En France, les inégalités socioculturelles se perçoivent aussi par le départ en vacances. Là où les plus aisés sont déjà dans les avions, en route pour Saint-Tropez ou Cannes, une autre partie de la population reste elle sur place. D’après l’observatoire des inégalités, en 2020, quatre Français sur dix ne partent pas en vacances. Et la moitié de celles et ceux qui ne partiront pas le font pour des raisons économiques.

Les ménages les plus modestes, souvent issus de quartiers populaires, se voient abandonner tout projet de vacances, et ce malgré des mois très compliqués à tous les niveaux. La crise sanitaire a particulièrement touché les populations les plus fragiles, surexposées au virus à cause du logement, des emplois en première ligne, et de l’utilisation des transports.

Des ateliers pour les plus jeunes à Aubervilliers.

En mai dernier, le BB expliquait comment les populations issues de l’immigration, notamment en Île-de-France, faisaient face à une surmortalité due au Covid-19. Et la pauvreté dans les quartiers explose. À l’automne 2020, plusieurs associations caritatives alertaient sur la hausse massive de 50% des demandes d’aides.

Mais alors que le 14 juillet sonne pour beaucoup de Français le début des départs en vacances, beaucoup dans les quartiers resteront devant leurs télévisions. Pourtant, les vacances constituent un élément fort d’intégration sociale et d’accès à un patrimoine culturel et social, pour les plus jeunes notamment.

Donner la possibilité à nos jeunes de ne pas rester enfermés chez eux. 

Heureusement, certaines associations font en sorte de trouver des solutions, des alternatives. Le but ? «Donner la possibilité à nos jeunes de ne pas rester enfermés chez eux», partage Cindy, une bénévole de l’association DLC pour ‘De l’autre côté’, basée à Aubervilliers. Depuis déjà six ans, cette association lutte pour le désenclavement social.

Pendant les vacances, l’association DLC propose deux programmes aux vacances pour les jeunes. D’abord, il y a les journées plage organisées à Deauville. Tout y est : balade en ville, baignade, jeux en groupes… Et puis il y a le programme HLM, pour Hors les Murs. Un programme justement destiné à ceux qui ne partent pas en vacances.

Le plus important est de faire, l’espace de quelques heures, un moment de plaisir et d’oublier les tours qui nous entourent.

« On avait envie de ramener les vacances en bas de leurs bâtiments. Le but est de faire de ce programme un moment d’évasion pour les plus jeunes. À travers des activités et des animations sans compter l’ambiance que nos bénévoles mettent ! Le plus important est de faire, l’espace de quelques heures, un moment de plaisir et d’oublier les tours qui nous entourent. C’est l’esprit du programme HLM », explique le directeur de l’association, Ousmane Sissoko.

Les bénévoles et bénéficiaires de l’association ‘Les jeunes ambitions’ en plein rassemblement pour l’été.

Même combat pour les vacances chez l’association Les Jeunes Ambitieux, dans le 19ème arrondissement, qui se définit comme construite « pour les jeunes, par les jeunes ». Elle propose des activités sportives et culturelles durant tout l’été pour les jeunes parisiens.

En plus d’organiser des sorties accrobranches, cette association a pris le pari de rénover certains quartiers dans l’ensemble du 19ème arrondissement de Paris en compagnie d’autres associations locales. « Ce sont des cités qui ne sont pas très jolies voir très sales, le but c’est de rendre accueillante et belle ces cités », glisse Yassine, directeur de l’association Les Jeunes Ambitieux.

Comme son nom l’indique, l’association cultive déjà l’état d’esprit de ses jeunes bénéficiaires en préparant la rentrée. Pour ceux qui le souhaitent, les Jeunes Ambitieux vous proposent des stages tutorat et conseil d’orientation. Une belle mobilisation des associations qui permet à de nombreux de profiter de l’été au quartier.

Kamelia Ouaissa

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