C’est souvent la même histoire. Un jeune, en général étudiant, à la recherche d’une location, tombe sur une offre alléchante publiée dans un journal. Il compose le numéro de téléphone inscrit sur l’annonce et, à l’autre bout du fil, une sorte « d’agence immobilière » lui propose un rendez-vous afin de pouvoir visiter le logement en question.

Le jour venu, il passe la porte d’un bureau sans prétention et, quelques minutes plus tard, se retrouve à débourser la somme de 180 € pour bénéficier d’une liste d’appartements à louer. Une fois la liste entre ses mains, ce sera à lui de contacter les propriétaires et de décrocher, peut-être, une visite. Seul hic : une fois le chèque encaissé, ces marchands de listes ne sont en aucun cas obligés de vous trouver un appartement. Et, le plus souvent, malgré le temps et l’énergie dépensés, la personne ne trouve de location.

Cette histoire, vous l’avez peut-être déjà entendue, voire même, vécue. Tout comme moi, il y a déjà plus de sept ans, du temps où j’étais étudiante. Les années faisant, j’avais fini par oublier ma triste expérience. C’est Eve, une étudiante de 20 ans, qui me l’a vite rappelée. Elle aussi, il y a quelques semaines, m’a avoué s’être faite avoir par ces « marchands de listes ». Dans la précipitation, elle avait signé trop vite un contrat qui lui donnait droit à une liste de plusieurs studios à louer. Deux semaines plus tard, elle avait perdu 180 € et n’avait pas d’appartement. Afin de me prouver sa bonne foi, Eve m’a transmise sa fameuse liste. Sur la quinzaine de propriétaires que j’ai tenté de contacter, seuls trois ont répondu. Et tous avaient récemment loué leur logement.

Pour en savoir un peu plus sur les méthodes de ces intermédiaires, qui ne sont en aucun cas des agences immobilières, je suis allée faire un petit tour du côté de cette fameuse société. A mon arrivée, une charmante jeune femme, dynamique et souriante, m’annonce qu’elle a beaucoup de studios disponibles. Elle m’explique rapidement le fonctionnement de sa société. Pour 180 € de frais, j’aurais à ma disposition une liste d’appartements à louer, sans limite de durée et de quantité. « C’est ensuite à vous de contacter les propriétaires qui se chargeront de vous faire visiter le logement et vous signerez le bail directement avec eux. » J’acquiesce. Elle sort alors son fameux contrat, commence à le remplir mais je lui signale que n’ayant pas mon chéquier sur moi, je lui réglerai la somme dans les prochains jours. Elle s’arrête net. « Ah non mais, sans l’argent, je ne peux pas remplir le contrat. Vous n’avez qu’à repasser demain. » Je quitte l’agence sans aucune liste.

Afin d’être certaine de la légalité de ces sociétés, je me suis rendue sur plusieurs sites, notamment celui de la Direction générale de la répression des fraudes. Voici la seule information concrète que j’ai pu trouver : « Les marchands de listes sont toujours exclus de l’exercice des activités d’entremise et de gestion des immeubles. Néanmoins, ils sont soumis à certaines obligations et en cas d’infraction peuvent encourir des sanctions pénales – les personnes qui se livrent à ces activités doivent conclure par écrit une convention avec leur client. Un original est remis au client et mention doit être faite des caractéristiques du bien, de la nature de la prestation et du montant de la rémunération, ainsi que de cette annotation : « Aucune somme d’argent ou rémunération de quelque nature que ce soit n’est due préalablement à la parfaite exécution de son obligation de fournir des listes ou fichiers. » »

Ces obligations ont bel et bien été respectées par la société. Eve n’aura donc aucun recours. En conclusion, les marchands de listes travaillent en toute légalité. Mais il est clair que, 180 € pour quelques numéros de téléphone et aucune garantie de résultat, c’est cher payé. Sans parler d’arnaque, il s’agit tout de même d’un très mauvais plan, qui risque de vous faire perdre du temps et de l’argent ! A bon entendeur…

Pascale Lagahe (Lyon Bondy Blog)

Crédit Photo : Luc

Pascale Lagahe

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