Voyez-vous mêmes. Dans les films et les séries, les femmes noires ont toujours le teint plus clair que les hommes noirs. Idem pour la chanson. Aux Etats Unis, plus leur carrière évolue, plus leur peau s’éclaircit et leur nez s’allonge. On attend aujourd’hui d’une femme noire qu’elle ne soit pas trop… noire. Et ses cheveux suivent la même pente : nombreuses sont les Blacks qui rêvent de « cheveux lisses et doux », à la Beyoncé. Pour obtenir ce résultat, tous les moyens sont bons : tissages, perruques ou lace wigs (les perruques nouvelle génération, il est presque impossible de savoir que c’en est une).

Est-on sûr cependant, que les peaux « claires » de Rihanna (chanteuse), Tyra Banks (top model américain) ou Halle Berry – « la première Afro-Américaine à avoir reçu un Oscar », en réalité une métisse – soient l’idéal de toutes les Noires ?

« Je ne me sens nullement représentée par les stars noires que l’on peut voir à a télé, déclare Fatoumata, 27 ans, de Sarcelles. Elles ont adopté les codes européens : un teint le plus claire possible, des cheveux lisses, une tenue européenne. Par contre, les actrices comme Fatou N’Diaye (Fatou la Malienne) ou encore Rougui Dia, la célèbre chef cuisinière, sont beaucoup plus naturelles et plus représentatives des femmes noires. Lorsqu’une femme noire avec des traits négroïdes, telle Woopi Goldberg, est mise en avant, on tombe dans la caricature. Par contre, Naomi Campbell, bien qu’un quart chinoise, avec sa peau foncée, se rapproche davantage de ce que peut être la beauté noire. »

» Bref, ajoute Fatoumata, le sujet est complexe, et que l’on soit noire ou blanche, il semble que certains critères de beauté soient universelles : traits fins, corps et visage harmonieux, allure… » Jessica, 20 ans, de Bobigny, titulaire d’un BTS, est du même avis. « Attention je ne critique pas, dit-elle, mais je pense que le type de beauté noire aujourd’hui en vogue, à la Tyra Banks, crée des préjugés chez les Blancs et rabaisse la vraie beauté noire. Certaines femmes noires se font des complexes. »

» Pour ma part, poursuit Jessica (ci-contre), je suis tout le temps en coupe afro, mais je suis obligée de porter ce genre de coiffure, tissage ou autre, pour être acceptée au travail. Certains employeurs qualifient la coupe afro de coiffure sale et pas sérieuse. Je ne trouve pas cela normal que des jeunes filles noires naturelles soient obligées de ressembler aux canons en vigueur pour être acceptées. » Bien renseignée sur la question, Jessica me communique le nom d’un site consacré à tous les types de cheveu noir : http://our-hair.blogspot.com/.

Voyons maintenant ce qu’il en est des Noires en France, au cinéma et à la télé. Une catastrophe, selon Evelyne, 19 ans, de Bobigny : « La femme noire dans le cinéma français est quasi inexistante, et lorsqu’il y en a une, elle est nounou, femme de ménage, ou occupe tout autre poste subalterne. Soyons justes et reconnaissons qu’Aïssa Maïga, à l’affiche dans « Les insoumis », échappe au cliché. »

» Les femmes noires sont très peu présentes à la télévision, enchaîne la jeune fille, excepté sur les chaînes destinées à un public de « couleur » comme France Ô ou sur des chaînes câblées telles que LCI. Il y a, bien sûr, Audrey Pulvar sur France 3, mais cette chaîne est bien moins suivie que TF1, France 2 ou M6. Je ne trouve pas que les Noires qu’on voit au cinéma ou à la télé représentent bien l’idée que je me fais de la femme noire. Lorsque je les vois, j’ai le sentiment que les responsables des chaînes et les producteurs de fictions tentent de faire croire qu’ils sont ouverts et tolérants. Je trouve leur attitude quelque peu hypocrite. Les médias, la télé et le cinéma nous abreuvent d’une version édulcorée de la femme noire, preuve qu’ils n’arrivent pas encore à accepter que l’on puisse être regardable, et même belle, tout en conservant des cheveux crépus, un nez épaté, des lèvres charnues et un teint foncé, attributs typiques de la morphologie africaine. »

Pas toute la morphologie africaine. En effet, à l’est du continent africain, en Ethiopie par exemple, les femmes comme les hommes ont le nez droit et la peau souvent très foncée. Mais pour les Françaises noires, la référence, l’origine, c’est l’Afrique de l’Ouest, où les nez sont épatés et les lèvres charnues. Morale – provisoire – de l’histoire : les femmes noires, on les aime bien, mais pas quand elles sont noires.

Ndembo Boueya

Photo : le top modèle Tyra Banks en couverture.

Ndembo Boueya

Articles liés

  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021
  • « On avait envie de ramener les vacances en bas de leurs bâtiments »

    Avec la crise sanitaire, pour de nombreux jeunes des quartiers populaires, l’été se passe souvent à la maison. Pour faire face à un été compliqué, des associations proposent (heureusement) des alternatives pour les plus jeunes. Reportage.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 16/07/2021
  • Le fast food social de l’Après M, 13 organisé à Marseille

    Dans les quartiers Nord marseillais, l’Après-M est en pleine phase de transition : de la débrouille à la structuration, mais toujours dans une quête d'indépendance. En pleine discussion avec la mairie phocéenne qui a annoncé son rachat, le 9 juillet prochain l’Après-M connaîtra la nature de sa propriété et de ses propriétaires. En attendant, l’auto-organisation locale reste toujours la marque de fabrique de la structure qui continue de fournir de l’aide alimentaire. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 08/07/2021