A Montreuil, près d’un tiers des habitants ne disposent pas de mutuelle soit environ 30 000 personnes. C’est ce chiffre qui a conduit la ville à mettre en place une mutuelle communale, à tarifs négociés, ouverte à tous. La comme est ainsi devenue la première ville de plus de 100 000 habitants à posséder sa propre complémentaire santé. Dans le département de la Seine-Saint-Denis, Epinay-sur-Seine, Drancy et Bondy possèdent déjà leurs propres mutuelles.

« La volonté première de la ville de Montreuil, en lançant cette mutuelle santé pour tous, était de trouver une solution immédiate, facile d’accès et peu onéreuse aux personnes qui, pour des raisons financières, renoncent aux soins après avoir constaté que le reste à charge de telle ou telle prestation était trop onéreux par rapport à leurs moyens financiers », explique la municipalité.

Seulement 400 bénéficiaires

Pour mettre en place sa mutuelle, la ville a lancé une enquête en début d’année auprès de 2 600 habitants sur les 104 748 habitants que compte la ville, afin d’évaluer leurs besoins et leurs attentes. Après un appel d’offre, c’est à l’automne 2018 que la mutuelle communale a démarré en partenariat avec l’entreprise de mutuelle Solimut France retenue en raison « des tarifs et de la couverture proposés et de l’ambition partagée avec la ville d’offrir à tous une protection sociale de haut niveau« , indique la mairie.

Depuis la mi-septembre, la mairie a ouvert plusieurs permanences dans la ville pour attirer des habitants désireux de s’informer. Le 16 novembre encore, une vingtaine de personnes étaient passées se renseigner au centre administratif Opale de Montreuil avec quatre inscriptions au compteur, raconte une employée de Solimut . “On a parfois eu jusqu’à 50 personnes qui viennent s’informer par jour », indique une employée.

Mais aujourd’hui, la mutuelle communale de la ville de Montreuil compte seulement 400 bénéficiaires. L’objectif de Solimut était d’atteindre 500 adhérents en 2018, et 1 000 en 2019. Un objectif de départ relativement modeste compte tenu des 30 % d’habitants sans mutuelle dans la ville.

Interrogés en septembre par le journal de la ville, plusieurs habitants s’étaient pourtant réjouis de la création de cette mutuelle, évoquant tous des problèmes communs : le coût des mutuelles et les conditions variables de prise en charge.

Une mutuelle municipale entre 13 et 80 euros

La ville de Montreuil assure que la mutuelle est abordable, et prend en charge les frais les plus demandés par les 2 600 habitants dans l’enquête : frais dentaires, frais d’optique et frais médicaux courants de pharmacie. Concrètement, la mutuelle communale propose différents forfaits et adapte son offre en fonction de l’âge et des besoins de la personne concernée : le tarif pour un enfant se situe entre 13 et 26 euros mensuels, et celui pour une personne de plus de 60 ans est compris entre 35 et 80 euros. Chaque tarif est calculé selon plusieurs paliers de besoins de remboursements pour une durée d’un an. Bémol : pendant un an, aucun moyen de changer de tarif; si les besoins du bénéficiaire changent en cours d’année, l’adhérent ne pourra pas être remboursé.

Si la mutuelle communale devait être une aubaine en terme de prix, pour certaines catégories d’adhérents, elle s’avère finalement peu éloignée des prix moyens des autres mutuelles : selon une étude menée en 2016 par le site web ​le Comparateur Assurances sur les prix moyens des mutuelles, un jeune actif paie sa mutuelle en moyenne 22,09 euros dans le 93. La mutuelle communale se situant pour lui entre 22 euros pour le forfait le moins cher et 50 euros pour le plus cher, peu de chances d’avoir un gain spectaculaire pour un adhérent de cette catégorie. En revanche, pour les seniors, l’offre devient plus intéressante : le forfait maximum de la mutuelle de Montreuil pour cette tranche d’âge est de 80 euros, contre 202,97 euros en moyenne dans le département. Les moins de 45 ans constituant environ 65% de la population de Montreuil, selon des chiffres de l’INSEE en 2015, il reste à voir si cette mutuelle permettra de répondre aussi à leurs besoins.

Paloma VALLECILLO

Articles liés

  • Précarité menstruelle : à Grigny, on veut « changer les règles »

    Au cours de l’année 2021, la ville de Grigny, dans l’Essonne, a mis en place des dispositifs de distribution gratuite de protections périodiques. Cette initiative s’accompagne d’une politique teintée d’actions de sensibilisation pour lutter contre le tabou des règles. Cécile Raoul a rencontré les concernées de la précarité menstruelle. Reportage.

    Par Cécile Raoul
    Le 18/01/2022
  • Père Jean-Luc Ferstler : « La misère n’attend pas les business plans »

    Cette année Emmaüs Forbach fête ses 40 ans. Le prêtre et fondateur d’Emmaüs Forbach, Jean-Luc Ferstler, figure emblématique de la ville, a choisi d’accompagner les personnes les plus fragiles depuis les années 1980. Portrait d’une vie qui raconte un territoire paupérisé après la fin du charbon, heureusement riche en solidarités.

    Par Amina Lahmar
    Le 14/01/2022
  • À Saint-Denis, Profs et Parents épuisés mais solidaires face au protocole sanitaire

    Face à des protocoles sanitaires compliqués à suivre pour les profs et les parents, une grande majorité du personnel de l'Éducation Nationale fait grève ce jeudi 13 janvier 2021 pour signifier sa colère au Ministre Jean-Michel Blanquer. À Saint-Denis, à la fracture sociale s'ajoute la gestion de la crise sanitaire pour des profs au bord de l'implosion. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 13/01/2022