« Qu’allez-vous faire en cette veille de Nouvel An? Allez-vous faire la fête pendant que nos frères palestiniens se font massacrer par l’armée israélienne ou allez-vous témoigner votre soutien au peuple palestinien en manifestant ? » Textos, mails, Facebook, tous les moyens sont bons pour faire passer les messages. Quant à moi, à l’appel Parti des musulmans de France, je me suis rendue mercredi 31 décembre à une manifestation de solidarité avec le peuple palestinien, à Paris, Place de la République, à 15 heures. Forte mobilisation. Parmi les manifestants, une centaine de personnes arborent un gigantesque drapeau palestinien, d’au moins 40 mètres de long sur 5 de large.

« Nous sommes tous des Palestiniens », scande la foule en brandissant des drapeaux, palestiniens bien sûr, mais aussi algériens, marocains, tunisiens, libanais, saoudiens. Point de bannière égyptienne, en revanche. Pays non grata à la manif. « Ce que fait l’Égypte est honteux, fermer les frontières à ses frères palestiniens, les laisser mourir… Les pays arabes devraient avoir honte de ne pas intervenir dans cette guerre », me dit l’un des participants à la manifestation.

Beaucoup de femmes de tous âges sont présentes. L’une d’entre elles, d’origine algérienne, âgée de 75 ans, agite un drapeau français (le seul que j’aperçois) : « Je suis ici en tant que Française, je manifeste mon indignation en tant que citoyenne française. Vous savez, les Israéliens, ça les énerve de voir ça, ils essayent de s’approprier le soutien de la France, il faut que les musulmans de France manifestent en tant que Français », dit-elle. « J’ai toujours participé à ce genre de manifestations, ajoute-t-elle. Avant, les gens avaient beaucoup plus peur de descendre dans la rue, aujourd’hui, les gens n’ont plus peur, ils affirment leurs positions haut et fort. »

De République à gare de l’Est, la foule grandit à vue d’œil, « Israël assassin, Israël assassin », crie avec fougue le cortège, les passants nous regardent, certains sourient, d’autres se demandent ce que c’est que ce tohu-bohu. Une femme lève son pouce en nous voyant passer, nous lui proposons de se joindre à nous, elle me répond : « Je suis touriste mais je suis de tout cœur avec vous, je suis danoise et je suis scandalisée par ce qui se passe, c’est inadmissible, l’Union européenne ne fait rien. Alors, criez haut et fort votre indignation, on est tous avec vous, on vous soutient, jusqu‘à ce que la communauté internationale fasse quelque chose. »

Les manifestants ne cessent de crier. Aucun débordement n’est à signalé. C’est avant tout pour évacuer leur frustration de spectateurs impuissants que tous se sont déplacés et se déplacerons aujourd’hui, puis demain, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’Union européenne, sous couvert de l’ONU, intervienne pour faire cesser le massacre.

Des centaines de civils tués dans des raids aériens, les frontières fermées par les pays voisins qui refusent d‘accueillir des réfugiés, la communauté internationale qui ne bouge pour ainsi dire pas : c’est un bien triste Nouvel An qu’ont passé cette nuit les habitants de la bande de Gaza. Beaucoup de célébrations du Nouvel An ont été annulées par la communauté musulmane du monde entier en solidarité avec les Palestiniens. J’espère pour eux que la paix arrivera aussi vite que cette nouvelle année.

Widad Kefti

Pendant ce temps, rue des Rosiers…

Un fils algérien de la famille, en vacances en France pour la première fois, a faim. L’autre jour, il a visité le quartier juif de la rue des Rosiers, dans le Marais, ça lui a plu. Il y a englouti un falafel. Nous y retournons avec lui en cette après-midi du 31 décembre. De toutes façons, pas moyen de lui faire avaler quelque viande que ce soit dans une brasserie, sinon du poisson ; il ne mange que halal. L’animal tué selon le rite casher étant égorgé comme chez les musulmans, un restau juif certifié « Beth Din de Paris » fera très bien l’affaire.

Nous approchons. Des cris : « Mais dites-le qu’elle a dit ça, dites-le ! » Un jeune homme à la tête rasée est en colère. « Dites-le qu’elle a dit ça, dites-le ! », répète-t-il en s’adressant à un groupe de quatre femmes. Je me dis d’abord que le jeune homme est arabe et qu’il a dû se faire insulter par quelques mamas juives surprotectrices. En fait, non. Il est juif et travaille à l’entrée du restaurant dans lequel nous nous apprétons à entrer. C’est lui qui distribue aux clients les tickets des plats à emporter.

Le calme revient et je ne sais pas s’il a réussi à faire avouer au groupe de femmes que l’une d’elles avait dit quelque chose d’apparemment offensant. Mais qu’a-t-il entendu ? Ceci, rapporte-t-il : « Lorsqu’elles sont entrés dans le restaurant, l’une des quatre femmes m’a demandé si c’était juif ou israélien, ici. Sa question m’a surpris. Je lui ai répondu très calmement que c’était juif et israélien, selon les plats. Elle a alors ajouté « les Israéliens sont des assassins ! ». Je lui ai rendu aussitôt son ticket et lui ai demandé de sortir immédiatement. Si ç’avait été un homme… »

« Non, mais vous vous rendez compte ! poursuit l’employé qui a du mal à se remettre des propos violents de cette femme. Qu’est-ce qui se passerait si on allait dans un restaurant musulman et qu’on dise « musulmans, assassins » ? On se ferait égorger. » Les keftas et les foies de poulet étaient très bons.
 
Antoine Menusier

Widad Kefti

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