Le cricket, sport méconnu et pourtant largement pratiqué dans le monde, enregistre un nombre croissant de clubs en région parisienne. La discipline pourrait faire son grand retour aux Jeux Olympiques de Paris 2024. En attendant, les passionnés s’affrontent lors de matchs officiels, d’avril à septembre. Samedi dernier, le Bondy Blog était dans les gradins pour assister à la rencontre entre le Challengers Cricket Club et les Paris Knight Riders.

Une balle, des battes et une dizaine de joueurs positionnés sur le terrain, prêts à réceptionner la balle une fois qu’elle aura été renvoyée par l’un des batteurs. Non, il ne s’agit pas de baseball ici, mais de cricket. Ce sport, le deuxième le plus pratiqué au monde après le football, est très populaire en Angleterre, en Afrique du Sud et en Asie mais il trouve aussi des aficionados en France, et notamment en région parisienne. « L’Hexagone compte une cinquantaine de clubs licenciés, ce qui représente plus de 1 500 joueurs. Il y a des équipes dans les Hauts-de-France et en Occitanie mais 80% d’entre elles se situent en Île-de-France« , explique Prebagarane Balane, le président de l’Association Française de Cricket.

Le Challengers Cricket Club (en orange et gris) défie les Paris Knight Riders (en vert et rouge).

Et justement, ce samedi après-midi, c’est sur un terrain défraîchi à Bagatelle, dans le XVIe arrondissement de Paris, que se déroule un match entre deux équipes franciliennes : le Challengers Cricket Club défie les Paris Knight Riders. « En Inde, le cricket c’est plus qu’un sport, c’est une véritable institution. Les matchs se regardent en famille. Les enfants y jouent dans la rue dès l’âge de 3 ou 4 ans, juste avec une balle et une batte. Ça a été mon cas et je voulais continuer à pratiquer ce sport en France« , raconte Vijay Ragupathi, président du Challengers Cricket Club.

Né à Pondichéry, en Inde, ce trentenaire habite désormais en Seine-Saint-Denis, à Bondy précisément, depuis 17 ans. « En France, j’ai commencé à jouer avec des amis dans des parcs, des squares. Puis avec une dizaine d’entre eux, tous d’origine indienne, on a créé ce club. On voulait jouer contre d’autres passionnés et participer à des tournois. Aujourd’hui, notre équipe compte 18 joueurs. Il y a des Indiens, des Sri-Lankais et des Pakistanais. Ils viennent de plusieurs villes d’Île-de-France. Les échanges se font en hindi, en ourdou, en anglais et en français« , s’amuse le jeune homme.

Akmal Khan (à gauche) et Azmir Ahmed, batteurs des Paris Knight Riders s’apprêtent à affronter le Challengers Cricket Club.

« Il ne faut pas avoir peur de la balle, qui arrive à toute vitesse »

Challengers Cricket Club contre Paris Knight Riders. La rencontre de quatrième division, c’est-à-dire de niveau régional, se dispute sur une pelouse officielle, qui comporte des trous et dont les lignes de délimitation commencent à s’estomper. Le match se déroule au milieu des terrains de football, des pique-niques familiaux et sous les regards interloqués de certains badauds.

Échauffement obligatoire avant le match.

Mais au fait, ça consiste en quoi le cricket ? « C’est un sport qui se joue sur gazon entre deux équipes de 11 joueurs. Le terrain ovale est équivalent à deux terrains de football. Au centre, il y a une surface rectangulaire qu’on appelle le pitch et trois piquets sont disposés à chaque extrémité de celui-ci. Le jeu se divise en deux manches : l’équipe attaquante batte et doit marquer le plus de points possible, en envoyant la balle hors des limites du terrain ou en multipliant les relais entre les deux batteurs sur le pitch, explique Prebagarane Balane. L’équipe de champ, elle, doit empêcher les batteurs de marquer et doit tenter de les éliminer en attrapant la balle avant qu’elle ne touche le sol, par exemple. Ensuite, on inverse les rôles. L’équipe avec le plus grand score l’emporte« .

La balle faite de liège et recouverte de cuir est la cause de nombre de blessures chez les joueurs.

« Le cricket est un sport très physique car on multiplie les courses et on fait travailler toutes les parties du corps. C’est aussi une discipline qui demande de la concentration car tous les joueurs sont sollicités. On ne peut pas se cacher sur le terrain« , analyse Vijay Ragupathi.

« Il faut posséder une bonne vision et ne pas avoir peur de la balle, qui la plupart du temps arrive à toute vitesse« , ajoute Noman, 29 ans, joueur du Challengers Cricket Club. Et pour cause, certains joueurs confient s’être déjà blessés durant un match, à cause de la balle faite de liège et recouverte de cuir. D’autres joueurs, eux, portent des bandages au niveau des doigts. Et pour éviter les accidents graves, les batteurs portent des protections au niveau de la tête, les bras et des jambes.

« Le prix des équipements varie entre 30 et 50 euros. Tout dépend de la marque et la qualité du matériel. Une batte coûte entre 100 et 150 euros. J’ai commandé la mienne au Pakistan car chaque batte est unique, elle est taillée de manière à s’adapter au style d’un joueur« , précise l’habitant de Noisy-le-sec.

Populariser le cricket en France

Consciente que ce sport reste encore confidentiel dans l’Hexagone, l’Association Française de Cricket a mis en ligne sur son site Internet une bande-dessinée pédagogique pour mieux cerner les règles de base. L’objectif de la Fédération est simple : médiatiser et populariser le cricket en France. Pour ce faire, des partenariats ont été mis en place avec l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance) et l’UNSS (Union nationale du sport scolaire) dans les écoles et les collèges où les règles ont été adaptées pour les enfants.

Depuis 2015, l’Association Française de Cricket oblige par ailleurs les équipes à avoir quatre joueurs de nationalité française dans leurs rangs. Avant chaque match, les capitaines doivent d’ailleurs présenter la liste des joueurs aux arbitres. « Mon souhait serait qu’il y ait au moins sept joueurs de nationalité française dans l’équipe« , confie Prebagarane Balane même s’il reconnaît que pour l’instant les pratiquants sont issus de la « 2e ou 3e génération des pays du Commonwealth« . Le président veut que le cricket se développe en France afin d’avoir une sélection nationale plus compétitive avec en ligne de mire les Jeux Olympiques de Paris 2024, lors desquelles la discipline pourrait faire son grand retour.

Les batteurs sont équipés : batte en bois, casque et protections.

Pour l’heure, les joueurs de cricket, eux, se plaignent d’un manque de moyens et regrettent que les terrains ne soient pas toujours bien entretenus. Les inconvénients, sans doute, d’un sport encore mineur en France.

Cet après-midi, les Challengers Cricket Club l’ont emporté face aux Paris Knight Riders. Malgré sa victoire, l’équipe de Vijay Ragupathi n’aura pas obtenu son billet pour la division supérieure. Débutée en avril, la saison de cricket se clôturera avec un dernier tournoi ouvert au public opposant 16 équipes, venues de toute la France, ce samedi 26 août et dimanche 27 août, à La Courneuve.

Kozi PASTAKIA

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022