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Les blogueurs racontent, à leur façon, leur -Né quelque part-, à l’occasion de la sortie du film de Mohamed Hamidi. Dans les salles depuis mercredi dernier.

En 2005, j’entre en seconde au lycée Louise Michel à Bobigny. Ce même lycée où Mohamed Hamidi enseignait. Me voilà dans la cour des grands. Il n’y a plus de liste de fournitures scolaires. Je choisis ce que je veux. Le sac à dos devient ringard pour les filles. Je m’achète donc un sac qui se porte sur l’épaule et dans lequel je vais pouvoir mettre mes bouquins et cahiers. Retardataire invétérée, je me rends compte qu’aller au lycée à pieds sera compliqué surtout quand on voit le bus 301 passer sous son nez . Après quelques petites négociations et un tampon du lycée sur le dossier d’inscription, ma maman me prend donc mon premier Pass Navigo, dézoné les mercredis, weekends et vacances scolaires.

Me voilà libre de mes mouvements et toujours en règle. Je me vois déjà sortir dès que je peux de ma banlieue. Paris se trouvant si proche en métro, je décide donc de m’y rendre seule. Habituellement j’y passais en voiture avec mes parents, pour quelques bricoles ou profiter d’un jardin ou d’un parc l’été. Mais là ils ne sont pas là, la voiture non plus. Il faut demander la permission à papa de pouvoir sortir seule et il accepte tant que je rentre pendant qu’il fait encore jour et que je réponde à son premier appel, et pas au troisième.

Après avoir vérifié les différents itinéraires, me voilà parée pour faire mon tour sans souci. L’avenue Rivoli, le centre Pompidou, le Louvre, les Champs-Elysées, le Trocadéro, le Pont des Arts, le Parc de la Villette et ses nombreuses animations… Je suis pressée d’y aller comme une adulte et surtout sans mes parents.  Je me sens grande, responsable et je me rends surtout compte que c’est là-bas que je me sens bien, que je me sens exister. Ce stupide sourire qu’ont les gens qui pensent à quelque chose de gai se scotche à ma bouche. Mon look parfois critiqué en banlieue du genre : « on dirait une p’tite parigote avec ta tenue et tes petites chaussures » passe ici inaperçu. Personne ne me regarde ou ne me fait de remarques.

L’architecture haussmannienne me donne envie d’y élire résidence, les petits commerces de proximité donnent une ambiance intime à certains quartiers. Je n’ai qu’une envie, c’est d’y rester. Je m’imagine dans mon appartement aux grandes fenêtres et au parquet étincelant. Mais en début de soirée, une fois que je quitte la zone 1 pour revenir en zone 2 et que la nuit arrive, en arrivant à la station Bobigny-Pablo-Picasso, celle où j’habite, je monte les marches en traînant des pieds. Ma tour de 18 étages me fout le cafard… Les chats et les gros rats que je croise aussi.

Je réalise donc que je ne suis pas bien ici, à Bobigny. Que c’est à Paris que je suis bien et que je me sens chez moi. Ma naissance fut un jour d’été 1990 à l’hôpital De Lafontaine à Saint-Denis, mais c’était la première. Ma seconde, fut ma première balade parisienne, loin des grandes tours et des dalles. Je suis née quelque part, dans le 93 une fois et sur Paris une seconde fois.

Ines El laboudy

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