Le Mixed Martial Arts, ou Free fight est en vogue depuis une vingtaine d’années en France. De plus en plus populaire, il reste cependant interdit, malgré l’engagement des pratiquants pour le faire sortir de sa clandestinité.
Le monde du sport Français est agité depuis plusieurs années autour du MMA (Mixed Martial Arts), pratique qui autorise une grande variété de coups, saisies et projections debout comme au sol. Il n’est pas possible d’organiser de compétition en France. Le ministère, soutenu par la fédération de judo se refuse à les autoriser. En 2013, Valérie Fourneyron, alors ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative déclarait « Je prône un sport qui soit respectueux des valeurs éducatives, de l’intégrité physique, de la dignité humaine, de la santé, du respect de l’adversaire. Un sport qui se déroule dans une cage, qui permet de frapper au sol son adversaire, est un sport qui ne respecte pas aujourd’hui ces valeurs ». Mais que se passe-t-il donc dans ces cours de MMA ? Qui sont ces gladiateurs modernes avides de sang s’affrontant dans des cages où tous les coups sont permis ?
Ponctuel, à 19 h 30, l’entraineur du club de MMA du racing club de France, Bertrand Amoussou, quatre fois champion du monde de Jiu-Jitsu et champion d’Europe de judo par équipe, premier français ayant combattu au pride (Célèbre organisation japonaise de MMA)arrive tout sourire. Il salue un par un ses élèves d’une accolade, avant de lancer « il fait beau, prenez les paos [matériel de frappe], on va s’entrainer dehors aujourd’hui ». Informé de la raison de ma venue, il ajoute, malicieux : « Si on sort, c’est pour agresser les passants ».
« Le MMA, c’est le meilleur sport du monde »
Quelques rues plus loin, sur de grandes étendues d’herbe et après un échauffement collectif en footing, c’est l’heure du shadow, exercice qui consiste à boxer dans le vide. Aujourd’hui, au programme, travail de boxe pieds-poings avec saisies. « Allez les gars », encourage-t-il. « Et les filles » rétorque Aurore, 24 ans ancienne judokate internationale. Cette championne de France junior, médaillée européenne, s’est inscrite ici il y a quelques mois, car elle souhaitait « voir autre chose », mais voulait « une discipline où le judo pourrait servir ». Elle est ambitieuse : « J’en fais pour la compétition ». Consciente du contexte français, elle ajoute « Ce sera à l’étranger. Les États-Unis, ce serait le top ». Pour elle, le MMA n’est pas plus rude que sa discipline d’origine : « Il y a aussi des techniques qui sont assez dangereuses au judo, notamment les étranglements, beaucoup de gens tombent dans les pommes ».
0Même son de cloche chez Shakiar, jeune homme de 25 ans calme et musculeux, ancien compétiteur en karaté contact (variante du karaté qui se pratique sur un tatami, où le KO est autorisé) qui a également combattu en MMA. « On a autant de règles de sécurité que dans le karaté, pendant les entrainements, mais aussi pendant les compétitions. On a toujours face à nous des gens qui sont entrainés, et l’arbitre est là pour arrêter le combat et préserver l’intégrité physique des athlètes ». Pareil pour Sami, 39 ans, vieux briscard des salles de boxe pieds poings. « Mon premier KO, je l’ai pris en Française, pendant un sparring (Moment de l’entrainement qui consiste à s’affronter selon les règles de la compétition) inter-club ». Il ajoute « Le MMA, c’est le meilleur sport du monde. En plus, ici il y a une ambiance bon enfant ».
Après le shadow, place au travail technique. Bertrand Amoussou fait une démonstration de l’enchainement, complexe, à effectuer sur les paos « direct-uppercut-crochet-direct au corps, crochet, coup de genou ». La plupart des sportifs sont appliqués et sérieux. Certains passants, intrigués s’arrêtent.
À l’heure de mettre les gants les consignes sont claires « On ne fait que de l’Anglaise, on n’a pas pris les protèges tibias ». Toutes les trois minutes, les combattants changent de partenaire. Les saluts sont différents selon les binômes, certains font une courbette, comme au judo, d’autres se touchent les gants, comme en boxe. Le mélange est bien visible, mais tous se témoignent une marque de respect avant de commencer. De même, quand un coup un peu fort est porté par l’un des pratiquants, celui-ci s’excuse, puis s’ensuit un nouveau salut avant la reprise de l’affrontement. Somme toute comme dans tout club de sport de combat à l’entrainement. Au bout de quelques rounds, l’un des deux enlève les gants, ne frappe plus et doit tenter de saisir son assaillant.
