«Ni Putes, Ni Soumises», est un mouvement mixte et populaire crée dans la continuité de la « marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité » qui a eu lieu du 1er Février au 8 mars 2003 à travers la France. Elles sont parties symboliquement de Vitry Sur Seine où Sohanne, 19 ans, a été brûlée vive dans un local à poubelles de la cité Balzac. Par le biais de son association, Fadela Amara serait devenue selon la presse, la porte-drapeau des filles des banlieues. Sorte d’alter ego féminin de Malek Boutih, ancien président de SOS-Racisme.

Mais quel est l’avis des jeunes filles sur « Ni putes Ni soumises ».

J’ai interrogé autour de moi quelques personnes de terminale, en particulier ceux de la section sciences-po du lycée Jean Renoir de Bondy pour savoir si elles se sentaient vraiment représentées par cette association

Caroline: Ah non pas du tout ! A l’origine « Ni putes Ni soumises » était un mouvement intéressant et décapant. Ce que c’est devenu ? Bref tout le monde le sait, un bras armé du PS si on peut dire. Ce qui m’interpelle le plus c’est de se faire passer pour une organisation de terrain alors que ce mouvement ne vit que grâce au soutien médiatique et revient en force pour préparer le terrain électoral. Elles se foutent un peu des préoccupations des filles de quartiers, elles pensent politique maintenant.

Sonia: Le mouvement « Ni Putes Ni Noumises » est une véritable mascarade à mon humble avis. A chaque fois, que l’une de ses portes paroles intervient dans les médias, et notamment Fadela Amara qui en est la présidente, je rougis à sa place tellement c’est grotesque.

J’aimerais tant leur dire qu’elles ne se battent pas pour leur « émancipation » ni pour celles des autres « beurettes » mais qu’elles sont tout simplement des pantins et qu’elles sont tout bonnement « soumises  » à ce qu’on attend d’elles (notamment les politiques).

Après tout, peut-être que ce mouvement vient juste servir de tremplin à leurs carrières et qu’elles y trouvent leur compte…

Fatimata : Les filles de « Ni putes Ni soumises » ont été complètement instrumentalisées. Comme le fait toujours le pouvoir, il a pris des gens et les a utilisés contre leurs propres intérêts. Les filles de Ni putes ni soumises disent ce qu’on veut entendre d’elles, à savoir que la violence masculine s’exerce dans les ghettos maghrébins et noirs. Elles diabolisent les jeunes hommes qui y vivent. S’il est clair qu’en matière de sexisme et de machisme ils ne sont pas mieux que les autres, il est certain qu’ils ne sont pas pires que les autres.

Et les garçons, que pensent-ils d’un mouvement comme Ni putes ni soumises ?

Nicolas: Une Insulte pour la femme, Vraiment, vraiment … Faites quelque chose ! Ce nom : « Ni putes Ni soumises », c’est honteux ! Je trouve qu’elles entachent l’image de la femme. Le mot ‘pute’ dans un mouvement ou une association est vraiment humiliant. Elles font un excellent travail en prenant la parole pour les femmes qui subissent chaque jour dans notre société, mais par pitié arrêtez vous mêmes de vous insulter dans votre propre mouvement ! Se battre, c’est aller de l’avant et non traîner derrière soit les insultes subies.

Elles vont banaliser ce gros mot de « putes » dans la société, les jeunes filles de demain auront ce nom à la bouche comme on dit ‘fille’ et dès aujourd’hui, vous pouvez entendre des petits enfants revendiquer l’appartenance à cette association par ce gros mot « je suis pour les «Ni Putes Ni soumise !! » Excusez-moi mais c’est con et horrible à la fois. Elles pensent qu’il faut utiliser comme slogan les insultes soit disant proférées contre elles dans les banlieues pour être entendues ? Alors vraiment elles n’ont rien compris au respect.

Billal : « Ni putes ni soumise c’est de la m… ». Déjà parce que la plupart des meuf dites de « cites » même si je déteste ce genre d’expression, rejettent ce genre d’association qui ne les font passer pour des victimes terrorisées dans leurs quartiers. Pour moi une meuf du « gettho », ça représente une femme indépendante, courageuse, droite et plein d’autres choses encore.
Les meuf de « cités » (putain je hais cette expression) sont toujours représentées dans les médias comme des zoulettes ou des miséreuses qui se voilent pour échapper aux mecs. En fait ce qui m’énerve dans tout ça, c’est que, comme d’habitude, ce ne sont pas les intéressés eux mêmes à qui on laisse la parole….

Bien sûr, les avis recueillis ici ne sont peut être pas représentatifs de ce que pensent tous les jeunes de banlieue de cette association mais ce sont les premiers que j’ai recueillis dans mon lycée.

 Par Sada Fofana

Sada Fofana

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