Depuis ma naissance, je me réveille banlieue, je respire banlieue, je m’endors banlieue. A 6 ans, maman m’a laissée sortir en bas de ma tour pour la première fois sans elle. J’étais équipée de mes rollers. Je ne les quittais plus. Mais impossible de m’éloigner, le garde-chiourme maternel me surveillait depuis sa fenêtre. On courait dans tous les sens, on jouait à la chasse à l’homme, à la balle au prisonnier, à chat couleur… Que de beaux souvenirs.

Filles et garçons, ensemble, sans problèmes. La maternelle, l’école primaire, le collège, le lycée étaient tous à moins de quinze minutes à pied. On ne se quittait pas du bas de notre tour jusque dans la salle de cours. Amis depuis l’âge des couches-culottes. A midi, on se dépêchait de rentrer pour ne pas rater les dessins-animés de la 5 et plus tard, les séries de M6. Dans le sens inverse, le rituel était de sortir de chez soi le plus tôt possible pour se retrouver devant l’école. Histoire de papoter un peu.

Au collège, l’ambiance changea, on devint plus responsable. En 6e, on serrait la main aux garçons. Les filles se faisaient la bise et puis après toutes ces années d’amitié, avant de passer dans la cour des grands, c’est-à-dire au lycée, les garçons aussi ont eu droit à la bise, en 3e seulement. Les midis où nous avions deux heures pour manger, c’était direction le McDo ou le grec, en bande de dix. Les mercredis après-midi, on les passait à la bibliothèque municipale Elsa Triolet. Disons qu’on passait plus de temps à manger des bonbons en douce, qu’à réviser.

Le week-end, c’était le match de basket-ball, sport auquel je joue toujours dans le club de ma ville. Mes amies faisaient partie de mon équipe et le reste de la bande venait nous encourager. Sympa mais stressant, car ont savait qu’à la moindre erreur, les vannes allaient fuser à la récréation. Grâce au centre de loisirs et au service municipal de la jeunesse, nous avons fait plein de sorties : bowling, cinéma, base nautique, piscine, escalade, canoë-kayak, de quoi s’épanouir dans tous les domaines.

En 2006, ce furent les manifs contre le CPE. Des cris, des rires, des profs remontés et un maire qui nous accueillait à la porte du lycée que nous avions bloqué, avec un café, des pains au chocolat ou encore des croissants pour tout le monde, le tout sous l’œil d’une patrouille de police, pour garder le calme.

Aujourd’hui, avec l’université, le boulot, les enfants pour certains, on s’éloigne, on se croise de temps en temps. Mais une chose est sûre, pour rien au monde je ne troquerais ce rapport d’amitié et quasi familial qui nous lie les uns aux autres. Les mamans s’appellent « tata », les papas « tonton », les petits frères et sœurs sont ceux de tout le quartier et en cas de problème, on trouvera facilement quelqu’un pour nous aider. Si j’avais un souvenir à vous faire partager, ce seraient mes cours de musique au collège Pierre Sémard quand nous avons choisi de chanter Corneille, « Parce qu’on vient de loin ». Le « Palapapa… » du refrain, c’était notre hymne perso.

Inès El Laboudy

Précédentes chroniques à l’occasion des Cinq ans du Bondy Blog :
L-impression-d-être-dans-une-cellule (par Anouar Boukra)
Notre-banlieue-est-suspendue-à-un-fil-et-ce-fil-se-tend (par Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah)
Je-suis-fière-de-dire-que-je-suis-une-jeune-de-banlieue (par Farah El Hadri)
J-ai-reussi-à-partir-à-me-sauver (par Malik Youssef)
Ma-banlieue-était-devenue-trop-etroite-pour-moi (par Tassadit Mansouri)
J’ai-beau-aller-à-la-mosquée-un-Bondynois-partage-pas-son-curé (par Idir Hocini)
Je-nai-jamais-mis-les-pieds-en-banlieue (par Aude Duval)

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