En France, les séries turques attirent de nombreux téléspectateurs arabophones « parabolés ». Ce succès est dû pour beaucoup aux coutumes et traditions turques, similaires à celles des Arabes. Depuis deux ans, c’est la turkish mania. Réputés machos, les hommes font des caprices de midinettes au moment de la diffusion du feuilleton ; ils y sont accros comme les femmes. Une camarade de classe m’a confié que personne dans sa famille ne peut se poster devant la télé à l’heure de pointe, son père n’en lâche pas une miette. C’est le cas, aussi, de ma pauvre mère, quinquagénaire qui ne trouve pas grand-chose à faire à part regarder des séries à l’eau de rose.

Depuis le début de l’épopée turque, maman est fidèle au poste. Pas un jour ne passe sans que les mélodieux génériques ne retentissent dans notre immense F3. Elle visionne en moyenne cinq épisodes de cinq séries différentes, sans compter les rediffusions. L’agenda des séries turques, traduites en syrien, le plus beau dialecte arabe selon moi, rythme nos journées.

Cela commence à 15 heures avec « La rivière des loups », premier feuilleton sur l’histoire de la mafia turque. Après, nous avons « Asi », avec la fabuleuse actrice au nom imprononçable Tuba Buyukustun. Ensuite, c’est l’incontournable histoire de Lamia et Kinane dans « Les Battements du Cœur », et puis on zappe sur la chaîne marocaine pour « Il ne reste que l’amour». Le palmarès de ma mère est édifiant : 25 séries turques visionnées en l’espace de deux ans. Le nombre d’épisodes de chacune d’elles varient entre 30 et 160.

Alors, quand une sortie de l’appartement s’impose, pas de panique, la rediff’ est là pour sauver la mise. Un soir, la parabole nous lâche : c’est l’apocalypse. En deux temps trois mouvements, ma mère s’improvise technicien de dépannage et le tour est joué. La vie de maman tourne autour de ces films et elle n’est pas la seule. La cause de tout cela ? Peut-être la solitude qui commence à peser sur ces femmes. A travers ces séries, le temps s’arrête et les soucis avec. On entre dans une autre dimension, une fiction pour oublier un quotidien.

Ibtissem Zouhiri

Ibtissem Zouhiri

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