes, elles prennent le nom d’hippopotame. C’est le prix à payer quand on fréquente la secte des mecs « salade-tomate-oignon ».

Allure à la Tony Montana, toujours au volant d’une voiture dernier cri, on reconnaît les « salade-tomate-oignon », généralement des célibataires, à leur paire de ray-ban sur le haut du front au cas où un rayon de soleil viendrait perturber leur vision nocturne. Ces chasseurs toujours à l’affût d’une proie, en attendant l’heure du « keugré », se laissent aller à leur instinct animal. Ces jeunes loups ont leur technique éprouvée : repérage de la cible, abaissement de la vitre électrique, et après réflexion (c’est beaucoup dire), ils formulent un « Hey, mademoiselle, mademoiselle, vous êtes très charmante. » Ensuite, leurs propos varient entre « Vous allez où ? » et « Vous venez d’où ? » pour finir par « Alors on fait comment ? »

Fort souvent éconduits, ces contrefaçons d’Al Pacino finissent tout de même par obtenir des rendez-vous galants. Au premier rendez-vous, arborant un look funk années 80, ces bachelors du 93 convient d’ordinaire leur belle à une petite séance de cinéma, en prenant le soin de choisir celle de 23 heures. En effet, en sortant, tous les restaurants étant fermés, on peut plus facilement « faire glisser le keugré ».

Armés de leurs GPS (Grec Positionning System), ces jeunes ont des habitudes auxquelles ils refusent de déroger. Un film se regarde à Rosny 2 ou ne se regarde pas. Exception : le multiplex de Parinor. En revanche, pour un grec, on se déplace, et peu importe la destination, Villiers-le-Bel, Goussainville ou Enghien-les-Bains. Plus c’est loin, plus c’est bon ; tourisme gastronomique oblige. Après avoir ingurgité une quantité indiscernable de grecs sauce samouraï, pas étonnant qu’on finisse par combattre dans la catégorie des sumos…

Mais le grec ce n’est pas seulement synonyme d’obésité à court terme. C’est aussi une monnaie, qui permet de calculer le coût d’un produit en nombre de grecs. Super astucieux. Ainsi donc, lorsqu’une de ces jeunes demoiselles se rebelle et propose une sortie inhabituelle, le cerveau du bachelor se met en marche et les grecs défilent dans ses yeux comme des marchandises à un tiroir-caisse. J’ai appris à mes dépens qu’une glace au Paradis du fruit équivaut à deux grecs avec supplément fromage, et une journée à Disneyland représente la modique somme de dix grecs et une bouteille de Tropicana. Je me garderai de convertir le prix d’une paire de chaussure pour n’offusquer personne.

Pas étonnant dans ces conditions, que les femmes préfèrent quitter Bondy pour trouver des petits amis prêts à leur offrir le nirvana : l’Hippopotamus.

Widad Kefti

Widad Kefti

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