Fin février, les familles de Seine-Saint-Denis ayant un enfant scolarisé en classe de 6e pour l’année 2009/2010 dans un collège public ou privé, ont reçu un coupon-informatique. Envoyé par le conseil général. L’idée ? Permettre à un élève d’acquérir un ordinateur à un prix correspondant au quotient familial des parents. Aux prix de 20 à 400 euros, sachant que le prix public dudit ordinateur est de 750 euros.

Pour 20 euros, il faut justifier de revenus compris entre 0 et 250 euros par mois et pour l’avoir à 400 euros, les revenus doivent être égaux ou supérieurs à 950 euros. Une initiative qui enthousiasme les collégiens, qui ont trouvé là un argument massue : « Maman, tu ferais de sacrés économies en me prenant ce PC. Tu sais bien qu’un jour ou l’autre il m’en faudra un. C’est l’occasion ! »

Les élèves à cette offre s’adresse sont heureux d’avoir un tel ordinateur, équipé de logiciels libres ou gratuits, de ressources pédagogiques, d’un graveur CD/DVD et livré avec une sacoche de transport. « Je me sens grand maintenant et il est à moi ! », s’exclame Teddy, tenant fièrement sa sacoche sous le bras. L’ordi est en effet plutôt pas mal et la sacoche également. Ce « petit bijou » est livré à domicile dans un délai de quatre semaines minimum.

Mon petit cousin de 11 ans a pu profiter de ce coupon-informatique. Il en a, de la chance. A mon époque, même si je ne suis pas septuagénaire non plus, la rentrée de 6e rimait avec dictionnaire et première calculatrice scientifique offerts. Quelques année plus tard, il s’agissait d’une clé USB d’un giga et aujourd’hui voilà qu’ils ont un PC 17 pouces !

Ce n’est pas rien et ça crée des jalousies au sein de la famille. Mon cousin en question est plutôt petit et mince à côté de ses grands frères. Il est le dernier et donc le chouchou comme dans beaucoup de familles, et le voir marcher dans le couloir de chez lui avec un ordi aussi lourd que son corps me fait rire.

Je me souviens que son grand frère de 18 ans avait négocié longtemps pour avoir un ordinateur « qui faciliterai son succès au baccalauréat ». Il a obtenu un modèle standard à 400 euros de 15,4 pouces. Ses parents ne sont pas riches, car le plus jeune a obtenu le sien pour un montant de 35 euros… Autant dire que les revenus de la famille sont faibles, chacun des parents ayant le RSA pour seule ressource.

Ces coupons-informatiques ont vraiment fait l’unanimité auprès des jeunes et des parents. Aujourd’hui, certains attendent encore la livraison de leur bien et ils se voient déjà le trimballer partout avec eux sous le bras. Cathy, elle, en a marre d’attendre : « Chez moi, il y a un ordinateur, mais mes grands frères sont toujours dessus. Impossible de négocier avec eux pour aller voir les épisodes de « Gossip’ Girl » le mercredi après-midi. Du coup, quand j’aurai le mien, je resterai dans mon lit tranquille, sans gêner personne, après avoir fait mes devoirs bien sûr. » Sa maman étant à côté lorsqu’elle me dit cela, il lui faut faire bonne figure. « Il me servira aussi pour réviser le brevet des collèges que les 3e sont en train de passer en ce moment », ajoute-t-elle, se voulant tout à fait rassurante.

Espérons qu’avec un tel outil, elle obtiendra son brevet. D’ici là, les logiciels de l’ordinateur seront encore plus performants et peut-être le modèle aura-t-il évolué. Et la marque, changé. Pourquoi pas un Mac ?

Inès El Laboudy

Inès El laboudy

Articles liés

  • Précarité menstruelle : à Grigny, on veut « changer les règles »

    Au cours de l’année 2021, la ville de Grigny, dans l’Essonne, a mis en place des dispositifs de distribution gratuite de protections périodiques. Cette initiative s’accompagne d’une politique teintée d’actions de sensibilisation pour lutter contre le tabou des règles. Cécile Raoul a rencontré les concernées de la précarité menstruelle. Reportage.

    Par Cécile Raoul
    Le 18/01/2022
  • Père Jean-Luc Ferstler : « La misère n’attend pas les business plans »

    Cette année Emmaüs Forbach fête ses 40 ans. Le prêtre et fondateur d’Emmaüs Forbach, Jean-Luc Ferstler, figure emblématique de la ville, a choisi d’accompagner les personnes les plus fragiles depuis les années 1980. Portrait d’une vie qui raconte un territoire paupérisé après la fin du charbon, heureusement riche en solidarités.

    Par Amina Lahmar
    Le 14/01/2022
  • À Saint-Denis, Profs et Parents épuisés mais solidaires face au protocole sanitaire

    Face à des protocoles sanitaires compliqués à suivre pour les profs et les parents, une grande majorité du personnel de l'Éducation Nationale fait grève ce jeudi 13 janvier 2021 pour signifier sa colère au Ministre Jean-Michel Blanquer. À Saint-Denis, à la fracture sociale s'ajoute la gestion de la crise sanitaire pour des profs au bord de l'implosion. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 13/01/2022