Pour la neuvième année consécutive, le centre social des Bleuets-Bordières à Créteil (94) a remis le couvert  en organisant un repas de fin d’année. Plus qu’un repas, ce rendez-vous est attendu tous les ans par les habitants du quartier.

« C’est une vieille carcasse, mais elle devrait nous amener à destination » dit Kader, directeur adjoint du centre social, en montant dans la camionnette. Il est cinq heures du matin, quartier des Bleuets, sur le parking. Départ pour le Morvan, en Bourgogne avec pour objectif de chercher des sapins. Sur l’autoroute A6 dite du soleil, éclairée uniquement par les lumières des phares, Kader au volant essaie de se réchauffer comme il peut en fumant des cigarettes. Le froid est omniprésent, et pour cause, le chauffage ne fonctionne pas.

DSCN3174DSCN3174« J’ai décidé d’aller chercher des sapins pour la décoration. Les 600 kilomètres en valent la peine. Après avoir effectué un devis auprès d’un grossiste pour cinquante-cinq sapins, on économise plus de cinquante pour cent du montant. La moindre économie faite, c’est de l’argent réinvesti pour améliorer le repas. J’ai également emprunté la camionnette à un autre centre social. C’est un projet qui me tient vraiment à cœur. C’est un plaisir de pouvoir offrir un moment convivial aux habitants qui n’en ont pas l’occasion ». Passés les 300 kilomètres, les montagnes et le paysage accompagnent notre arrivée. La température de la région est à moins zéro, Kader n’en peut plus : « Dépêchons-nous de charger les sapins pour aller vite prendre un chocolat chaud, nous réchauffer et décongeler nos orteils. » Sitôt reposés, la camionnette chargée de sapins doit déjà repartir.

DSCN3179Quatre jours plus tard, le repas s’organise. Évelyne, la secrétaire est gênée de refuser des personnes au repas : « Nous sommes à 300 convives et ne pouvons pas aller au-delà, faute de places assises. » Jamais très loin, Omar Dihmani, directeur du centre social, me fait part de cette difficulté à répondre à toutes les demandes : « Une liste d’attente est faite au cas où il y aurait des désistements. » « Les repas ont une thématique autour du monde », ajoute-t-il. « Cette année, c’est l’Écosse qui a été choisie pour le menu et l’animation. Nous voulons faire voyager  les habitants et leur faire découvrir la culture d’autres pays. Nous avons parcouru ainsi pratiquement tous les continents. C’est un soir qui crée un lien social entre les habitants. »

Toute l’équipe -bénévoles et salariés du centre social- est réunie pour transformer le réfectoire du collège en salle de réception. Kader distribue les tâches : disposition des tables pour trois cent personnes, dressage des nappes et décoration des tables… Il m’explique : « Nous avons créé un partenariat avec le collège. Notre objectif est de faire entrer les parents dans l’enceinte scolaire. C’est une occasion pour les habitants de découvrir le collège, de voir les élèves autrement car ce sont eux qui font le service ». Par monts et par vaux, Kader repart enfiler un tablier pour aider les quatre papas du quartier, tous cuisiniers professionnels : « Notre premier objectif est de proposer de la qualité.  Le repas est digne d’un grand restaurant. Il est fait maison avec une décoration soignée, des animations. » Et Kader ajoute : « Nous faisons manger les habitants avec de vraies assiettes et de vrais couverts et non en carton et plastique ». Dans une ambiance conviviale, ils coupent en morceaux les pommes de terre. Kader a toujours un petit mot pour détendre l’atmosphère : « On y a laissé nos doigts à peler et couper les 300 kilos de patates et on en a versé des larmes, avec les 45 kilos d’oignons à éplucher ». Le travail ne manque pas pour réaliser ce menu d’exception : petits-fours et apéritifs, tartare aux deux saumons en entrée, ragoût d’agneau et cranachan traditionnel en dessert.  Malgré la fatigue, Abdelghani, un papa cuisinier, à la tâche depuis huit heures du matin, se concentre sur le temps de cuisson de la viande. « De voir l’implication collective pour offrir ce moment aux habitants m’encourage. Mon fils participe ce soir, il fait le service. C’est pour cela que j’ai pris ma journée de travail ».

DSCN3203Il est 19 heures, les premiers invités arrivent. C’est le coup de feu en cuisine. Les collégiens portant tabliers et bérets aux couleurs de l’Écosse, confectionnés par une habitante du quartier, sont sur les starting-blocks. On envoie les plats au fur et à mesure de la soirée qui dure trois heures. La détente et la joie se lisent sur les visages. Le repas est accompagné de petits concerts de musique de chants et de danses écossais. A table, Brigitte, 68 ans, arborant une tenue de soirée pour l’événement, profite du spectacle : « Le plat est raffiné. Je trouve ça bien que le service soit fait par des collégiens. Je passe un bon moment. C’est une occasion de sortir du quotidien. »

Le repas touche à sa fin. A 22h30, les gens partent à petits pas, sourires aux lèvres. Jamila, 44 ans, deux enfants : « Il faudrait reproduire des moments comme celui-ci plus souvent. Ça m’a permis de revoir des personnes que je n’avais pas vues depuis longtemps ». L’équipe donne un dernier coup de collier et s’attèle au nettoyage de la salle. Kader, les yeux marqués par la fatigue me raccompagne. « Je suis très content du déroulement de la soirée. L’équipe a bien bossé et l’objectif du vivre-ensemble a été atteint ». Une heure du matin,  en bas de chez moi, une poignée de mains et je quitte Kader qui part retrouver son lit.

Mounir Derfoufi

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