Il a été décrit par les journaux comme l’ennemi public numéro 1 dans les années 1980. Braqueur multirécidiviste, il s’est surtout fait une réputation de roi de la cavale, avec cinq évasions à son actif, dont la plus spectaculaire en 1986, celle de la prison de la Santé, par hélicoptère. En liberté conditionnelle depuis septembre 2003, Michel Vaujour se livre aujourd’hui dans un documentaire poignant réalisé par Fabienne Godet. « Ne me libérez pas je m’en charge », c’est son titre. Sortie nationale le 8 avril.

Rien ne prédestinait Fabienne Godet au 7e art. Elle met le pied à l’étrier une fois son diplôme de psy en poche, en intégrant le cycle de cinéma de Jussieu. En autodidacte, elle commence à réaliser ses premiers courts-métrages. C’est à l’occasion de son travail sur « Le Sixième homme », documentaire sur Dominique Loiseau – un inspecteur accusé à tort d’être un flic ripoux et condamné à douze ans de prison –, qu’elle entend parler de Michel Vaujour. Après vingt-sept années passées derrière les barreaux, celui-ci obtient sa liberté conditionnelle en 2003.

Celui qui faisait la « une » de tous les journaux durant la décennie 80 est alors contacté par de nombreux journalistes et scénaristes qui voient en sa vie un fabuleux scénario. Mais le « roi de la belle » refuse toutes les propositions. Lorsque Fabienne Godet l’approche en 2006 pour lui soumettre son projet, elle s’attend à essuyer un refus. Son projet verra finalement le jour.

Après avoir trouvé les fonds nécessaires pour subventionner le film, le tournage débute, en décembre 2006. Fabienne Godet se souvient : « J’avais un tas de questions à poser à Michel, elles s’étalaient sur vingt-deux pages, rien que ça. J’y suis allée avec une caméra, une preneuse de son, et voilà. » Un pari risqué. Ecueil à éviter : ne pas tomber dans la victimisation du détenu qu’a été Michel Vaujour. Ne pas l’ériger en héros non plus, à l’instar du film de fiction « Mesrine », l’instinct de mort.

Le documentaire de Fabienne Godet ne fait pas l’apologie du grand banditisme. Il retrace le parcours mental d’un homme enfermé derrière les barreaux vingt-sept années durant. Même si l’univers carcéral en est la toile de fond, « Ne me libérez pas je m’en charge » est, a contrario, un film sur la liberté. Pour la réalisatrice, le message de son documentaire est clair : « Michel a toujours refusé la prison, pourtant il y a passé une grande partie de sa vie. Son mérite, c’est d’avoir su faire un travail sur lui-même et de s’en être sorti, d’être là aujourd’hui. Ce film est un hymne à la vie. »

Car s’il est parvenu à se faire la belle à cinq reprises, Michel Vaujour s’est, en définitive, résigné à accepté l’enfermement – dont dix-sept ans en quartier de haute sécurité. Sa plus belle évasion est d’être parvenu à « se sortir les barreaux de sa tête et à se libérer d’une prison inventée, la sienne ».

Par deux fois, ce sont des femmes qui aident le détenu à s’évader de la pénitentiaire. En 1986 d’abord, sa compagne de l’époque, Nadine, l’extirpe de la prison de la Santé, à l’aide d’un hélicoptère qu’elle pilote elle-même. Quelques mois plus tard, retour à la case départ, Michel Vaujour est arrêté. Sept ans plus tard, il rencontre Jamila. Cette étudiante en droit dispense bénévolement des cours aux personnes incarcérées. Le destin veut qu’elle soit originaire de Bondy.

Touchée et indignée par les conditions de détention de Michel Vaujour, la jeune femme tente, en vain, d’en aviser les pouvoirs publics. C’est finalement seule qu’elle tentera de faire évader l’homme, par la voie des airs. L’opération se solde par un échec. Jamila est condamnée à une peine de sept ans de prison ferme. Si cette dernière n’apparaît pas à l’image dans le documentaire, elle n’en reste pas moins omniprésente. Fabienne Godet souligne le courage d’une femme qui « n’a jamais renié ce qu’elle a fait ; sans elle, Michel ne serait pas là. Elle a su lui apporter une force. Elle me fait penser à Antigone. »

Hanane Kaddour

Hanane Kaddour

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