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L’interview de Benjamin Stora au Bondy Blog, publiée lundi 22 novembre, a déclenché un flot d’injures et de menaces contre l’historien. La guerre d’Algérie, cœur des recherches de l’universitaire, professeur à Paris XIII, n’en finit pas de produire du conflit et de la haine. Dans l’entretien qu’il a accordé à Nadia Moulaï, portant sur la parution récente de deux livres* et les traumatismes de la mémoire, Benjamin Stora n’accable ni ne flatte personne. Absolument personne. Il n’est d’aucun camp, sinon celui de la vérité en histoire, base d’une paix juste et durable. Expression toute faite, certes, mais, dans le cas qui nous occupe, la France et l’Algérie période 54-62 jusqu’à nos jours, expression malheureusement non faite. La faute à beaucoup de monde, en particulier aux deux Etats. On en veut donc à l’auteur de « La gangrène et l’oubli », et on lui en veut à mort.

Ceux qui le fusillent d’un clic d’ordinateur opèrent sur le site d’extrême droite www.fdesouche.com, qui signale régulièrement à ses lecteurs des articles du Bondy Blog susceptibles d’alimenter leur ressentiment à notre égard. Là, c’est Stora qui s’en prend plein la tronche. Un commentateur réagissant sous le pseudo « Gottfried » à l’interview de l’historien partiellement reproduite sur ce site-là, écrit, le 22 novembre, à 7h52 : « Bon. C’est noté. Aussi, Benyamine Stora, au nom d’une France présentant toutes les qualités que tu apprécie dans l’Algérie du FLN que tu nous propose en exemple, je te dis : la valise ou le cercueil ! (capture d’écran ci-dessous) » Vulgate habituelle des bouffeurs de juifs et d’Arabes.

Vulgate habituelle à laquelle on n’a pas envie de s’habituer, surtout quand elle est assortie d’une menace de mort. Dans la France d’aujourd’hui, certains, apeurés par l’islam et l’immigration, plutôt que de chercher en eux les ressources qui leur permettraient d’affronter le réel, se disent qu’il est trop tard, et que tôt ou tard, justement, ça va péter. Alors, le travail de réconciliation entre la France et l’Algérie… Pour eux, ce travail n’est pas prioritaire, pire, il ne sert plus à rien, puisque de toute façon, c’est foutu. Ils se lâchent donc, vouant aux gémonies tout ce qui vient de « là-bas », les Ben-ceci, les Ben-cela.

Ce langage de guerre civile, diffusé sur Internet et dont le site précité n’a pas l’exclusivité, est insupportable. La justice doit-elle pour autant ordonner la fermeture des portails et blogs où il se propage ? On est tenté de dire « non ». La parole doit être libre. On ne combat pas des arguments, aussi choquants et ignobles soient-ils, par des mesures d’interdiction a priori. On les combat par d’autres arguments. Mais si la parole est libre, elle se doit d’être responsable, et la loi condamne les auteurs de menaces de mort ainsi que ceux qui leur offrent une tribune pour les exprimer. « La valise ou le cercueil », c’est clairement une menace de mort.

Le Bondy Blog est aux côtés de Benjamin Stora non seulement dans son combat pacifique pour ce qu’on appelle, un peu pompeusement mais qu’importe, la réconciliation franco-algérienne ; il l’est aussi face à la meute de ces citoyens-commentateurs qui aimeraient bien le jeter à la mer.

Antoine Menusier

*« François Mitterrand et la guerre d’Algérie », François Malye et Benjamin Stora, édition Calmann-Lévy, 2010.
« Algérie, 1954-1962 », Benjamin Stora avec Tramor Quemeneur, édition Les Arènes, 2010.

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