C’est dans un centre de formation coincé entre une salle de sport et un spa que j’ai rendez-vous avec Hélène. Je rentre dans son bureau, une femme de 31 ans, les cheveux lâchés, très féminine, m’accueille avec un grand sourire. Après avoir passé quelques appels, elle m’invite à commencer l’interview dans une salle de pause… Hélène a grandi dans une petite ville de Normandie, dans une famille traditionnelle. A 20 ans, elle rencontre un homme avec qui elle aura un enfant. Sur le conseil de ses parents, elle se marie avec lui et s’installent ensemble.

« J’étais avec mon mari mais on ne peut pas lutter contre ses anges,
dit-elle. C’est depuis l’âge de 13 ans que je le savais. Alors j’ai trompé mon mari avec une femme. Je ne le lui ai pas dit tout de suite vu qu’il la connaissait. C’était ma meilleure amie, elle venait souvent à la maison. Je l’ai rendu malheureux, je l’évitais, je n’arrivais plus à le voir, ni à le toucher. Je l’ai blessé mais c’est comme ça. Alors on a divorcé.  Ma famille n’a pas tout de suite compris mais avec du temps j’ai su leur donner les raisons. Je n’ai pas fait de coming out, j’en ai parlé ouvertement à ma mère qui étant un peu féministe, m’a dit qu’elle préférait me voir heureuse avec une femme que malheureuse avec un homme.

Et puis j’ai eu quelques relations. Et j’ai rencontré Aurélie avec qui je vis en compagnie de mon fils de 11 ans. Mon garçon, il l’a compris par la force des choses, je lui ai dit sans réellement lui dire. Mais une fois, il est rentré et m’a dit  »Maman, j’ai tout compris, en fait t’es une pédette ! » Il m’a fait économiser une grande discussion. La première interrogation qui m’est venue c’était de savoir s’il allait bien. Mais cela ne lui pose pas de problème. Peut-être qu’il s’interroge mais il ne me l’a jamais montré.

A l’école lorsqu’on lui pose la question, il répond simplement à ses camarades qu’ils comprendront quand ils seront plus grands. De notre coté, on appréhende parfois le regard des gens aux réunions de parents d’élèves, mais il faut faire avec. Je suis une maman avant tout. Si mon fils fait une bêtise, je le punis comme n’ importe quelle mère. Une fois, il s’est battu à l’école, la directrice m’a fait comprendre que s’il avait agi comme cela c’est parce qu’il était perturbé par les relations de sa maman. Aujourd’hui, quel enfant ne se bat pas à l’école ?

Je suis heureuse et je veux faire ma vie avec Aurèlie. On a décidé de se pacser. En France, on est encore en retard sur le sujet du mariage homosexuel. Alors je suis partie voir la maire PS de ma ville, et je lui ai demandé si elle pouvait nous faire une cérémonie PACS dans sa mairie. Elle a tout de suite accepté mais je ne sais pas si c’est pour des raisons politiques. Mon union va être une grande première dans la région. Les gens sont partagés, il y en a qui me soutiennent et d’autres qui sont contre. Peu importe, ce jour-là je mettrai une robe blanche, elle mettra un costume au risque de choquer. Nos familles seront toutes présentes. Même mes beaux-parents m’aident pour les préparatifs.

Au travail, je n’en parle pas, je n’ai pas envie de choquer, j’e n’ai pas envie d’être jugée, j’attends de voir si mes collègues sont ouverts ou pas. Et puis finalement, ça se passe bien, j’en ai même invité quelques-uns à la cérémonie et ils viendront tous. »

Hélène me tend une enveloppe où dessus est écrit mon prénom, je l’ouvre : « Aurélie et Hélène sont heureuses de vous inviter à célébrer leur union. ». Et elle ajoute : « Vous n’avez qu’à venir pour voir comment on est heureux ! »

Anouar Boukra

Anouar Boukra

Articles liés

  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021
  • La cantine des femmes battantes : solidarité féminine, ambition et cuisine

    #BestOfBB Lancée en fin 2019, l’association dionysienne La cantine des femmes battantes vise l’émancipation des femmes précaires grâce à la cuisine. Tous les weekends, Aminata, Mariame, Maïté et Fatou se réunissent pour cuisiner, vendre et livrer une cinquantaine de plats à Paris et en Seine Saint Denis. Issues de parcours compliqués, ces cuisinières ont décidé de monter l’association dont elles avaient besoin, afin d’aider, par la suite, les femmes qui leur ressemblent. Reportage.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 26/07/2021
  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021