L’entrainement se conclut par un salut de judo, les élèves faisant face au professeur. Ce dernier passe ensuite parmi eux pour leur faire à chacun une accolade. Enfin, ils applaudissent. En rentrant au club, l’un d’entre eux me dit « merci de mettre la lumière sur notre sport ».
Des raisons économiques
Marques de respect, attention portée à l’intégrité physique et ambiance bon enfant ont marqué ce cours. Mais alors, quel est le point d’achoppement des autorités publiques ? Bertrand Amoussou est également président de la CFMMA (Commission nationale de Mixed Martial Arts) et milite pour sa légalisation. Pour lui, « Le MMA n’est pas interdit en France. Pour que ce soit interdit, il faudrait qu’il y ait un texte qui l’interdise. Mais si demain quelqu’un veut organiser un événement, la préfecture de police va très certainement venir le faire arrêter pour trouble à l’ordre public ». Il revient aussi sur les blocages psychologiques autour de la discipline. Concernant la surface de combat « Quand on dit cage, on pense espace fermé où les mecs ont été mis de force. Nous on parle d’octogone ». L’un des pratiquants, Damien, 36 ans, ajoute « on a vu beaucoup de combattants passer au travers des cordes sur des rings, donc c’est un moyen de protection ». Concernant le sol, l’entraineur explique « On ne frappe pas à terre quelqu’un qui a été terrassé, on combat au sol. On prouve techniquement que celui qui est en bas n’est pas forcément désavantagé ».
unnamedPour lui, la méconnaissance de cette discipline est seule responsable de son éviction : « Les gens du ministère, qui ne connaissent rien aux sports de combat, se tournent vers la plus grosse fédé. La position du ministère, c’est celle de Jean Luc Rougié (Président de la Fédération française de Judo et Disciplines associées) ». En effet, cette fédération, c’est 555 000 licenciés et 5600 clubs. Y’aurait-il une crainte de la part de cette structure historique d’une fuite de ses pratiquants, vers une discipline qui compte entre 15 000 et 20 000 adeptes en France ? Bertrand Amoussou réfute cette hypothèse « 80 % des licenciés de la fédé de judo ont moins de 12 ans. Jusqu’à preuve du contraire, le MMA c’est des adultes. Ici nous c’est à partir de 15 ans. Ce n’est pas la même clientèle ». Pour Yann Ramirez, jeune docteur en sociologie qui a écrit sa thèse sur les représentations autour du MMA (Du Free Fight aux Arts Martiaux Mixtes : la sportivisation et les représentations d’un sport aux conditions postmoralistes ), la raison est pourtant bien économique.
« Le ministère évoque une notion d’intégrité physique, de dignité humaine ou parle  d’un sport trop violent qui n’en est pas un. C’est un vernis logique, un argument de façade. Dans toutes les activités physiques et sportives, on atteint l’intégrité de l’autre, physiquement ou symboliquement. C’est un conflit de fédérations lié notamment à la perte de licenciés. C’est un fantasme, car les combattants gardent toujours un lien avec les arts martiaux d’origine. Le MMA ne va pas détruire les autres pratiques ». Il note aussi une forte concurrence entre associations « Il y a un marché. Quand on fait une enquête de terrain, on se rend compte qu’il faut faire sa place pour les subventions et les créneaux horaires ». Question violence et blessures, il ajoute « plusieurs études ont été faites sur la traumatologie. Il n’est pas plus dangereux que d’autres sports de combat, voire moins. Il y a une plus grande répartition des coups sur le corps et des techniques de finalisation. Par contre, l’aspect visuel est plus violent. La cage a une connotation extrême, on n’a pas l’habitude des frappes au sol. La civilisation occidentale a réprimé ses pulsions, on essaie de lisser les pratiques sociales. De plus, les mitaines et coups de coude favorisent les saignements et coupures. Même si les coupures ne sont pas traumatisantes, notamment en terme de commotions cérébrales, ça donne une connotation “sale” ». Quoi qu’il en soit aujourd’hui, statu quo. J’ai sollicité une interview auprès du service communication de la FFJDA, qui a refusé.
Mathieu Blard

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