Donner des cours de français aux migrants, quel que soit leur statut, voici la mission que se donne l’association BAAM depuis juillet 2016. Leurs cours sont plus accessibles contrairement à l’OFII qui ne dispense des cours qu’aux seuls réfugiés statutaires. Reportage.

« J’ai mal au dos. Au dos ». Dans une ambiance studieuse, ils sont plus d’une cinquantaine à répéter en choeur et en articulant les phrases de leur professeur de français. Ils écoutent attentivement, cahiers sur les genoux : ici, l’un mordille son stylo nerveusement, plus loin un autre fronce les sourcils en jetant des coups d’œil sur les feuilles éparpillées de son voisin. Ces élèves bien particuliers viennent de toute l’Île-de-France et de Paris. Ils sont répartis en trois groupes, L1, L2 et L3 selon leur niveau de langue. Eux, ce sont des migrants qui n’hésitent pas à venir apprendre la langue de Molière en plein air devant le bassin de la Villette à Paris.

Après quelques gouttes de la pluie qui sont venues interrompre la séance, les migrants s’assoient de nouveau sur les marches de la place Stalingrad et sortent de quoi prendre des notes. Ils proviennent principalement d’Afrique Subsaharienne, d’Afghanistan, d’Égypte… Enthousiasmés par l’ambiance, ils profitent de ces cours pour faciliter leur intégration bien que parmi eux certains veulent rejoindre l’Angleterre.

Pierre, 62 ans, ancien infirmier aujourd’hui retraité et professeur de français pour l’associaiton BAAM.

Ces derniers temps en France, la situation des migrants revient régulièrement à la Une des médias avec, par exemple, les arrestations régulières de Cédric Herrou, l’agriculteur qui vient en aide aux migrants de la vallée de la Roya. ÀParis, le BAAM, bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants, leur dispense ses cours depuis un an et demi maintenant dans plusieurs endroits de Paris et de sa région. « Nous enregistrons toujours des nouveaux inscrits« , affirme Pierre, 62 ans, ancien infirmier aujourd’hui retraité et professeur de français qui juge positive cette affluence. « Ils veulent parler la langue. Ces cours leur permettent de faciliter leur intégration et de se sentir un peu chez eux même si ça ne l’est pas au regard d’une certaine partie de la population, poursuit-il. Ces personnes méritent un traitement humain respectueux et digne ».

Christophe, lui, est informaticien. Il est bénévole dans l’association BAAM depuis quelques temps seulement. Son regard sur la situation actuelle de l’immigration va au-delà des mots. « Je crois qu’on doit agir chacun avec ses moyens. Je ne vis pas seul, raison pour laquelle je ne peux héberger chez moi. Du coup, pour aider à faciliter leur réinsertion dans la société, je me suis engagé à venir leur donner des cours car je sais que cela leur sera utile. Au-delà des cours aussi nous les accompagnons dans leurs démarches du quotidien : se rendre à l’hôpital, rechargement son pass Navigo etc… »

Ça, c’est quand cela se passe bien car les migrants doivent souvent subir calvaire et humiliation : harcèlement, violences, longues attente pour leur demande d’asile et contrôles à n’en plus finir par la police nationale française.

Issam, Égyptien de 28 ans, vit en France depuis sept mois. Aujourd’hui, il est maçon sur des chantiers d’Île-de-France.

Issam, Égyptien âgé de 28 ans vit en France depuis sept mois. Après un séjour en Grèce pendant sept ans, son rêve était de rejoindre l’Angleterre mais il a échoué à ses deux tentatives. Désormais, il ne pense plus y aller : « Je ne veux plus rejoindre l’Angleterre parce que ce que je cherchais c’était du travail et que je l’ai trouvé ici ». Sans diplôme, il est aujourd’hui maçon dans les chantiers de la région parisienne, mais la langue lui pose problème. « Je suis les cours ici depuis maintenant un mois. C’est important pour mon travail. Au chantier, c’est difficile pour moi de communiquer avec mes collègues. Dans ma vie de tous les jours aussi, quand j’ai besoin d’acheter quelque chose« . « Oui, vraiment c’est bien », acquiesce son camarade de classe, Mohamed, 37 ans, ouvrier dans le bâtiment.

« Nous donnons ces cours ici, en plein air, à la vue de tous, parce que nous voulons que l’État réagisse »

Saddam, couturier soudanais âgé de 25 ans, assidu aux cours du BAAM.

« Nous donnons ces cours ici, en plein air, à la vue de tous, parce que nous voulons que l’État réagisse ». Marion, 33 ans, est informaticienne. Elle est bénévole depuis un an et habite à dix minutes d’ici. « Ses gens sont dans le besoin et nos gouvernements européens peuvent trouver des solutions car il y a des solutions. Ces cours permettent évidemment aux gens de mieux s’exprimer mais surtout de se sentir mieux notamment dans leur recherche de travail. Une grande majorité d’entre eux n’ont pas de qualification et sont illettrés. Alors une fois qu’ils ont leur asile, cela leur permet aussi d’aller chercher du travail dans les chantiers par exemple parce qu’ils ont déjà une base dans la langue ». Marion ne manque pas de fustiger les cours de l’OFII (Office français de l’Immigration et de l’Intégration, ndlr). « Il faut traiter tous les migrants au même pied d’égalité. Malgré leur différence de statut, ils ont tous le besoin d’apprendre le français, qu’ils soient demandeurs d’asile ou non. Nous continuerons de donner ces cours en plein air tant que l’État ne prendra pas ses responsabilités de traiter ces personnes dignement et humainement ».

Saddam, couturier soudanais de 25 ans, a des difficultés pour apprendre ses leçons. Faute de logement, depuis trois mois, il dort dans la rue. « Je ne sais pas quoi faire. Je veux bien rester en France, mais ici c’est trop difficile. Rien que de prendre une douche ou de se cuisiner pour manger chaud. La nuit, on dormait porte de la Chapelle mais la police nous a évacués. Les policiers nous traitent de tous les noms, parfois avec violences ». Les larmes aux yeux, il observe, désespéré, ses camarades suivre le cours de langue. Moktar, Afghan âgé de 27 ans, est en classe de L3. Il est ingénieur en biologie de formation. Il suit les cours depuis cinq mois et se débrouille pour parler français. Demandeur d’asile depuis un an, il n’a pas manqué de monter le ton à l’évocation de cette situation. « Je peux rien faire car on m’interdit le travail. Ici, c’est difficile de se concentrer pour apprendre, malgré nos efforts et ceux des professeurs. Le gouvernement doit nous aider. Moi, je veux juste continuer mes études ».

Kab NIANG

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