Il y a du monde ce mercredi au deuxième étage de la bibliothèque de la Goutte d’or, dans le 18e arrondissement de Paris. Un groupe d’enfants et d’adolescents en sortie avec leurs animateurs, une mère de famille venue voir sa fille sur les planches et qui filmera toute la représentation, des habitués de la bibliothèque et une dizaine de petits mecs de six à treize ans qui sont venus d’eux-mêmes, attirés par la curiosité. Et ce sont ces derniers qui sont les plus impatients et les plus remuants.

Rappelés à l’ordre par l’animatrice, ils gloussent et se tortillent sur leurs sièges mais ne perdent pas une miette du spectacle. Sur scène, la jeune princesse Latifah se morfond, cloîtrée dans sa tour. Elle veut découvrir le monde et ne veut pas comme ses sœurs d’un mari choisi par son père et qui n’aimera que les plaisirs de la chasse et de la table. Mais voilà qu’elle se pâme devant les traits d’un bellâtre aperçu dans son miroir magique.

Ni une ni deux, sur les conseils avisés de sa vieille servante, elle se déguise en homme pour approcher puis ferrer son beau prince. « Il faut être maligne parce que c’est vrai qu’on peut faire moins de choses que les garçons », me confie une des participantes. Entre celle qui n’a pas le droit de sortir ou celle qui voit tous ses faits et gestes rapportés par son frère, ce n’est pas facile d’avoir une vie de jeune fille. Alors, improviser à partir de leur quotidien comme le leur a demandé la comédienne Mouna Belghali au début de l’année, on peut dire que ça les inspire.

Il y a l’histoire de la fille qui part de chez elle parce qu’elle voulait faire de la danse contre l’avis de ses parents et qui, happy end, les séduit au final par sa grâce ; il y a celles qui font le mur pour aller en boum ou bien, plus original, celles qui jouent un couple de lesbiennes affichant sa passion au grand jour. « Comme la directrice de mon ancienne école, elle une maîtresse et elles s’envoyaient des mots doux et partageaient la même chambre en classe verte », me révèle Loumia, les yeux rieurs.

« Woooh, c’est l’affiche demain au collège ! » me répète en boucle un garçon qui est dans la même classe que certaines des filles. Il a trouvé ça drôle mais il a de la peine à l’admettre. Plus tard, je discute avec deux plus petits. Ils ne sont pas d’accord. Pour l’un, les garçons sont plus libres dans leurs corps parce qu’ils font plus de sport, spécialement du foot. « Oui mais les filles, elles dansent, dit l’un. Et puis, elles sont plus fortes. Ma cousine, elle s’est pris un ballon dans la figure, ça lui a cassé une dent, et ben, elle rigolait, quand elle a mal, elle rigole. » L’autre réplique : « Moi, ma femme préférée c’est ma mère ! »

Juliette Baron

Juliette Baron

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